J.K. Rowling a raison – Le sexe est réel et il n’est pas “réparti sur un spectre”

par Colin Wright, sur Quillette, le 7 juin 2020

L’autrice J.K. Rowling a récemment embrasé Internet après avoir rappelé sur Twitter que que «le sexe biologique est réel». Un déluge de tweets agressifs l’a accueillie lorsqu’elle a ironisé au sujet de l’expression «personnes qui ont des règles», utilisée au lieu du mot  »femmes », prétendument pour tenir compte du fait que les trans femmes-vers-hommes (parfois appelés transhommes) ont parfois leurs règles et préfèrent ne pas être désignées comme des femmes.

Voici ce que J.K Rowling a écrit sur son site:

Si le sexe n’existe pas, il n’y a pas d’attraction entre personnes de même sexe. Si le sexe n’est pas réel, la réalité globale vécue des femmes est effacée. Je connais et j’aime des personnes transgenres, mais effacer le concept de sexes enlève de manière significative la capacité de beaucoup de gens à discuter de leurs vies. Ce n’est pas de la haine que de dire la vérité.

Sur Twitter, le ressac qui a suivi a été rapide et cacophonique, et les manchettes de journaux ont suivi. GLAAD, un groupe de défense des trans, a réagi sur Twitter, en qualifiant les tweets de Rowling d’« inexacts et cruels ». Un autre commentateur a écrit : « Je sais que vous savez cela parce que cela vous a été dit encore et encore, mais les transhommes peuvent être menstrués. Les personnes non binaires ont des règles. Moi, une femme de 37 ans dotée d’un utérus, je n’ai plus de menstruations depuis une décennie. Les femmes ne sont pas définies par leurs règles. »

Jusqu’à maintenant, même les théoriciennes féministes les plus ambitieuses au plan thématique reconnaissaient que le sexe est un phénomène biologique réel, et que le dimorphisme sexuel est un élément important de l’existence humaine, au même titre que les droits humains. Pourtant, on voit de plus en plus souvent des énoncés relevant du simple bon sens, comme ceux de J.K. Rowling, être dénoncés comme « haineux ».

À mesure que de plus en plus de personnes se qualifient de transgenres, non binaires, bi-spirites (two-spirited) ou non conformes au genre (gender non-conforming), on assiste à une poussée pour corriger la réalité objective du sexe biologique afin de la faire correspondre à une identité de genre vécue subjectivement.

Selon cette nouvelle analyse, l’idée même que des mâles et femelles existent en tant qu’entités biologiques réelles serait aujourd’hui obsolète. A la place, certains avancent que nous avons seulement des degrés variables de « masculinité » (male-ness) et de « féminité » (female-ness). Voilà pourquoi l’idée même de maintenir une séparation au sein des disciplines sportives (ou n’importe où, d’ailleurs) en utilisant les catégories sexuelles binaires est perçue comme illégitime, car, si aucune ligne définitive ne peut être tracée, qui peut dire qu’un athlète qui semble « masculin » n’est pas une femme au fond?

L’idée que le sexe constitue un spectre n’est pas confinée à des théoriciens critiques marginaux. Cette notion s’est immiscée dans la culture générale, en partie grâce à un environnement médiatique plus que favorable. Même de prestigieuses revues scientifiques comme Nature ont ouvert leurs pages à des auteurs pour qui « l’idée qu’il y a deux sexes est simpliste » et qui affirment des choses comme « les biologistes pensent maintenant qu’il existe un spectre plus large que cela ».

Un autre éditorial publié dans la revue Nature a prétendu avec insistance que les tentatives de classifier le sexe des individus en utilisant une combinaison ou une autre d’anatomie et de génétique « n’avaient aucun fondement scientifique ». Un nouvel ouvrage, The Spectrum of Sex: The Science of Male, Female, and Intersex (Le Spectre du sexe: La science du masculin, du féminin et de l’intersexe) soutient cette position de la première à la dernière page. Son éditeur, une maison universitaire canadienne, affirme avec enthousiasme que « ce guide innovateur détruit complètement notre compréhension actuelle du sexe biologique ».

