Sarah Field: « Les hommes savent ce qu’est une femme à Holbeck. »

Graham Linehan: « Voici un fantastique discours de Madame Sarah Field, conseillère municipale à Leeds, en Grande-Bretagne. Reproduit ici avec sa permission.« 

Bonjour à toutes et bienvenue.

Tout d’abord, je voudrais remercier toutes celles et ceux qui sont venus ici aujourd’hui, notre panel et les Leeds Spinners pour m’avoir invitée à présider ce débat.

Notre brillant panel d’universitaires parlera aujourd’hui de la Déclaration des droits basés sur le sexe. Mais en guise d’introduction, je vais parler un peu de Leeds et de la raison pour laquelle je suis ici.

Je voudrais donc commencer par remercier les nombreuses femmes qui siègent aux conseils de gestion du forum Mumsnet sur le féminisme. Vous êtes une force et une inspiration constantes.

Il y a environ trois ans, peu de temps après ma première élection, j’ai été contactée par une femme de Leeds, en quête de conseils. Sa fille de six ans avait été agressée verbalement puis soumise à un déchaînement de violence par un homme de 17 ans qui avait été autorisé à se joindre à un groupe local de jeunes filles en tant qu’auxiliaire. Il prétendait s’identifier comme femme. Qu’avait fait cette enfant ? Elle lui avait demandé s’il était un garçon. En conséquence, cette fille de six ans avait été obligée de se tenir debout, seule, devant l’ensemble du groupe et de s’excuser auprès de lui.

Et je n’arrivais pas à me faire à cette idée. J’ai donc commencé à faire des recherches. Et c’est ainsi que j’ai trouvé le chemin de la pensée critique du genre et du féminisme radical.

Et voici ce que j’aimerais dire :

Chaque personne sur la planète est unique. Et je me fiche de ce qu’elle porte. Et je me fiche de savoir qui elle aime et avec qui elle a des relations sexuelles, tant qu’il s’agit d’adultes consentants.

Il n’existe rien de tel que de « vivre en tant que femme ». Nous sommes des femmes. Et c’est notre biologie féminine qui fait de nous des femmes. C’est notre sexe. Et le sexe biologique est observable dans chaque cellule de notre corps : c’est un fait physique, matériel et biologique. Et c’est notre sexe qui fait de nous une classe. C’est notre sexe qui nous rend particulièrement vulnérables à la violence masculine. Notre sexe qui signifie que nous portons tout le fardeau du travail reproductif. L’oppression structurelle à laquelle les femmes sont confrontées en tant que classe est due à leur sexe. Et c’est pourquoi toutes les femmes ont besoin d’un recours légal à des espaces séparés et ségrégués sur la base de leur sexe.

Il n’est tout simplement pas éthique de catégoriser des hommes en tant que femmes sur la base de leurs sentiments subjectifs. Cela signifie que le sexe féminin n’a plus de protection ni de signification juridique mais se trouve plutôt réduit à des stéréotypes de genre destructeurs et régressifs.

Si vous ne pouvez pas définir les femmes, alors vous ne pouvez pas défendre leurs droits.

Ce qui m’amène au conseil municipal de Leeds, célèbre pour avoir empêché, l’année dernière, un meeting ici même pour discuter des changements apportés à la Loi britannique sur la reconnaissance du genre. Lorsque ce meeting du Women’s Party United Kingdom a été annulé, j’ai lu le courriel d’un conseiller travailliste, puis j’ai lu la vague de réponses et d’actions qui n’ont pas demandé une seule fois d’éclaircissement ou d’autres points de vue – juste l’acceptation aveugle d’un propos haineux – et il m’est apparu clairement qu’il était devenu vertueux de rejeter, d’intimider et de réduire des femmes au silence.

