Mais pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas être plus gentilles ?

Par Helen Saxby, sur le blog Not The News In Briefs

Nous devons déjà l’être extrêmement, semble-t-il, si nous voulons conserver nos droits. Je parle des droits qui sont déjà inscrits dans la loi, la Loi britannique sur l’égalité de 2010, qui met à jour et intègre la législation sur l’égalité des sexes inscrite dans la Loi sur la discrimination sexuelle de 1975. Les droits des femmes sont fondés sur le sexe, et ils l’ont toujours été, car il n’existe aucun autre moyen légal ou matériel ou communément reconnu de différencier les hommes et les femmes. Malgré les récentes affirmations de plusieurs lobbyistes, nous n’avons jamais eu besoin de nous résoudre à regarder dans le pantalon des gens pour distinguer un sexe de l’autre. L’intelligence commune de ce que signifient les catégories masculines et féminines et la différence entre elles a toujours suffi à garantir que les lois destinées à uniformiser les règles du jeu pour les femmes soient effectivement utilisées au profit des femmes. Elles n’ont peut-être pas toujours été adaptées à cette tâche, mais la question de savoir à qui elles étaient destinées n’a jamais fait controverse.

On attend des femmes qu’elles soient gentilles dans tous les domaines de la vie, c’est vrai, et la socialisation féminine s’efforce de renforcer cette attente par tout un système de récompenses et de punitions, déployées à mesure que les filles grandissent. Cependant, on assiste récemment à une accélération des exigences que les femmes se montrent gentilles, en particulier dans le domaine de la défense des droits des femmes. Être gentille est devenue la principale exigence adressée aux féministes, au-delà des valeurs de se montrer équitable, bien informée ou déterminée par exemple, et je me demande bien pourquoi c’est si important maintenant ?

Une des attaques lancées actuellement contre les droits de la femme a pris la forme d’un déni de l’existence même des femmes, du moins en tant que catégorie distincte. Dans des circonstances normales, cette prétention serait chassée en riant des prétoires, mais cette campagne a pris de l’ampleur parce qu’elle a été liée (avec malveillance) à l’oppression supposée d’un autre groupe (les personnes trans) et que la campagne pour les droits des trans a connu un tel succès. En appui aux revendications des transactivistes, les femmes ont été prioritairement dépeintes comme un obstacle et comme les gardiennes de toutes les bonnes choses (y compris la biologie elle-même). La raison pour laquelle les femmes ont, au départ, besoin de droits spécifiques au sexe a été délibérément occultée, minimisée et oubliée.

 

Lorsque Alice Roberts, une scientifique, a publié sur Twitter un article affirmant que, pour une raison ou une autre, à cause des poissons-clowns, il est impossible de déterminer sans se tromper les caractéristiques sexuelles binaires des êtres humains, la constellation féministe de Twitter a réagi en masse. Le Twitter féministe regroupe beaucoup de scientifiques et de biologistes. Depuis, beaucoup, beaucoup de femmes corrigent gentiment Madame Roberts. Certaines le font avec impatience, d’autres sont critiques, une infime minorité la traite de stupide ou d’autres insultes de cette eau, mais ce qu’on y trouve surtout est un fil d’information étonnamment instructif sur la biologie humaine. Riche d’une foule d’éléments probants. Cela n’empêche pas des gens de parler de « harcèlement » et si Alice Roberts n’affiche rien pendant quelques jours, on dira qu’elle a été « chassée de Twitter par des trolls ». C’est ce que dit Roberts elle-même :

Saxby 1            « Soyez scientifiques, rationnelles et généreuses. C’est possible. »

 

Quand l’avocat Jo Maughan pontifie sur Twitter quant à un droit des prisonniers s’identifiant comme trans à être logés dans le quartier des femmes, le Twitter féministe répond également. Le Twitter féministe est en effet rempli d’avocates, de juristes et d’étudiantes en droit qui comprennent vraiment le droit. Elles produisent un fil de messages informatifs et critiques des prétentions de Maughan, basés sur les dispositions de la loi telle qu’elle existe. Une ou deux d’entre elles s’irritent de son refus d’écouter ou de ne prendre en compte aucun des arguments qu’elles présentent en preuves. Il peut y avoir à l’occasion une ou deux insultes. Mais le fil conducteur de ces messages est surtout un enseignement sur la législation britannique actuelle en matière d’égalité. Maughan pense que, plutôt que de présenter leur position (très bien informée) dans cet échange, ces femmes sont simplement des fanatiques :

Saxby 2

JON MAUGHAN: Affirmer que parce qu’un homme a violé une femme dans un pénitencier féminin, il s’ensuit que les transfemmes en tant que classe constituent un risque pour les femmes incarcérées est de l’intolérance pure et simple, comme celle adressée aux hommes noirs, aux gays, aux victimes de viol, aux Juifs, etc.