En février de cette année (2020), j’ai co-rédigé un texte d’opinion dans le Wall Street Journal intitulé The Dangerous Denial of Sex (Le dangereux déni du sexe). Avec ma co-autrice, la biologiste développementale Emma Hilton, j’ai mis en lumière les torts que cette pseudoscience du spectre sexuel risquait d’infliger à certains groupes vulnérables, dont les enfants, les femmes, les hommes homosexuels et les lesbiennes. Comme on nous limitait à un format de tribune libre, la docteure Hilton et moi-même avons eu peu d’espace pour explorer en détail la science du sexe biologique et la pseudoscience qu’est l’idéologie du spectre sexuel. C’est l’objet du présent essai.

***

Deux arguments sont généralement présentés pour alléguer que le sexe est un attribut non binaire qui « existe sur un spectre ».

Le premier est basé sur l’existence de conditions intersexes (chez les personnes qui présentent des traits sexuels intermédiaires ou indéterminés). Selon cet argument, le sexe ne peut être binaire si certains individus ont une anatomie sexuelle qui semble se situer quelque part entre le mâle et la femelle. Cet argument est fréquemment illustré par des figures qui placent les conditions intersexuées le long d’un axe continu qui va de «femme typique» à «homme typique» – comme dans cet exemple largement reproduit venant d’un article de Scientific American (2017) « Visualizing Sex As a Spectrum » (Visualiser le sexe comme un spectre).

 

Illus Beyond XX
Credit: Pitch Interactive and Amanda Montañez; Source: Research by Amanda Hobbs; Expert review by Amy Wisniewski University of Oklahoma Health Sciences Center

 

Le second argument souvent avancé en défense du modèle sexuel de spectre est basé sur les organes et traits sexuels secondaires.

Les organes sexuels secondaires englobent tous les éléments de notre anatomie reproductrice – à l’exception des gonades, qui sont les organes sexuels primaires. Les traits sexuels secondaires, par contre, sont des différences anatomiques liées au sexe qui apparaissent pendant la puberté, comme le grossissement des seins ou l’élargissement des hanches chez les femelles, et les poils du visage, la voix plus grave, une musculature accrue et des épaules plus larges chez les mâles.

Comme la distribution de ces traits sexuels secondaires peut connaître des chevauchements entre les femmes et les hommes, il est soutenu que nous devrions dès lors considérer le sexe biologique comme un continuum.

Aujourd’hui, cette conception du sexe biologique est fréquemment présentée aux enfants dans les écoles, en utilisant des illustrations puériles, comme The Genderbread Person (dont on trouve une version récente ci-dessous).

transgender bread man 4

Dans la case violette intitulée  »sexe biologique », vous remarquerez que les termes  »homme » et  »femme » ne sont pas utilisés. On a plutôt inscrit des termes désignant l’idée du sexe comme une variable continue, à savoir  »masculinité » (male-ness) et  »féminité » (female-ness).

De nombreux traits énumérés comme définissant le degré de masculinité ou de féminité sont en fait des organes sexuels et des caractéristiques secondaires: la morphologie génitale, la forme du corps, la tonalité de la voix et la pilosité corporelle.

On note aussi dans ce tableau l’absence ostensible des organes sexuels primaires (les gonades, c.-à-d. respectivement les ovaires pour les femmes et les testicules pour les hommes). On ne retrouve pas non plus les fonctions typiques associées au sexe, telles que les menstruations chez les femmes et l’éjaculation chez les hommes. Il n’y a enfin aucune mention d’ovules ou de spermatozoïdes (produits respectivement par les ovaires et les testicules).

Ces deux arguments – celui des conditions intersexuées et celui des organes/traits sexuels secondaires – découlent de malentendus fondamentaux à propos de la nature du sexe biologique, qui est liée au type distinct de gamètes (cellules sexuelles) que produit chaque organisme.

Pour parler simplement, les hommes sont le sexe qui produit de petits gamètes (les spermatozoïdes) et les femelles produisent de gros gamètes (les ovules). Comme il n’y a pas de gamètes intermédiaires, il n’existe pas de spectre sexuel. Le sexe biologique chez les humains est un système binaire.