Cette réunion avait pour but de discuter de changements proposés à la législation britannique et de la consultation organisée par le gouvernement à ce sujet. Son but n’était pas de dire aux transsexuels ce qui est le mieux pour eux, mais de dire aux politiciens et aux législateurs ce qui est le mieux pour les femmes. La grande majorité des personnes qui s’interrogent sur l’auto-identification de genre sont des lesbiennes de gauche, des syndicalistes, des allié-e-s des LGB, appartenant à toutes les dénominations religieuses et à aucune. Les accusations que l’on nous inflige – celles d’être transphobes, intolérant-e-s, « TERF », des fondamentalistes religieux, des prêcheurs de haine – sont totalement absurdes. Et j’en ai soupé.

Et je dois dire que je réfute absolument, dans les termes les plus forts, toute accusation d’homophobie à l’encontre des femmes critiques de la notion de genre. Un très grand nombre d’entre elles sont lesbiennes. Et je me range aux côtés de mes sœurs lesbiennes. Tout comme je l’ai toujours fait durant mes années de solidarité avec la communauté LGB. Et puisque la brigade de la politique identitaire qui gère la salade actuelle de mots semble se délecter de bons vieux clichés, je vais même mentionner mon magnifique meilleur ami et parrain gay de mes deux enfants.

Le conseil municipal de Leeds a introduit le principe de l’Autoidentification, selon lequel tout le monde peut choisir de changer de sexe – ou de « marqueur de genre » comme ils disent – dans tous les services et départements de la municipalité en remplissant un court formulaire en ligne.

Lorsque j’ai demandé, dans le cadre de la Loi sur l’accès à l’information (LAI), de consulter les évaluations d’impact de cette réforme sur l’égalité des sexes, on m’a répondu qu’il n’en existait pas. Lorsque j’ai demandé, toujours au nom de la LAI, comment cela pourrait avoir un impact sur les services et espaces dédiés aux femmes et aux hommes, on m’a répondu que le conseil municipal de Leeds ne dispose pas de tels espaces ou services. Lorsque j’ai demandé, au nom de la LAI, une liste complète des vêtements féminins et masculins, le travestissement étant spécifiquement défini dans la politique du conseil comme une caractéristique protégée, on m’a répondu qu’une telle liste n’existait pas. Et lorsque je leur ai demandé la définition d’une femme, on m’a répondu qu’il n’en n’existait pas.

Donc, pour parler clairement : les hommes de notre ville peuvent accéder aux vestiaires des femmes, à leurs toilettes, installations de loisirs ou groupes de service ou de soutien – partout où celles-ci sont vulnérables, traumatisées, déshabillées ou endormies – tout cela parce que des hommes peuvent, à un moment donné, avoir eu l’impression d’être quelque chose d’indéfinissable selon le conseil, mais qui peut signifier qu’ils ont déjà porté un vêtement qui peut ou non être quelque chose qu’une femme peut également porter.

Eh bien, les femmes se sont battues pour obtenir ces espaces et il n’appartient pas au conseil de les annuler. C’est absurde, c’est dangereux et des millions de femmes dans tout le pays affirment que nous en avons assez. On ne peut pas s’identifier à une classe opprimée parce que l’on ne peut pas s’ identifier hors d’une classe opprimée. Et les femmes sont opprimées de manière spécifique sur toute la planète : santé et autonomie génésiques, mutilations génitales féminines, violence, viol, mariage de fillettes, absence de droit de vote, décès en couches, maladies post-natales, accès refusé à l’éducation, salaires inférieurs, contraception chimique, traite sexuelle, maternité de substitution, pornographie, prostitution et objectivation sexuelle.

Des femmes en prison et dans des services post-pénitentiaires de Leeds m’ont contactée dans la peur et le désespoir parce qu’elles sont confinées avec des hommes qui les menacent de viol, les agressent, exhibent constamment leur pénis soi-disant « féminin » et les narguent sur le fait qu’ils manipulent le système et jettent leurs hormones féminines dans les toilettes.

De ce fait, nos statistiques vont être faussées et nous perdrons un outil d’analyse qui nous permet de contester les inégalités mêmes pour lesquelles les dispositions et les quotas fondés sur le sexe ont été créés.