Lorsque Billy Bragg, un socialiste, défend sur Twitter le droit des hommes qui s’identifient comme femmes à être inclus dans les espaces et les sports réservés aux femmes, le Twitter féministe répond à nouveau. Cet espace est riche en femmes socialistes et syndicalistes, qui fondent leurs arguments sur une analyse de classe et une lecture féministe de l’histoire. Elles remettent calmement Billy Bragg à sa place, sur la base d’une analyse socialiste des femmes en tant que classe de sexe. On lit parfois un gros mot, ou parfois un tweet légèrement exaspéré, et de nombreuses femmes expriment leur déception à son égard, mais ce sont surtout des faits qui sont cités sans relâche à Bragg. Il répond en affirmant à toutes ces femmes hautement intelligentes et attentionnées qu’elles manquent de compassion :

Saxby 3      Billy Bragg : « Je trouve troublante votre absence de compassion à l’égard de la communauté trans. Vous semblez n’avoir aucun souci de ce qui peut arriver à une femme auto-identifiée dans une prison masculine et votre attitude discrimine leur participation aux sports. De tels stéréotypes négatifs ne facilitent pas le débat.

 

Dans les années qui ont suivi l’enquête de 2015 sur la condition des transgenres, au cours de laquelle les revendications de certains trans ont eu le haut du pavé alors que les droits des femmes ont dû être défendus, de nombreux groupes populaires de femmes ont dû assumer la tâche de protéger les droits des femmes puisque personne d’autre ne le faisait pour elles. Au fil du temps, il y eut de nombreuses réunions, des blogs, des tweets, des discours, des essais, des articles et des mémoires soumis à des enquêtes gouvernementales, tous émanant de femmes et de groupes de femmes soucieux de protéger leurs droits existants. Un sentiment dominant, exprimé à maintes reprises, est que les personnes trans devraient bien sûr avoir tous les droits que tout le monde possède. Les femmes se sont pliées en quatre pour que la défense des droits des femmes ne soit en aucun cas perçue comme une volonté de réduire les droits des trans. Toutes les organisations féminines veulent que les personnes transgenres soient à l’abri de la violence et bénéficient d’un traitement égal en matière de soins de santé, d’emploi et de logement, et elles le répètent souvent.

 

Voici ce que dit Woman’s Place :

De plus, nous avons exprimé sans ambages que nous n’appuyons aucune discrimination envers des personnes trans en raison de leur statut transgenre et que nous croyons que le droit à la non-conformité de genre devrait bénéficier d’un appui juridique. Cela inclut le droit à ne pas se voir contraint·e par des codes vestimentaires ou des attentes comportementales sexistes.

 

L’organisation Fair Play for Women est explicite à ce sujet :

Nous croyons que tout le monde devrait être libre de se présenter et de s’habiller comme iels le souhaitent, d’être aussi traditionnellement masculins ou féminins qu’iels le veulent, ou d’échapper à des normes oppressives de genre comme tant d’entre nous le faisons, sans être traité·es injustement pour cette raison. Il est souhaitable que les personnes transgenres possèdent leur propre catégorie aux termes de la Loi sur l’égalité.

 

Voici ce qu’affirme l’organisation Women and Girls in Scotland :

Ces sentiments sont aussi couramment et régulièrement exprimés dans les médias sociaux par des femmes individuelles. Il ne saurait être plus clair que la lutte pour les droits des femmes (ce qui signifie des droits existants, déjà réclamés, bien documentés et prouvés, et finalement remportés) ne se fait pas au détriment des droits des trans et n’est pas une attaque contre les trans. En contrepartie, aucun groupe de défense des trans (Stonewall, Gendered Intelligence, GIRES, Mermaids, TELI, Trans Media Watch, Allsorts et d’innombrables autres organisations) n’a jamais exprimé le souhait correspondant que les réformes pour lesquels ils se battent ne dussent pas se faire au détriment des femmes et des filles. Ils n’ont jamais exprimé, dans aucune de leurs interventions publiques, de crainte que les droits d’autres personnes ne soient affectés par leurs revendications, même si celles-ci impliquent effectivement un recul des droits des femmes. Pour parler clair, aucun d’entre eux ne se soucie le moindrement des femmes et des filles.