Cependant, il est crucial de noter que le sexe des individus au sein d’une espèce ne dépend pas de la capacité d’un individu à produire de fait certains gamètes à un moment donné. Les mâles pré-pubères ne produisent pas de sperme et certains adultes infertiles (des deux sexes) ne produisent jamais de gamètes en raison de divers problèmes d’infertilité.

Pourtant, il serait incorrect de dire que ces individus n’ont pas de sexe discernable, car le sexe biologique d’un individu correspond à l’un des deux types distincts d’anatomie reproductrice évoluée (c-à-d les ovaires ou les testicules). Ceux-ci se développent en vue de la production de spermatozoïdes ou d’ovules, indépendamment de leurs fonctionnalités passées, présentes ou futures.

Chez les êtres humains (et les personnes transgenres ou dites  »non binaires » n’y font pas exception), cette anatomie reproductrice est sans ambiguïté masculine ou féminine dans plus de 99.98% des cas.

La distinction binaire entre ovaires et testicules comme critère déterminant le sexe d’un individu n’est ni arbitraire, ni réservée aux humains. La fonction évolutive des ovaires et des testicules est de produire respectivement des ovules ou du sperme, qui doivent être combinés pour que la reproduction sexuelle ait lieu. Si cela n’arrivait pas, il n’y aurait pas d’êtres humains. Si ces connaissances ont pu être à la fine pointe de la science vers les années 1660, il est étrange que nous devions soudainement les traiter comme controversées en 2020.

***

La statistique précitée (99.98% des cas) est inférieure à 100% en raison d’environ 0.02% de personnes intersexuées (le chiffre réel est estimé à 0.018%). Mais la prétention voulant que des conditions d’intersexuation valident le modèle du spectre sexuel confond l’énoncé  »il n’y a que deux sexes » (qui est vrai) avec l’assertion que  »chaque être humain peut être catégorisé sans équivoque comme homme ou femme » (ce qui est faux). L’existence de seulement deux sexes ne signifie pas que le sexe n’est jamais ambigu. Mais l’existence d’individus intersexués ne démontre pas que le sexe est inscrit sur un spectre. Ce n’est pas parce que le sexe peut être ambigu pour certains que cela signifie qu’il l’est pour tous (et, comme certains commentateurs l’extrapoleraient, arbitraire).

Pour analogie: en lançant une pièce de monnaie, on s’en remet au hasard au sujet d’une décision binaire car la pièce n’a que deux côtés: pile ou face. Toutefois la pièce a également une tranche, et environ un lancer sur 6000 (0.0166%) (avec une pièce de 5 cents) atterrira sur le côté. C’est à peu près la même probabilité que celle de naître avec une condition intersexuée. Presque chaque lancer de pièce donnera soit le côté pile soit le côté face ; ces faces et ces piles ne se présentent pas en degrés ou en mélanges, puisque les piles et les faces sont des résultats qualitativement différents et mutuellement exclusifs. L’existence de cas de pièces tombant sur la tranche ne change rien à ce fait. Les piles et les faces demeurent des résultats distincts.

De même, les résultats du développement sexuel chez les humains sont presque toujours sans équivoque masculins ou féminins. Le développement des ovaires (ou des testicules), et donc des femelles et des mâles, donne aussi des résultats qualitativement différents qui, pour la grande majorité des humains, sont mutuellement exclusifs et ne se présentent pas en mélanges ou en degrés. Les hommes et les femmes, malgré l’existence de conditions intersexuées, demeurent des réalités distinctes.

L’existence de conditions intersexuées est fréquemment mise de l’avant dans le but de brouiller la frontière entre les hommes et les femmes lorsqu’on plaide pour l’inclusion des hommes mâle-vers-femelle (dits «femmes trans») dans les sports féminins et dans d’autres contextes. Mais le transgenrisme n’a absolument rien à voir avec le fait d’être intersexué.

Pour la très grande majorité des individus revendiquant des identités trans ou non binaires, leur sexe n’est pas en cause. Ce sont les organes sexuels primaires, et non l’identité ressentie, qui déterminent le sexe de chacun.

