La précipitation que met le gouvernement canadien à instituer « l’identité de genre » risque de rendre un très mauvais service aux jeunes.

C’est ce que croit la chroniqueuse Barbara Kay qui nous a confié deux de ses écrits.

Le projet de loi C-6 est profondément erroné et devrait être classé six pieds sous terre.

Malgré le large soutien de la Chambre des communes, la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion va trop loin

20 nov. 2020

A la fin du mois dernier, 306 députés ont donné leur accord de principe au projet de loi C-6 sur la « thérapie de conversion », avec seulement sept votes d’opposition du Parti conservateur (leur chef Erin O’Toole a soutenu le projet de loi, mais a permis à ses députés de voter librement). Le Comité de la justice de la Chambre des communes examine actuellement les réactions du public à ce projet.

Le projet de loi C-6 définit la « thérapie de conversion » comme « toute pratique, tout traitement ou service visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne vers l’hétérosexualité ou l’identité de genre vers le cisgenre, ou à réprimer ou réduire l’attirance non hétérosexuelle ou le comportement sexuel ». Elle ajoute cinq infractions au code pénal, dont trois sont passibles d’une peine maximale de cinq ans de prison.

Le projet de loi est profondément problématique, à commencer par son préambule, qui affirme que c’est un « mythe » que l’identité de genre « peut ou doit changer ». Ce n’est pas un mythe que l’identité de genre peut changer. Si un ou deux des meilleurs experts canadiens en matière de recherche sur la dysphorie de genre avaient été consultés lors de la création du projet de loi, les auteurs du projet de loi auraient appris que, sans intervention invasive, 80 % ou plus des enfants dysphoriques qui s’identifient comme étant du sexe opposé retrouvent le confort de leur sexe natal après la puberté. Un nombre significatif de ces enfants deviennent gays ou lesbiennes. Mais ces experts scientifiques n’ont pas été consultés. Cela ne nous dit rien de bon sur les rédacteurs de cette loi.

Un autre problème sérieux est la confusion trompeuse entre les concepts d’homosexualité et d’identité de genre, qui entraîne une imprécision cruciale autour du mot clé « conversion ».

D’une part, on nous dit qu’il y a thérapie de conversion lorsqu’on encourage des homosexuels en détresse à atteindre un éventuel confort en devenant ce qu’ils et elles ne sont pas (voilà ce qu’est réellement la thérapie de conversion). D’autre part, on nous dit qu’il y a « thérapie de conversion » lorsqu’on encourage des enfants dysphoriques en détresse à se sentir à l’aise d’être ce qu’ils sont.

Une récente soumission de Madame Pamela Buffone au Comité permanent de la justice et des droits de la personne concernant le projet de loi C-6 met en lumière cette erreur fondamentale sise au cœur même du projet de loi. Le couple Buffone attend une date d’audience au Tribunal ontarien des droits de la personne. Ils affirment qu’une forme de « thérapie de conversion » a été pratiquée sur leur fille dans sa classe de première année.

À plusieurs reprises, l’enseignant de cette jeune fille a déclaré à la classe : « Il n’existe pas de filles et de garçons », appuyant ses dires sur des documents comme des vidéos de promotion des théories de fluidité des genres. La fillette a raconté une leçon donnée au tableau, au cours de laquelle les enfants ont été invités à écrire leur nom sur un « spectre du genre » en fonction de leur degré de « ressenti » comme fille ou garçon typique. La fille a inscrit son nom à l’extrémité « fille » de ce spectre, à côté du mot « fille ». Mais au cours de cette même leçon, l’enseignant a dit aux enfants : « Les filles ne sont pas réelles et les garçons ne sont pas réels. »

La jeune Buffone, auparavant heureuse, est devenue si anxieuse à l’idée que son identité n’était pas « réelle » qu’elle est retrouvée constamment inquiète, demandant même si elle devait consulter un médecin. Madame Buffone déclare dans son attestation : « Ce qui s’est passé dans la classe de ma fille était « une pratique destinée à modifier « l’identité de genre d’une personne » – la définition même de la thérapie de conversion que vous criminalisez avec votre projet de loi ». La logique des Buffone me semble impeccable.