Et bien sûr, il y a un substrat bien plus étendu de misogynie à Leeds. Le navire amiral de la ville est notre prétendue « zone gérée » avec ses femmes prostituées, émaciées et narcodépendantes. Au cours des derniers mois, je me suis rendue à deux reprises dans ce quartier de Holbeck, une fois de nuit, où j’ai observé plusieurs hommes dans la rue consommant ouvertement de la pornographie dans leur voiture, alors que des femmes trébuchaient vers eux pour être utilisées et rejetées en échange d’un billet de cinq livres. J’ai aussi été approchée en plein jour par des prostitueurs, à trois reprises en dix minutes, alors que je me tenais simplement à côté de ma voiture pour prendre l’air, à 14 heures. Nous dépensons des centaines de milliers de livres pour que les hommes puissent acheter les corps narcotisés des femmes les plus vulnérables de la ville.

Les hommes, eux, savent ce qu’est une femme à Holbeck.

On me demande souvent comment je me sentirais si j’étais née dans le mauvais corps. Et je réponds que je me sens comme ça tous les jours de ma vie, depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Il suffit d’entrer dans un magasin, de brancher la télé, d’ouvrir un magazine, de cliquer sur Internet, et les femmes sont assaillies de phrases comme OBTENEZ UN CORPS DE BIKINI, PLUS QUE 12 SEMAINES POUR ACQUÉRIR VOTRE CORPS DES PARTYS DE NOËL, PROCUREZ-VOUS LE CORPS DONT VOUS RÊVEZ, LE CORPS DE QUELQU’UN QUI A 20 ANS DE MOINS QUE VOUS, LE CORPS QUE VOUS MÉRITEZ. Botox, chirurgie, épilation, Photoshop, maquillage permanent, vulve de designer… On saisit très bien le message.

Je ne pense pas que tous les hommes soient des violeurs. Je ne pense pas que tous les hommes soient intrinsèquement violents, glauques ou dégénérés. Dieu sait que j’adore mon père, mon frère et mon cher fils de neuf ans. Mais 98% des violences sexuelles sont commises par des hommes. Et il n’y a aucun moyen de distinguer les bons des mauvais. Il n’y en aura jamais. Voilà pourquoi nous avons besoin de nos espaces, de nos services et de nos limites, pour protéger notre vie privée, notre dignité et notre sécurité. C’est pourquoi nous devons préserver les normes sociales qui empêchent généralement les hommes d’entrer dans nos espaces en préservant notre assurance de pouvoir défier les hommes qui le font. Les mauvais hommes sont prêts à tout pour accéder à des femmes et des filles. C’est pourquoi tous les établissements du monde attirent ceux qui utilisent le pouvoir et l’accès pour nous agresser. S’ils le font dans les écoles, le système de santé, les églises et les familles, alors ils le feront certainement dans les prisons, les toilettes, les refuges et les vestiaires. Ils le font déjà.

Pour ce qui est de la protection des femmes contre une minorité importante d’hommes dangereux, ces risques ne cessent pas d’être réels lorsque des hommes s’identifient comme femmes. Et le principe d’autoidentification supprime la possibilité de tout contrôle, toute protection ou toute obligation pour un homme de faire plus que remplir une procédure administrative superficielle, via un formulaire en ligne.

Je suis vraiment désolée pour tout homme qui se sent emprisonné et torturé par la masculinité. Mais c’est une chose qu’il appartient aux hommes de déconstruire, démanteler et renverser eux-mêmes. Et il y a des hommes qui le font. Il y a des transsexuels, des travestis et des alliés qui luttent avec nous contre les stéréotypes virils qui nuisent à tout le monde. Mais les femmes n’ont pas comme devoir moral de faciliter cela. Si votre féminisme priorise les processus d’identification interne des hommes plutôt que les conditions matérielles des femmes, alors vous n’êtes pas une féministe. Dans un monde d’oppression structurelle et systématique et de pandémie de violence masculine, nous devons aux femmes et au legs de chaque féministe qui a lutté avant nous, de défendre d’abord nos propres droits.

Je vous remercie.

Sarah FIELD

 

 

Traduction : TRADFEM

Version originale : https://grahamlinehan.substack.com/p/men-know-what-a-woman-is-in-holbeck?

Tous droits réservés à l’autrice.

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