En ce qui concerne l’argument des organes/traits sexuels secondaires, son principal défaut est qu’il confond la cause et l’effet. N’oublions pas que les traits sexuels secondaires sont des caractéristiques anatomiques qui se différencient lors de la puberté. Chez les femmes, elles comprennent (entre autres), le développement de la poitrine, des hanches plus larges et une tendance à stocker les graisses autour des hanches et des fesses. Chez les hommes, les traits sexuels secondaires incluent une voix plus grave, une taille moyenne plus élevée, une pilosité faciale, des épaules plus larges, une musculature accrue et une graisse plus répartie autour de la taille. Cependant, ces traits sexuels secondaires – bien qu’ils sautent aux yeux et soient inséparables de la façon dont la plupart des non-spécialistes pensent les hommes et les femmes – ne définissent pas réellement le sexe biologique de chacun.e.

Typiquement, ces traits se développent plutôt comme étant une conséquence du sexe, par le biais de différences du milieu hormonal produites lors de la puberté par les testicules ou les ovaires.

Les différentes trajectoires de développement des hommes et des femmes sont elles-mêmes le produit de millions d’années de sélection naturelle, puisque les traits sexuels secondaires contribueront de diverses façons à la capacité évolutive des hommes et des femmes.

Les femmes avec des hanches plus étroites avaient plus de mal à accoucher d’enfants à grosse tête, et donc celles avec de plus larges hanches avaient un avantage évolutif.
Ce critère ne s’appliquait cependant pas aux hommes, et c’est une des raisons pour lesquelles leurs corps tendent à présenter une allure différente. Mais cela ne signifie pas que les hanches d’une personne – ou l’un de ses traits sexuels secondaires (comme la barbe ou la poitrine) – définissent biologiquement son sexe. Ces traits, même en ayant évolué en raison de pressions de sélection spécifiques au sexe, sont complètement hors-sujet lorsqu’il s’agit de définir le sexe biologique d’une personne.

Les analogies sont parfois utiles, alors permettez-moi d’en suggérer une autre. Les motocyclistes conduisent des motos et les cyclistes, des vélos. Bien que ces deux véhicules partagent de nombreuses similitudes (deux roues, un guidon, leurs sièges, des rayons, etc.), ils diffèrent d’au moins une manière fondamentale.

Les motos sont propulsées par des moteurs et du carburant, tandis que les vélos avancent en raison des efforts des jambes. Le fait que quelqu’un soit motocycliste ou cycliste dépend entièrement du critère binaire de conduire soit une moto soit un vélo. C’est la caractéristique primaire qui définit motard.e.s et cyclistes.

Cependant, il existe également de nombreux traits secondaires associés aux uns et aux autres. Les motocyclistes, par exemple, ont plus tendance à porter des vestes en cuir, des jeans et des bandanas. Quant aux cyclistes, iels sont plus susceptibles de porter des combinaisons moulantes en élasthanne. Les motard.e.s portent de lourds casques qui couvrent toute la tête et comprennent un écran facial. Les cyclistes portent généralement de légers casques qui ne couvrent que le haut de la tête.

Beaucoup des caractéristiques secondaires des motard.e.s et des cyclistes ne sont ni arbitraires, ni fortuites. Tout comme les traits sexuels secondaires des hommes et des femmes, nous pouvons référer l’utilité des traits secondaires des motard.e.s et des cyclistes à leurs caractéristiques primaires. Les motard.e.s portent des vêtements résistants car ils voyagent à des vitesses plus élevées, ce qui nécessite des vêtements protecteurs en cas d’accident et pour atténuer le refroidissement éolien. Les cyclistes, en revanche, font un grand effort physique en propulsant l’entièreté de leur poids corporel (en plus du poids de leur véhicule), ce qui nécessite des vêtements et des équipements de protection plus légers, aérés et coupe-vent. Comme les vitesses de chute sont réduites chez les cyclistes, le compromis en faveur d’un équipement moins protecteur est justifié.

Mais une personne conduisant une moto et portant un vêtement d’élasthanne et un casque plus léger ne devient pas un cycliste (ou n’est pas moins un motard) parce qu’elle partage ces traits secondaires plus communément associés aux cyclistes. Et une personne qui fait du vélo avec un jean et une veste en cuir ne devient pas un.e motard.e (ou moins un.e cycliste) en partageant des traits secondaires plus typiques des motard.e.s. Donc, tout comme ces traits secondaires ne définissent pas les motard.e.s et les cyclistes, les caractéristiques sexuelles secondaires ne définissent pas les hommes et les femmes.