Les Buffone ont rencontré tout le monde, de l’enseignant jusqu’au sommet de la chaîne du système pédagogique, et se sont constamment heurtés à un mur. On leur a dit que c’était « la nouvelle réalité » qu’ils devaient accepter. Le Collège des enseignants leur a dit que cette idéologie est ancrée dans le programme du ministère ontarien de l’Éducation, et que « ce qui est enseigné est effectivement mandaté par notre gouvernement ».

Le Canada marque un retard sur la courbe mondiale dans ce dossier.

En septembre, le ministère britannique de la Santé a annoncé qu’il allait mener une étude indépendante sur le traitement offert aux enfants dysphoriques de genre. Cet examen sera de grande envergure et couvrira une foule d’optiques de traitement. La Suède fait également un « virage à 180 degrés » sur la transition de genre chez les enfants en réponse à des appels de spécialistes pour mieux étayer la recherche scientifique et pour corriger les « lacunes et les connaissances incertaines » qui ont été un « thème central » des activités de soins de santé liées au sexe.

En outre, la Finlande, dont les services de santé sont similaires aux nôtres, a récemment publié des directives cliniques très strictes pour le traitement des enfants souffrant de dysphorie de genre. Ces directives reconnaissent que « l’exploration de l’identité est une phase naturelle de l’adolescence ». On recommande de privilégier comme premier recours la psychothérapie – c’est-à-dire une véritable exploration de toutes les sources de détresse plutôt qu’une affirmation réflexe des sentiments de l’enfant. Entre autres préceptes de bon sens, on a interdit toute intervention chirurgicale avant l’âge de 18 ans. En fin de compte, la variation de l’identité de genre n’y est pas considérée en soi comme un problème de santé.

Notamment, l’équipe de spécialistes qui a formulé les recommandations était composé de véritables experts : des psychiatres, un chirurgien plastique, des avocats et un éthicien. Le rapport finlandais souligne également la nécessité « d’obtenir plus d’informations sur les inconvénients des procédures et sur les personnes qui regrettent de les avoir subies », autrement dit, les détransitionnaires, les personnes snobées par les transactivistes, parce qu’elles invalident le « mythe » de l’immuabilité de l’identité de genre.

Au Royaume-Uni, deux détransitionnaires viennent d’intenter une action en justice contre la principale clinique du genre affiliée au ministère de la Santé pour ce que ces adultes qualifient d’affirmation précipitée, entraînant des regrets ultérieurs. L’argument selon lequel les enfants peuvent donner leur consentement éclairé à la prescription d’agents bloqueurs de puberté est un « conte de fées », a-t-on dit à la Haute Cour britannique. L’une d’entre elles, Keira Bell, 23 ans, déclare que les professionnels de la santé « auraient dû me mettre davantage au défi ».

Notre ministre fédéral de la justice, David Lametti affirme que le projet de loi C-6 ne proscrit pas les « discussions légitimes » sur l’identité entre les thérapeutes et les patients. Mais qu’est-ce qui est légitime ? Si un-e enfant se « sent » du sexe opposé, les thérapeutes peuvent-ils informer leur patient-e des statistiques élevées liées à la désistance post-pubertaire, c’est-à-dire au nombre de jeunes qui en viennent à changer d’avis ? Peuvent-ils s’enquérir d’autres sources d’anxiété ou de dépression ? Peuvent-ils suggérer de rechercher des preuves d’autisme dans un cas d’apparition rapide du sentiment de dysphorie chez une adolescente déterminée à transitionner, compte tenu de la corrélation élevée connue entre ces conditions ? Peuvent-ils exposer les nombreux risques associés à l’utilisation à long terme de l’hormonothérapie synthétique ? Ces discussions me semblent « légitimes », mais je vois bien que la crainte de poursuites pénales aux termes de la loi C6 pourrait freiner l’intérêt de les poursuivre.

