Titre d’une vidéo de l’empire PORNHUB: « Une Blanche que l’on baise gémit ‘Black  Lives Matter’ »

L’entreprise montréalaise Pornhub crée un genre ’Black Lives Matter’, faisant preuve du racisme éhonté de l’industrie du sexe.

Par GAIL DINES et CAROLYN M. WEST, sur SLATE, le 9 juillet 2020

En apparence, Pornhub a rejoint de grandes entreprises comme Amazon, Twitter et Nike dans une ruée vers des déclarations publiques qui condamnent le racisme. @Pornhub, la vitrine sur Twitter du méga-site de vidéos pornographiques, a écrit sous la plume d’Aria Nathaniel, que « Pornhub est solidaire de la lutte contre l’injustice sociale » et a encouragé les gens à faire des dons à des organisations telles que le Bail Project et la NAACP. Le site a également promis un don de 100 000 dollars.

Mais à peu près au même moment, on a vu émerger sur Pornhub un nouveau sous-genre pornographique : le porno « Black Lives Matter ». L’une de ces vidéos s’appelle “White Girl Moans Black Lives Matter While Getting Fucked #BLM”. Une autre a pour titre « Black Anal Matters ». Il existe également une sous-catégorie de vidéos appelée « BLM Protest » qui montre principalement des hommes noirs pénétrant des femmes blanches lors d’une prétendue manifestation « Black Lives Matter ». Certaines de ces femmes ont « BLM » écrit sur leur dos, tandis que d’autres sont en prison et se font pénétrer par des acteurs pornographiques noirs habillés en policiers. Dans un mariage classique de thèmes racistes, une vidéo prétend montrer « un voyou du mouvement Black Lives Matter qui étrangle la fille blanche d’un flic ».

Spencer Bokat-Lindell a posé la question suivante dans le New York Times le mois dernier : « Les entreprises prennent-elles une position significative, bien que tardive, contre l’oppression raciale, ou se contentent-elles de protestations symboliques pour protéger leurs profits ? » Le temps nous le dira, mais une entreprise qui se démarque comme décidée à maintenir bien vivante sa marque effrontée de racisme est Pornhub, une filiale du géant des médias pornographiques MindGeek.

L’industrie du porno a une longue histoire de représentation des hommes noirs comme prédateurs hypersexualisés des femmes blanches, un trope qui a ses racines dans le terrorisme et le lynchage des hommes noirs sur des accusations de viol inventées de toutes pièces, ou même simplement pour avoir regardé des femmes blanches. Ce phénomène est clairement dépeint depuis longtemps dans la catégorie du porno « interracial ». Cela peut sembler suggérer simplement l’existence de relations sexuelles entre des comédiens de différentes ethnies, mais en réalité, le porno interracial met principalement en scène des hommes noirs et des femmes blanches (souvent blondes), avec des titres tels que « Noir sur Blondes » et « Salopes blanches sur Serpents Noirs ».

Ces films sont produits pour, commercialisés et distribués principalement à des hommes blancs. Un producteur a déclaré que ses films les plus populaires sont ceux où «la pureté des femmes blanches sacrées est compromise ». Un autre pornographe a déclaré à Adult Video News : « Mes clients semblent apprécier que les hommes noirs « profitent » des femmes blanches : ils séduisent leurs filles et leurs épouses blanches. Plus un titre est ‘incorrect’, plus il est attrayant. » Cela explique pourquoi le porno interracial destiné aux hommes blancs comprend plus de comédiens masculins noirs que tout autre groupe ethnique. Pornhub est une vitrine particulière pour de tels titres. Il propose 50 000 vidéos sous la rubrique « interracial ». Une série très populaire hébergée sur le site s’appelle, selon les cas, « Oh Non ! Il y a un Nègre dans Ma Femme! » et « Oh Non ! Il y a un Nègre dans Ma Fille ! ».

Les femmes Noires dans le porno sont également victimes d’affreux stéréotypes racistes. Décrites comme ayant une sexualité excessive et incontrôlable, les Noires sont souvent représentées comme vivant dans un ghetto, dans un cadre sexuellement anarchique, débauché et rempli de « putes », de « proxénètes » et de « membres de gangs ». Pratiquement toutes les scènes de porno parlent de « booty »dans leur texte de promotion, promettant beaucoup de « grosses fesses rondes ». Des écrivaines Noires comme Patricia Hill Collins ont exploré comment cette fétichisation est ancrée dans la croyance que les femmes Noires sont particulièrement libertines et que leur « booty » (cul) est la seule partie de leur corps qui mérite d’être remarquée, les réduisant à des objets sexuels dépourvus d’humanité, d’individualité et de dignité.