***

Comme la biologie est complexe, les gens peuvent facilement être influencés par des graphiques ou des dessins, surtout si ces outils prétendent démontrer une chose que nous souhaitons croire de toute façon, comme la notion censément libératrice que le sexe est un spectre plutôt qu’une réalité binaire.

Mais tout spectre implique un axe quantitatif et, lorsque cette dimension est prise au sérieux, elle conduit à des conclusions troublantes. Une représentation graphique particulièrement populaire présente le sexe comme bimodal (ce qui signifie qu’il existe deux maxima représentant la «masculinité» et la «féminité», des pics autour desquels la plupart des gens ont tendance à se regrouper. Un tweet devenu viral, provenant de l’utilisateur Twitter @ScienceVet2 et qui compte déjà plus de 17000 retweets, a popularisé le modèle d’un spectre sexuel bimodal à l’aide d’un schéma semblable à l’image suivante.

Illus Beyond XXVous pouvez constater pourquoi ce type de représentation s’avère populaire: il est conforme à notre sentiment intuitif que la plupart d’entre nous se regroupent autour d’une typologie masculine ou féminine, mais tout en préservant aussi la prétention qu’il existe un vaste continuum habitable entre ces deux catégories. Vraisemblablement, on pourrait prendre diverses mesures pour déterminer avec exactitude où chacun de nous se situe le long de ce spectre.

Encore une fois, tout cela semble très progressif en théorie. Mais les conséquences de ce modèle sont régressives dans la pratique, parce que les indices de masculinité et de féminité invoqués par les adeptes du spectre sexuel seront toujours basés sur des idéaux et des stéréotypes sexistes que nos grands-parents auraient pu reconnaître sans peine.

Dans l’image modifiée ci-dessous, le mâle A est-il «plus» masculin que le mâle B? Est-ce que la femelle D est «plus» féminine que la femelle C? Pendant des décennies, nous avons correctement enseigné à nos enfants que ce type de logique est insultant et toxique – qu’une fille avec des traits plus masculins est tout autant une fille que son amie au physique plus stéréotypé féminin.

Que l’axe des X de l’image quantifie la morphologie génitale ou bien un amalgame de traits ou de comportements sexuels secondaires, cela implique que les hommes grands et agressifs avec une barbe épaisse, une voix profonde, un gros pénis et un taux de testostérone plus élevé sont «plus» masculins que les hommes petits aux personnalités plus douces qui correspondent à la description opposée. De même, les femmes avec des poitrines plus grosses, un rapport taille/hanche plus «féminin» et moins de pilosité corporelle, seraient considérées comme «plus» féminines que les femmes à petits seins, moins de courbes et plus poilues.

schéma biological sex

Si cette logique du spectre sexuel vous semble terriblement similaire à la logique des tyrans de cours de récré, vous avez raison. Imaginez le scénario suivant: James, 16 ans, est un garçon assez efféminé. Il est sans cesse intimidé pour son apparence féminine et ses manières. Ses camarades de classe le taquinent:  »Tu es une fille ou quoi? ». Son professeur, entendant cela, peut consulter son tableau du spectre sexuel et dire à la classe: «peut-être…».

Un autre corollaire inquiétant de cette notion est que l’intervention chirurgicale sur les nourrissons intersexué.e.s (parfois appelée mutilations génitales inter-sexes) peut modifier la position réelle d’un individu le long d’un spectre sexuel pseudo-scientifique.

Un parent peut alors se sentir plus en droit d’opter pour d’autres chirurgies  »correctives », parfois en contradiction avec le véritable sexe biologique (gonadique) d’un nourrisson, afin de rendre leur enfant «idéal» (dans leurs esprits) plus masculin ou plus féminin.

À dire vrai, la plupart des défenseurs du spectre sexuel dénoncent l’intervention chirurgicale sur les nourrissons inter-sexes (et à juste titre, à mon avis), mais ils ne considèrent pas comment leur doctrine peut encourager de telles pratiques.

