Traduction libre du discours choc donné au parlement australien en 2012 par la Première ministre d’alors, Madame Julia Gillard, au sujet de la misogynie

En 2012, la Première ministre de l’Australie, Julia Gillard, a prononcé au Parlement un discours choc qui dénonçait le sexisme et la haine qui constituaient son lot quotidien.

Son allocution a marqué l’histoire du féminisme à l’échelle internationale, a mené à une révision de la définition du mot ‘misogynie’ dans les dictionnaires et a propulsé un mouvement toujours actif en Australie, le WWJD pour « What Would Julia Do » (« Que Ferait Julia? »). Aujourd’hui plus que toujours, ce discours extrêmement puissant nous rappelle un moment clé dans la longue marche des femmes vers l’égalité de fait et la lutte contre l’antiféminisme institutionnalisé.

Reprenant les mots et les gestes du Chef de l’opposition, Tony Abbott (NDT: qui vient d’être nommé par Boris Johnson dans le cadre de l’instauration du Brexit), la première ministre Gillard a alors démonté et retourné les propos masculinistes qui hantent la société australienne.

Voici une traduction libre du discours livré avec dignité et fougue devant un public houleux, où le Chef de l’opposition finit par se tortiller d’inconfort. Un moment fort que vous pouvez visionner sur YouTube:
https://www.youtube.com/watch?v=SOPsxpMzYw4

 

Voici le contexte. La Première ministre répond à une motion parlementaire visant à sanctionner un membre de son parti, Peter Slipper, député de la circonscription de Fisher et Président de la Chambre, pour des textos sexistes, misogynes et homophobes: Madame Gillard dit:
 » … Je dis au Chef de l’opposition que cet homme ne me fera pas une leçon de sexisme et de misogynie. Je ne l’accepterai pas. Le gouvernement n’acceptera pas de leçon de sexisme et de misogynie de la part de cet homme – ni aujourd’hui, ni jamais. Le Chef de l’opposition dit que ceux qui tiennent des propos sexistes et sont misogynes n’ont pas ce qu’il faut pour siéger. Hé bien, j’espère que le Chef de l’opposition a une feuille de papier et qu’il est à rédiger sa démission parce que s’il veut voir le visage de la misogynie en Australie de nos jours, il n’a pas besoin d’une motion dans la Chambre des communes ; il a besoin d’un miroir. C’est ce dont il a besoin. »

Attardons-nous sur les révoltants deux poids deux mesures du Chef de l’opposition quand ils entendent s’appliquer au sexisme et à la misogynie. Nous sommes maintenant censés croire que le Chef de l’opposition se trouve offensé par les textos de Mr Slipper alors que voici ce que le Chef de l’opposition a dit lorsqu’il siégeait comme ministre au sein du précédent gouvernement – pas alors qu’il était aux études, pas alors qu’il fréquentait l’école secondaire mais lorsqu’il siégeait comme ministre au sein du précédent gouvernement. Au cours d’une discussion portant sur la sous-représentation des femmes
aux instances décisionnelles en Australie, son intervenant était un homme nommé Stravos et le Chef de l’opposition dit : ‘Si cela est vrai, M. Stravos, que les hommes ont plus de pouvoir, en général, que les femmes, est-ce une mauvaise chose ?’

Puis une discussion s’ensuit et une autre personne qui est interviewée dit : ‘Je veux que ma fille ait autant d’opportunités que mon garçon’, ce à quoi le Chef de l’opposition répond : ‘Oui, je suis totalement d’accord, mais si les hommes, par tempérament ou physiologie, étaient plus adaptés à l’exercice du pouvoir ou à émettre des décisions ?’ Suit une autre discussion au sujet des rôles des femmes dans les sociétés modernes, et le troisième intervenant dit : ‘Je pense qu’il est difficile de nier que les femmes sont sous-représentées’, ce à quoi le Chef de l’opposition répond : ‘Et on présume que c’est une mauvaise chose.’ Cet homme est celui qui entend nous faire des leçons de sexisme !