Les catégories « Black ho » (pute) et « Black ghetto slut » (salope de ghetto) sont des sources classiques d’argent pour le porno. Comme ces femmes sont pénétrées par un nombre illimité d’hommes, des stéréotypes racistes leur sont constamment reprochés. Lors des séances de sexe avec punitions corporelles, les acteurs masculins font souvent référence à la couleur de la peau de la femme, et son statut avilissant de femme se confond avec son prétendu statut avilissant de personne de couleur et le renforce. Ce faisant, sa race et son sexe deviennent inséparables. Dans la catégorie « Ebony » de Pornhub, il ne faut pas longtemps pour trouver des titres sur les « méchantes salopes des quartiers » et autres qualificatifs. Ces vidéos légitiment le viol des femmes Noires depuis l’époque de l’esclavage jusqu’à nos jours.

En tant que plateforme, Pornhub héberge du porno amateur et professionnel, et bien que ce matériel soit en grande partie généré par des utilisateurs ou des studios et non produit par le site, les dirigeants de Pornhub aiment se vanter qu’un curateur humain contrôle chaque vidéo mise en ligne. Ces curateurs ne font aucune tentative de filtrage du racisme, de la haine et des contenus susceptibles d’inciter à la violence. (Ils arrivent à peine à filtrer le porno impliquant des mineur-e-s.)  Pornhub est l’un des sites pornographiques les plus visibles, les plus visités et les plus prolifiques sur Internet. Il fait office de portier pour l’industrie et constitue l’un de ses principaux vecteurs. Et même s’il fait preuve d’hypocrisie dans ses propos sur Black Lives Matter, le site profite des stéréotypes insidieux et des images racistes qui menacent précisément ces vies.

Un site de nouvelles de l’industrie du porno, XBIZ a récemment organisé une « réunion virtuelle » avec des comédien-ne-s de couleur qui ont parlé du racisme omniprésent dans l’industrie, du fait d’être moins bien payé que les artistes blancs ou d’être marginalisé-e-s dans le porno interracial. Un résumé de l’événement comprenait une série de mesures à prendre par l’industrie du porno, dont « faire cesser les sarcasmes à l’égard des personnes de couleur ». Il est difficile de ne pas être cynique face à de telles initiatives, étant donné que la représentation des personnes de couleur par l’industrie du porno commercial passe TOUJOURS par des moqueries et de l’avilissement. Le récent sous-genre sur Pornhub qui sexualise et banalise Black Lives Matter souligne l’hypocrisie de cet effort de relations publiques : Avec plus de 1 000 vidéos de ce type déjà sur le site, Pornhub tire des revenus de l’exploitation du mouvement de protestation des Noirs, avec en prime des thèmes racistes recyclés.

Les images pornographiques qui mêlent le racial et le sexuel donnent un nouveau souffle aux vieux stéréotypes qui circulent dans la société en général. Si ces stéréotypes sont parfois un produit du passé, ils sont renforcés dans le présent chaque fois qu’un utilisateur s’en sert pour se masturber. Ils constituent un puissant outil de diffusion et d’amplification de l’idéologie raciste, car ils affichent non seulement la prétendue débauche sexuelle des Noirs, mais alimentent également les craintes des Blancs qui voient dans les Noirs un groupe dangereux et prédateur à contrôler, à surveiller, à incarcérer et à fusiller pour protéger l’innocence des Blancs. Comme l’a écrit un Blanc qui se décrit lui-même comme « raciste » sur irmovement.com, un site où les fans affichent leur penchant pour le porno interracial, « la plupart des racistes craignent les Noirs » – « ils voient la tendance des Noirs à la violence de groupe. Cette peur se transforme en anxiété et, au bout du compte, toute cette anxiété et cette peur ont besoin d’un exutoire ».

L’industrie du porno commercial et ses principaux véhicules comme Pornhub ont reçu un laissez-passer pour exploiter des idéologies ouvertement racistes qui seraient immédiatement dénoncées si elles apparaissaient dans d’autres médias. Pendant trop longtemps, l’industrie a utilisé le masque de la sexualité libérée pour protéger ses images racistes et son idéologie haineuse, qui ne seraient pas tolérées ailleurs. Au moment où nous voyons des hommes et des femmes Noir-e-s mourir continuellement à cause de cette « peur » fabriquée de toutes pièces, l’industrie du sexe doit être tenue responsable de son rôle dans le profit qu’elle tire de l’utilisation de tropes racistes qui mettent en danger la vie de l’ensemble des Noir-e-s.

Gail Dines est l’autrIce du livre PORNLAND, qui paraît ce mois-ci aux Éditions LIBRE.

Traduit par TRADFEM. Tous droits de reproduction réservés aux autrices.

Version originale : “White Girl Moans Black Lives Matter”  

 

 

 

 

 

 

Traduction : TRADFEM

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.