La promesse de la pseudoscience du spectre sexuel (à l’effet que le sexe serait impossible à déterminer définitivement) a un attrait naturel pour celleux qui se trouvent déjà en proie à des problèmes d’identité. Cela donne du pouvoir d’imaginer que nous pouvons avoir le contrôle sur quelque chose d’aussi fondamental que le sexe. Dans Sex Redefined (Le sexe redéfini), un article datant de 2015 et paru dans Nature, rédigé par l’avocate de la théorie du spectre sexuel, la docteure Claire Ainsworth, le dernier paragraphe se lit comme suit:

«Mon sentiment est que, comme il n’y a pas un paramètre biologique qui surclasse tous les autres paramètres, en fin de compte, l’identité de genre semble être le paramètre le plus raisonnable,» explique Vilain. En d’autres termes, si vous voulez savoir si quelqu’un est un homme ou une femme, il est préférable de simplement le lui demander.

Ici, le docteur Eric Vilain, clinicien et directeur du Center for Gender-Based Biology à l’université de Californie (Los Angeles), affirme que puisque le sexe biologique ne peut pas être réduit à un  »paramètre biologique » (ce qui est faux), nous devrions abandonner la classification fondée sur le sexe au profit de l’identité de genre de chacun.e, qui est entièrement subjective. C’est une conclusion déconcertante car, même si le modèle de spectre sexuel était correct, il ne s’ensuit nullement que l’on puisse choisir où nous résidons le long de ce spectre.

De plus, dans l’interprétation que fait Ainsworth des paroles de Vilain, nous voyons un changement (pas si subtil) qui passe de la prétention que le sexe est réparti sur un spectre à la prétention (beaucoup plus extrême) que le sexe est arbitraire et dénué de sens. Selon cette hypothèse, une personne pourrait littéralement réinventer sa biologie, comme par alchimie, en la déclarant tout simplement. Quelle puissance étonnante pour les humains. Si seulement cela existait réellement.

***

Certain.e.s transactivistes se sont demandé pourquoi des gens comme moi sont si obsédés par un problème où les enjeux semblent si restreints. Mais ces enjeux ne sont pas restreints: si l’idée du sexe biologique peut être renversée dans le domaine de la compétition sportive, où les différences entre hommes et femmes sont incroyablement évidentes, alors la bataille pour repousser la pseudoscience du spectre sexuel dans tous les autres domaines sera perdue – qu’il s’agisse de l’admission d’hommes dans les prisons pour femmes et les centres d’aide aux victimes de viol, ou de la facilitation des chirurgies de changement de sexe pour les écoliers et écolières. Comme Thomas Sowell l’a succinctement déclaré dans son livre The Quest for Cosmic Justice, «La société n peut survivre qu’à un certain niveau de divergence entre les théories dominantes et une réalité intraitable. Pourtant, il est peu probable que les théories de l’égalité soient réexaminées (ou examinées pour la première fois) lorsqu’elles fournissent un fondement au sentiment grisant d’être moralement supérieur à une  »société tarée ». »

Les partisans du modèle du spectre sexuel ont sans nul doute voulu bien faire lorsqu’ils ont d’abord élaboré ces théories. Après tout, qui ne serait pas partisan.e d’une explication de la biologie humaine qui valide toutesnos idées changeantes de conception et de compréhension de soi? Mais au fil du temps, il est devenu clair que ces personnes se sont fabriqué une fausse théorie de la biologie qui déforme la nature humaine et nuit aux individus vulnérables. Lorsque l’on tente d’atteindre l’égalité et la justice en déformant la réalité, l’inégalité et l’injustice ne sont jamais éliminées; mais juste déplacées.

 

Colin Wright est assistant rédacteur-en-chef au magazine Quillette et il détient un doctorat en biologie évolutive de l’université de Californie à Santa Barbara. Vous pouvez le suivre sur Twitter à la page @SwipeWright.

Version originale : https://quillette.com/2020/06/07/jk-rowling-is-right-sex-is-real-and-it-is-not-a-spectrum/

Traduction : Sarah Vercamst

Tous droits réservés à Colin Wright et au magazine Quillette.

Une réflexion sur “J.K. Rowling a raison – Le sexe est réel et il n’est pas “réparti sur un spectre”

  1. Ces théoricien.nes forment une secte et doivent être considérés comme tel. Mais ne pas imposer leur vision à tout.te s.

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