Ma semaine de travail – « Je me demande qui achète du sexe aux femmes vulnérables que j’essaie d’aider. » – Anonyme

Je soutiens les femmes qui vendent du sexe dans la rue. Le coronavirus a rendu leur vie plus difficile et a eu de terribles conséquences.

Anonyme

The Guardian, lundi 21 décembre 2020

Lundi

Je regarde sur le mur du bureau la liste de toutes les femmes que je soutiens, toutes impliquées dans la vente de sexe de rue. C’est notre réunion d’équipe hebdomadaire et je raconte à mes collègues comment l’équipe d’approche du vendredi soir a rencontré Marcia, une femme sans-abri captive d’une relation violente. Elle couche avec son copain agresseur parce que c’est plus sûr que de dormir seule dans la rue. Il l’oblige à partager des seringues et à vendre des services sexuels.

Nous discutons des moyens de la soutenir, mais sans téléphone ni adresse, c’est une tâche ardue. Il est difficile de trouver des endroits où je puisse rencontrer des femmes comme Marcia – de nombreux cafés où nous établissions des relations et des liens de confiance sont aujourd’hui fermés. J’ajoute son nom à ma liste et j’adresse une volée de courriels à la police et aux équipes d’aide aux sans-abri.

Mardi

J’ouvre mon ordinateur portable et je trouve des courriels urgents de la police et des services de probation concernant Sally, une femme que je soutiens. Il y a quelque temps, j’ai reçu des courriels similaires pour m’informer qu’une de mes clientes s’était suicidée. Mon cœur bat la chamade quand j’ouvre ces messages. Mes pires craintes se confirment : Sally est morte, apparemment d’une overdose. Je me sens engourdie. J’appelle une collègue qui a rencontré Sally à de nombreuses reprises dans le cadre d’un travail de proximité. Nous traitons cette nouvelle ensemble. Je ne veux pas penser à retirer le nom de Sally de ma liste.

Heureusement, c’est aujourd’hui, qu’a lieu ma réunion mensuelle de supervision clinique. C’est une pause essentielle pour gérer la douleur que suscite l’aide aux femmes dans des circonstances aussi difficiles.

Mercredi

Il est 10 heures du matin. J’attends depuis une heure de contacter Linda. Je l’appelle sans cesse mais ne rejoins que sa messagerie vocale. Je prie pour qu’elle vienne. A 10h15, elle monte au bureau en s’excusant abondamment. Elle n’a trouvé nulle part où rester la nuit dernière et n’a donc pas pu recharger son téléphone.

Étonnamment, elle a tous ses documents importants avec elle. Je suis étonnée de voir comment elle a réussi à les garder en sécurité pendant tous ces mois malgré des conditions de vie cahotiques. Nous montons dans un bus et arrivons en retard au logement social qu’on va lui fournir. Le personnel la traite avec gentillesse. Je la laisse s’installer dans sa nouvelle chambre, et je rends visite à d’autres femmes que j’aide et qui vivent ici.

Jeudi

Avant l’apparition du coronavirus, le jeudi était mon jour préféré de la semaine. Un collègue et moi prenions place tôt le matin dans un café près de l’endroit où les femmes vendent des services sexuels. Nous attendions que les femmes nous voient pour venir bavarder, boire un verre, prendre une bouchée. Cependant, le café est fermé et ne devrait pas rouvrir avant des mois. Je suis assise à mon bureau et je ressens une pointe de tristesse. C’était toujours un endroit formidable pour communiquer avec des femmes qui n’avaient pas le téléphone. Sally, qui est morte, était souvent l’une d’elles.

Je continue à penser que sans la pandémie, les choses auraient pu être différentes pour elle. Nous n’aurions pas perdu contact. J’aurais pu l’aider avec ses problèmes de toxicomanie. J’appelle les femmes au téléphone pour essayer de les soutenir du mieux que je peux. Ce n’est pas la même chose qu’un contact tête à tête, mais c’est mieux que rien.

Vendredi

Ce soir, je fais du travail d’approche. À 22 heures, un volontaire et moi emmenons sur le terrain des préservatifs, des aiguilles propres, du chocolat chaud et de la nourriture. Nous rencontrons Jenny, et je lui rappelle qu’elle a rendez-vous avec son agente de probation la semaine prochaine. Elle est reconnaissante pour le chapeau et les gants que je lui donne, car il commence à faire froid.

Je repère Natalie, que je n’ai pas revue depuis le début de la pandémie. On ne peut plus s’embrasser maintenant, ce qui est triste. Souvent, ce serait le seul contact dénué exploitation qu’elle aurait de la nuit. Nous la laissons au coin de la rue. Quand je me retourne, je la vois s’engouffrer dans la voiture d’un prostitueur. Nous nous demandons – car ce n’est pas la première fois – quel genre d’homme achète des services sexuels à des femmes aussi vulnérables.

(Tous les noms de ce reportage ont été changés.)

L’autrice est accompagnatrice à l’organisme Beyond the Streets

RESSOURCES : Au Royaume-Uni, appelez la ligne d’assistance téléphonique nationale 24/7  contre la violence conjugale, gérée par l’organisme Refuge, au 0808 2000 247. On put aussi participer au ‘chat’ en ligne de l’organisation Women’s Aid sur leur site Web. Au Royaume-Uni et en Irlande, les Samaritans peuvent être contactés au 116 123 ou par courriel à jo@samaritans.org ou jo@samaritans.ie. Aux États-Unis, la ligne d’urgence nationale pour la prévention du suicide est le 1-800-273-8255. En Australie, le service d’aide en cas de crise Lifeline est le 13 11 14. D’autres lignes d’assistance téléphonique internationales sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.befrienders.org.

Version originale : https://www.theguardian.com/society/2020/dec/21/my-working-week-who-buys-sex-vulnerable-women-help#img-1

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