Dans une critique du projet de loi C-6, le transhomme étasunien Scott Newgent a tiré des leçons d’une étude suédoise qui a examiné les résultats de santé mentale des chirurgies fondées sur le principe de « l’affirmation du genre ». Dans cette étude, un jeune transhomme téléphone chez lui en sanglotant : « Maman, je ne peux pas avoir d’enfants… Je souffre d’ostéoporose précoce et je serai dépendant de médicaments pour le reste de ma vie. Maman, j’étais une lesbienne et une enfant ; pourquoi m’as-tu laissé faire cela à mon corps ? »

Il y a beaucoup de parents canadiens qui préféreraient ne pas « laisser » ce genre de tragédie arriver à leurs enfants. Mais le projet de loi C-6 ne les « laissera » pas tenter de le faire. En passant, ce transhomme suédois a mis fin à ses jours. Nous ne voulons pas que cette histoire se reproduise au Canada. Le projet de loi C-6 est profondément erroné et devrait être classé six pieds sous terre.

Barbara Kay

The National Post

Version d’origine : https://nationalpost.com/opinion/barbara-kay-the-problems-with-bill-c-6-and-the-gender-affirmation-model

Barbara Kay : Les problèmes du projet de loi C-6 et du modèle d’affirmation du genre

L’orientation sexuelle et la dysphorie de genre sont des phénomènes distincts. Le projet de loi C-6 ne les traite pas comme tels.

27 novembre 2020

Dans ma plus récente chronique, j’ai dénoncé le projet de loi C-6, qui a été adopté en deuxième lecture par une majorité de la Chambre des communes et qui est maintenant examiné par le Comité permanent de la Justice. J’avais espéré qu’une chronique suffirait à résumer mon mépris pour l’insouciance politique qui a produit ce fiasco, mais ce ne fut pas le cas.

Ce projet de loi vise à criminaliser la « thérapie de conversion », un terme qui ne s’appliquait auparavant qu’à la pratique – presque universellement condamnée comme contraire à l’éthique – consistant à traiter toutes les orientations sexuelles, à l’exception de l’hétérosexualité, comme des déviations nécessitant une correction. Mais dans un amalgame trompeur de l’orientation sexuelle et de la dysphorie de genre, la thérapie de conversion a été étendue par le législateur à toute approche qui ralentit ou dissuade un jeune de tenter une transition médicale précoce d’un sexe à l’autre. En réalité, l’orientation sexuelle et la dysphorie de genre sont des phénomènes absolument distincts. Une seule interdiction thérapeutique couvrant les deux aurait dû éveiller les soupçons de plus de gens que les quelques députés attentifs qui ont voté contre (et je les félicite d’avoir fait leurs devoirs).

L’affirmation précoce de l’orientation sexuelle exprimée par un adolescent ne fait pas de mal. Mais l’affirmation précoce du désir exprimé par un adolescent de changer de sexe par la chimie et la mutilation peut conduire à des dommages assez graves, comme le montrent de plus en plus clairement les attestations publiques des « détransitionnaires ». Il s’agit d’anciens transhommes et transfemmes qui ont réintégré leur sexe natal après des années de rejet, mais qui sont à jamais coincés avec des changements physiques permanents, comprenant souvent l’infertilité, qui sont désormais pour eux une source d’angoisse.

Ces personnes ont réalisé que leur dysphorie de genre n’était qu’un des nombreux facteurs de détresse qui les ont poussées à une démarche thérapeutique. Beaucoup attribuent leur décision trop hâtive et sous-informée au modèle d’affirmation précoce endossé par le projet de loi C-6 en lieu et place du protocole désormais marginalisé, mais plus responsable, d' »attente vigilante ».

La clinique du genre du B.C. Children’s Hospital (BCCH) est un enfant modèle du C-6, car elle adopte une approche agressive du modèle d’affirmation. Je le sais, car la mère d’une ancienne patiente adolescente, Victoria G., a été troublée par le traitement du BCCH à l’égard de sa fille – que j’appellerai « Meghan » – lorsqu’elle avait 16-17 ans. Elle l’a écrit dans une lettre polie, réfléchie et détaillée adressée au ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, Adrian Dix, qu’elle m’a fait parvenir.

Spoiler : Meghan a maintenant 20 ans. Elle n’a pas reçu de traitement hormonal pour sa prétendue dysphorie de genre (grâce à l’ingéniosité de sa mère, plutôt qu’à celle du ministère de la Santé). Elle est heureuse dans son sexe natal. Elle n’est plus déprimée. Meghan a découvert qu’elle est bisexuelle, et aussi sur le spectre de l’autisme (mai pas grâce au BCCH, qui n’a fait aucun effort pour explorer cette possibilité).