Ça se poursuit. Je me suis trouvée très personnellement offensée quand le Chef de l’opposition, en tant que Ministre de la Santé a lancé ‘L’avortement est la voie de la facilité.’ Ces commentaires m’ont offensée d’une façon personnelle. Il a dit ça en mars 2004 et je lui vous suggère de vérifier. J’ai aussi trouvé très offensant au nom de toutes les Australiennes qu’au cours de la campagne sur le prix du carbone, le Chef de l’opposition ait dit : ‘Les ménagères de l’Australie se doivent de comprendre, pendant qu’elles font le repassage…’ Je vous remercie pour ce tableau des rôles féminins dans l’Australie moderne ! Et puis, évidemment, j’ai aussi trouvé offensant les propos sexistes et misogynes balancés par le Chef de l’opposition dans cette Chambre où je siège comme Première ministre, ‘si la Première ministre désire, en termes politiques, devenir une femme honnête…’ – propos qui n’auraient jamais été adressés à quelque homme occupant ce siège.

J’ai trouvé offensant que le Chef de l’opposition se rende sur le parvis du Parlement et se tienne à côté d’une pancarte affichant ‘Débarrassons-nous de la sorcière.’ J’ai trouvé offensant que le Chef de l’opposition se tienne à côté d’une pancarte qui me décrivait comme la salope d’un mec. Ces gestes m’ont offensée. C’est de la misogynie, du sexisme, à chaque jour de la part de ce Chef de l’opposition.

Jour après jour, de mille façons depuis que le Chef de l’opposition tient ce siège et que je tiens le mien, c’est tout ce que nous avons entendu de sa part.

Maintenant, le Chef de l’opposition voudrait que nous le prenions au sérieux. Apparemment il s’est réveillé après ce bilan et tous ses propos, et il prétend dire : ‘Misère, il existe cette chose nommée sexisme ; oh mon dieu, il existe cette chose nommée misogynie. Qui en est ? Le Président de la Chambre doit en être puisque ça fait mon affaire.’ Il ne revient pas sur ses propos antérieurs, ne revient pas au Parlement présenter des excuses aux Australiennes ; ne revient pas au Parlement me présenter des excuses pour les propos qui ont quitté ses lèvres – mais il entend maintenant s’en servir comme bélier pour attaquer quelqu’un d’autre. Ce genre d’hypocrisie ne doit pas être tolérée, et c’est pourquoi cette motion du Chef de l’opposition ne doit pas être prise au sérieux.

En second lieu, le Chef de l’opposition est toujours prompt à nous faire la leçon, à moi et aux autres membres de ce Parlement, sur les choses dont la responsabilité devrait nous incomber. Il est toujours prompt à relever tout ce dont je suis responsable, qui maintenant semble inclure les textos du député de Fisher. Toujours prompt à dire que les autres devraient prendre leurs responsabilités, et moi en particulier. Y a-t-il quelqu’un qui puisse me dire si le Chef de l’opposition a admis qu’il soit responsable des comportements des jeunes libéraux de Sydney et de la présence à cet événement des membres de son caucus ? A-t-il accepté une quelconque responsabilité pour les comportements des membres de son parti et de son caucus qui, alors qu’on parlait de ma famille dans les termes les plus immondes, n’ont apparemment émis aucune objection ?

Aucun d’eux n’a quitté les lieux ; aucun d’eux n’a confronté Mr Jones pour dire que c’était inacceptable. Au lieu de ça, on s’amusait ferme jusqu’à ce que ces propos soient publiés dans un journal et alors le Chef de l’opposition et les autres ont cherché où se terrer. Il est prompt à donner des leçons faire de responsabilité, mais moins prompt à accepter qu’il soit responsable des comportements immondes des membres de son parti.

