Julie Bindel : La vérité à propos de Pornhub

THE SPECTATOR, 2 octobre 2020

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de MindGeek, l’énorme société de technologie qui possède Pornhub : le site porno le plus populaire au monde. Pornhub, qui reçoit 42 milliards de visites par an, est actuellement critiqué pour son manque apparent de contrôles de sécurité. Six millions de vidéos par an sont publiées sur le site ; certaines, selon les militantes anti-pornographie, montrent des viols et des agressions sexuelles. L’Internet Watch Foundation (IWF) a trouvé plus de 100 cas d’agressions d’enfants sur ce site entre 2017 et 2019.

Inspirées par la pétition créée par le mouvement Traffickinghub, qui a récemment atteint les deux millions de signatures, des activistes portent la lutte contre la pornographie directement aux portes de MindGeek. Le 2 octobre, une manifestation, avec masques et distanciation sociale bien sûr, se déroule devant son siège britannique à Uxbridge, dans le Grand Londres, dans l’espoir que cette protetestation publique fasse pression sur le gouvernement pour qu’il accélère l’adoption de son règlement sur les préjudices en ligne et qu’il tienne les sites pornographiques responsables de leur complicité dans toute cette exploitation sexuelle.

MindGeek est la société mère de près de 100 sites web qui consomment collectivement plus de bande passante que Facebook, Twitter et Amazon réunis. Elle est devenue le plus grand conglomérat multinational de porno au monde, contrôlant la plupart des principaux sites pornographiques gratuits. Pornhub attire le trafic en offrant un accès gratuit, mais les utilisateurs sont ensuite bombardés de publicités pour des sites payants.

Selon Gail Dines, autrice de PORNLAND, une autorité de premier plan au sujet de l’industrie du porno, « plutôt que d’assumer la responsabilité du contenu téléchargé sur leurs sites, MindGeek insiste sur le fait qu’ils ne sont pas les créateurs mais simplement les hébergeurs, et que les « performers » artistes s’engagent toutes et tous dans le porno de manière consensuelle ».

J’ai passé de nombreuses heures à passer au peigne fin le contenu de Pornhub et je peux confirmer qu’il est extrêmement vil. Pornhub héberge des vidéos dont ceux de « femmes ivres mortes agressées ». On y trouve également des vidéos ouvertement racistes, telles que « Ebony slave girl porn » et une vidéo présentée comme « la vidéo porno la plus raciste jamais créée ».

Pornhub a été accusé de fermer les yeux sur l’exploitation des femmes figurant dans les vidéos du site. Aujourd’hui, principalement grâce aux témoignages de survivantes de l’industrie, le mouvement féministe anti-porno s’est intensifié ces dernières années. Mais la lutte contre le commerce du sexe ne doit pas être laissée aux seules féministes. Tout militant des droits de la personne devrait s’opposer à Pornhub, en raison des horribles vidéos figurant sur leur site.

Sara* a rencontré Phil* (aux noms changés pour protéger leur identité) lors d’une fête et a passé la nuit avec lui. Une semaine plus tard, Phil lui a envoyé via l’application What’s Appdes images d’eux au lit, et Sara, déjà bouleversée par le fait qu’il avait tourné cette vidéo à son insu, a été horrifiée de voir que ces images avaient été téléchargées sur Pornhub.

« Mon monde s’est effondré à ce moment-là », me dit Sara. Tout ce que je pouvais penser, c’était à quel point je serais violée pour toujours, parce qu’une fois que ce film est en ligne, il peut être regardé par n’importe qui.

Rose Kalemba qui, à 14 ans seulement, a été violée à la pointe du couteau par deux hommes tandis qu’un troisième filmaitbl’attaque. La vidéo s’est retrouvée sur Pornhub. Rose dit qu’elle a passé six mois à envoyer en vain des courriels à Pornhun, les suppliant de retirer les images de son agression. Elles n’ont été retirées qu’après que l’adolescente Rose se soit fait passer pour une avocate et ait adressé à Pornhub un courriel de mise en demeure. Rose me dit qu’elle a souffert d’un terrible SSPT (syndrome de stress post-traumatique), non seulement en raison du viol, mais aussi parce qu’il a été affiché en ligne.

Tina*, une ex-performeuse qui a échappé à l’industrie du porno britannique en 2012, déclare que « celles qui ont tenté de parler de ces agressions ont été réduites au silence et ridiculisées ». J’ai quitté l’industrie après un incident au cours duquel ma boisson a été droguée sur le plateau ».

J’ai pu constater par moi-même à quel point l’industrie du porno est misogyne lorsque j’ai assisté aux XBIZ Porn Awards à Los Angeles. Mais je n’aurais jamais pu imaginer à quel point elle est devenue pire aujourd’hui.

Joignez-vous aux protestataires et tenez tête à ceux qui tirent profit de la douleur des femmes. La pornographie devrait être reconnue comme une propagande haineuse à l’égard des femmes et comme une incitation à la violence sexuelle. Plus la protestation contre des organisations comme MindGeek sera visible, moins il y aura de chances que des agressions soient considérées comme un simple divertissement.


Julie Bindel
Journaliste, autrice, diffuseure, militante féministe contre la violence sexuelle
Son prochain livre, Feminism for Women: The Real Route to Liberation, sera publié en février 2021.

Version originale: https://www.spectator.co.uk/article/the-truth-about-pornhub?

Traduction: TRADFEM

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