Retour en 2016 et premières visites de Meghan au BCCH, qui ont suivi l’affirmation instantanée par le médecin généraliste de la famille de son souhait exprimé de changer de sexe. Après un rendez-vous avec un psychologue et un autre avec un endocrinologue, il a été convenu que Meghan devrait commencer à prendre de la testostérone, acheter un bandeau et se préparer à une double mastectomie.

Victoria s’est inquiétée du fait que personne ne s’occupait de la dépression et de l’anxiété de Meghan, ni ne suggérait de faire un dépistage de troubles mentaux concomitants, tels que l’autisme. De plus, Meghan n’avait jamais exprimé de dysphorie de genre dans son enfance, ni d’idées suicidaires, des facteurs dont Victoria croyait (à juste titre), qu’ils auraient dû tempérer l’impulsion vers une affirmation rapide de cette impression. Victoria écrit : « Mes questions ont été reconnues mais n’ont pas été discutées. J’ai été réorientée vers l’affirmation, pas vers la moindre exploration. »

Lorsque le formulaire de consentement à la prise de testostérone leur a été lu, y compris les risques en cause, Victoria dit n’avoir jamais vu de signe de compréhension chez sa fille. Mais à 17 ans, Meghan n’avait pas besoin du consentement des parents pour commencer la testostérone, prévue pour son prochain rendez-vous. Une liste d’attente de six mois a permis à Victoria de gagner du temps. Elle fit des recherches, trouvant étude après étude qui parlait de la forte disproportion d’autisme associée à une dysphorie de genre à apparition rapide. Heureusement, Meghan n’a pas, comme c’est souvent le cas, écarté de sa réflexion les hésitations de ses parents. Elle s’est montrée ouverte aux préoccupations de sa mère, fondées sur des éléments probants, et a acquiescé à son souhait de retarder le rendez-vous (ce que Victoria a fait avec une excuse bidon, consciente qu’une contestation ouverte pourrait être mal accueillie.

Les différences entre le formulaire de « consentement éclairé » utilisé par le BCCH pour le traitement à la testostérone en 2016 et celui utilisé en 2020 montrent que l’idéologie l’emporte aujourd’hui sur l’objectivité médicale dans ce dossier.

En 2016, les faits et les risques (nombreux) pour les femmes prenant de la testostérone étaient tous exposés dans le formulaire de consentement. En 2020, le formulaire de consentement est beaucoup plus court et plus général, tandis que les risques sont exposés sur une feuille d’information séparée. En 2016, le formulaire comprenait la déclaration suivante : « Je comprends que l’effet (de la testostérone) sur moi signifie que même si je me considère partiellement ou totalement comme un homme, je suis génétiquement, biologiquement et physiquement une femme » ; en 2020, il est écrit : « même si je me considère comme non binaire ou partiellement ou totalement masculine, j’ai des traits génétiques, biologiques et physiques féminins ». De « je suis encore une femme » à « j’ai encore des traits féminins », il s’agit d’un saut sémantique significatif. Le premier de ces énoncés est une mise en garde contre un fait existentiel, l’autre est d’autant plus apaisant qu’il reste obscur.

En général, le ton du document 2016 est concret et objectif. Il appelle un chat un chat. La fiche d’information 2020 utilise un langage plus lénifiant; son effet global en est un d’encouragement. Le patient devait dû lire tous les risques consignés au formulaire 2016 avant de le signer. En 2020, la patiente doit seulement accepter de revoir la fiche d’information avec son « médecin du genre ». Il n’est pas précisé s’il s’agit d’un endocrinologue ou d’un psychologue, une distinction qui comporte une énorme différence.

Meghan a eu la chance d’émerger de ses années d’errance avec son corps intact. Le domaine de la dysphorie de genre a besoin de freins et de contrepoids pour garantir que les futures Meghan n’auront pas besoin de chance pour accéder à un niveau de soins responsable. Mais ils ne les obtiendront pas dans le cadre de la « thérapie de conversion » accréditée par le projet de loi C-6.

Barbara Kay

The National Post

Version initiale: https://nationalpost.com/opinion/barbara-kay-the-problems-with-bill-c-6-and-the-gender-affirmation-model

Tous droits réservés à Barbara Kay.

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