En troisième lieu, j’explique, Mr le président adjoint, que la motion du Chef de l’opposition manque de sérieux. Le Chef de l‘opposition et son Vice-président viennent ici formuler des commentaires au sujet du député de Fisher. Laissez-moi faire un bref rappel pour les membres de l’opposition, et le Chef de l’opposition en particulier, du bilan de leurs relations avec le député de Fisher. Je leur rappelle que le Parti national a présélectionné le député de Fisher dans le cadre de l’élection de 1984, que le Parti national a présélectionné le député de Fisher dans le cadre de l’élection de 1987, que le Parti national a présélectionné le député de Fisher dans le cadre de l’élection de 1993, puis l’élection de 1996, puis l’élection de 1998, puis l’élection de 2001, puis l’élection de 2004, puis l’élection de 2007 et puis l’élection de 2010. Au cours de plusieurs de ces préselections, Mr Slipper a bénéficié de l’appui du Chef de l’opposition en son nom personnel. Je rappelle au Chef de l’opposition que le 28 septembre 2010, après la dernière campagne et dès lors que Mr Slipper fut élu Vice-président de la Chambre, le Chef de l’opposition a parlé du député de Maranoa, élu au même moment, et a dit :
« … le député de Maranoa et le député de Fisher siégeront en appui très apprécié auprès du député de Scullin en sa qualité de président de comité. Je crois que le parlement sera très bien desservi par l’équipe qui siègera à la direction du comité de cette Chambre… Je félicite le député de Fisher, mon ami de longue date, qui a rendu de fidèles services à ce parlement en occupant une multitude de postes dans lesquels il s’est distingué… »

Ce sont les propos documentés du Chef de l’opposition au sujet de son amitié avec Mr Slipper et font foi de son opinion des qualités de Mr Slipper et des attributs de la présidence de la Chambre. Il ne peut s’y soustraire maintenant – c’étaient les propos du Chef de l’opposition à cette époque.

Je rappelle au Chef de l’opposition, qui entend maintenant parler de Mr Slipper et, apparemment, de son incapacité à travailler avec lui ou lui parler, qu’il était au mariage de Mr Slipper en tant qu’ami. Est-il allé dire pour dire à Mr Slipper en plein milieu du service qu’il trouvait immonde de se trouver là ? Est-ce que c’était l’attitude qu’il a eue à ce moment-là ? Non, il s’est présenté au mariage comme son ami. Le Chef de l’opposition se dépêche de faire la leçon aux autres sur ce qu’ils devraient savoir ou savent bien sur le compte de Mr Slipper, mais, sauf votre respect, je dirais au Chef de l’opposition qu’après une longue série d’interactions personnelles, incluant sa participation au mariage de Mr Slipper, il nous intéresse de savoir si le Chef de l’opposition a été surpris par ces textos. Il peut certainement nous donner un éclairage plus intime que je le pourrais sur le compte de Mr Slipper et plusieurs autres qui siègent dans ce parlement le peuvent aussi, étant donné leur longue association. Et maintenant, évidemment, le Chef de l’opposition vient nous dire :

Et tous les jours où la Première ministre se lève pour défendre le président de la Chambre sont autant de jours de honte pour ce parlement ; un autre jour de honte pour un gouvernement qui aurait déjà dû mourir de honte.

Je tiens à indiquer au Chef de l’opposition que le gouvernement n’est pas en train de mourir de honte – et que mon père n’est pas mort de honte. C’est le Chef de l’opposition qui devrait avoir honte de sa performance dans ce parlement et du sexisme qu’il y apporte.

Au sujet des agissements de Mr Slipper et des textos qui sont de notoriété publique – j’ai eu l’occasion de prendre connaissance de la couverture de presse de ces textos et leur contenu m’est offensant. Je suis offensée par leur contenu parce que je suis toujours offensée par le sexisme. Je suis offensée par leur contenu parce que je suis toujours offensée par des propos contre les femmes. Je suis offensée par ça de la même façon que j’ai été offensée par les propos du Chef de l’opposition qui vont certainement se reproduire – parce que si cette performance, aujourd’hui, est une démonstration de son nouveau côté féminin, on ne peut pas s’attendre à de grands changements dans ses agissements.

Je suis offensée par ces textos mais je crois aussi que, dans le cours de la décision sur la présidence de la Chambre, ce parlement se doit de reconnaître que des procédures sont en cours et que le magistrata suspendu la publication de sa décision. Plusieurs mois s’étant écoulés alors que nous attendions la résolution des procédures judiciaires visant Mr Slipper, ce parlement devrait maintenant conclure cette affaire. Je crois que c’est la bonne avenue et que les gens pourront alors se faire une idée avec le bénéfice d’un meilleur éclairage.

Par contre, lorsque les gens cogitent sur ces questions, ce que je ne tolérerai pas – ce que je ne tolérerai jamais – est que le Chef de l’opposition vienne nous vendre un double standard. Je ne tolérerai pas qu’il nous vende un standard pour Mr Slipper qu’il n’accepterait pas d’appliquer à lui-même, nous vendre un standard pour Mr Slipper qu’il n’appliquerait pas aux membres de son caucus ou nous vendre un standard pour Mr Slipper qui n’a pas été rencontré par ceux – comme son ancien secrétaire parlementaire de l’opposition, le sénateur Bernadi – qui ont été envoyés tenir les propos les plus immondes et révoltants. Je ne permettrai jamais que le Chef de l’opposition parvienne à imposer ces  deux poids deux mesures au parlement.

Le sexisme devrait toujours être inacceptable. Nous devrions toujours agir de façon à communiquer qu’il est inacceptable. Le Chef de l’opposition nous dit ‘Faites quelque chose.’ Il pourrait faire quelque chose lui-même s’il voulait s’attaquer au sexisme dans ce parlement. Il pourrait changer ses propres comportements, il pourrait présenter des excuses pour tous les propos qu’il a prononcés dans le passé et il pourrait s’excuser de s’être tenu à côté d’affiches qui me décrivaient comme une sorcière et une salope – une terminologie contre laquelle s’insurge le caucus de l’opposition. Il pourrait briser ces codes lui-même s’il le voulait. Mais nous verrons le Chef de l’opposition faire aucune de ces choses, parce qu’il est incapable de changer. Il est capable d’imposer des deux poids deux mesures, mais il est incapable de changer. Ses doubles standards ne devraient pas faire la loi en ce parlement.

Le bon sens, le sens commun et le respect procédural devraient faire loi en ce parlement. C’est la voie que je croie la bonne pour ce parlement, et non les doubles standards et la politique politicienne que veut nous imposer le Chef de l’opposition, qui regarde maintenant sa montre parce qu’apparemment, une femme a parlé pendant trop longtemps – je l’ai vu me crier de me taire dans le passé.

Mais je vais passer les derniers moments du temps qui m’est alloué pour dire au Chef de l’opposition que la meilleure chose à faire serait qu’il réfléchisse sur les standards dont il a fait preuve au cours de sa vie publique, sur la responsabilité qui lui incombe pour ses propos, sur ses liens très personnels avec Peter Slipper et sur l’hypocrisie qu’il a déployée dans cette Chambre aujourd’hui. Sur quoi, à cause des motifs du Chef de l’opposition, ce parlement devrait aujourd’hui refuser cette motion, et le Chef de l’opposition devrait se pencher sérieusement sur le rôle des femmes dans la vie publique en Australie – parce que nous avons tous droit à de meilleurs standards que ceux-ci. »

 

Texte original : https://parlinfo.aph.gov.au/parlInfo/genpdf/chamber/hansardr/5a0ebb6b-c6c8-
4a92-ac13-219423c2048d/0039/hansard_frag.pdf;fileType=application%2Fpdf

Couverture de presse :
https://quebec.huffingtonpost.ca/alexie-labelle/sexisme-en-australie-julia-gillard-n-a-pas-froid-auxyeux_b_3094867.html
https://theconversation.com/how-julia-gillard-forever-changed-australian-politics-especially-forwomen-138528

Traduit par AL pour TRADFEM









Par contre, lorsque les gens cogitent sur ces questions, ce que je ne tolérerai pas – ce que je ne tolérerai jamais – est que le Chef de l’opposition vienne nous vendre un double standard.

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