 

Voici, en revanche, ce pour quoi se bat le lobby composé de Stonewall, Gendered Intelligence et la Scottish Trans Alliance :

Qu’une réforme de la Loi sur l’égalité de 2010 remplace « l’identité de genre » plutôt que « la réassignation de genre » comme motif protégé contre la discrimination et qu’il supprime des exemptions comme celle portant sur l’accès aux lieux unisexe.

Mais personne ne leur enjoint d’être « gentils ».

En même temps que ce mépris total des droits des femmes est présenté comme progressiste, on voit des insultes, des agressions verbales et des menaces, ainsi que des agressions physiques, destinées à faire taire les femmes, passer inaperçues de la part des mêmes personnalités qui implorent les femmes d’être plus gentilles, d’être plus douces, d’être plus silencieuses.

La pandémie de la COVID-19 a mis en évidence de façon incontestable la nécessité pour les femmes de disposer d’espaces unisexes pour se protéger de la violence masculine. La violence conjugale a nettement augmenté pendant la période de confinement partout dans le monde. D’autres inégalités traditionnelles, telles que le travail mal rémunéré et les rôles familiaux, contribuent à aggraver les effets de l’enfermement sur les femmes. Si ce n’était pas manifeste auparavant, ce l’est maintenant : les effets sur les femmes d’être le sexe subordonné en raison de leur “genre” comprennent des risques plus élevés, une plus grande violence et une plus grande pauvreté. Ces présomptions sexistes sur la valeur (ou le manque de valeur) accordée aux « tâches de femmes » font partie de la structure de genre que les féministes combattent depuis toujours. Nous n’aimons pas le genre, nous le rejetons et nous ne sommes pas haineuses pour cela. C’est logique, vous pouvez le constater maintenant. C’est le genre qui prive les femmes et les filles de leur autonomie.

 

De même, la pandémie de coronavirus a clairement mis en évidence les différences sexuelles entre les hommes et les femmes. Les hommes sont beaucoup plus susceptibles de mourir du virus, et ce en raison de leur sexe, et non de leur « identité de genre ». Aux négationnistes de la science et de la biologie, pour qui « les transfemmes sont des femmes », le virus apprend une autre histoire. Les premières études montrent que les femmes sont plus susceptibles de contracter le virus, en raison de leur plus grande exposition, qui résulte de l’inégalité des rôles et des professions entre les sexes, mais les hommes sont plus susceptibles d’en mourir s’ils en viennent à le contracter, en raison de leur sexe.

 

Est-il encore « cruel » d’insister sur le fait qu’il existe une différence sexuelle entre les hommes et les femmes et qu’il est simple (et essentiel) de la catégoriser ? Est-ce encore « manquer de compassion » que d’analyser et évaluer le risque accru de préjudice subi par une femme en raison des normes de genre imposées à sa classe de sexe ? Est-il encore « sectaire » de demander que les femmes continuent d’être protégées par la loi alors que ces différences de résultats entre hommes et femmes sont maintenant si manifestement évidentes ?

 

Apparemment, oui.

Saxby 4

ANDREW BOFF : Que perdrez-vous à être gentilles ?

Nous avons tout à perdre, et je commence à penser que c’est le but visé. L’exigence que les femmes soient « gentilles » et « aimables » ne se limite pas à une simple correction de leur attitude, elle a un impact sur ce que les femmes sont autorisées à dire, et sur la mesure dans laquelle nous pouvons nous attendre à être écoutées lorsque nous le disons. On n’attend pas seulement des femmes qu’elles soient gentilles en se battant pour leurs droits, on attend d’elles qu’elles soient gentilles au lieu de se battre pour leurs droits.

 

Voici une idée originale : pour changer, le monde pourrait essayer d’être plus gentil et aimable envers les femmes.

Helen Saxby

 

Version originale : “Why Can’t Women Be More Nice?”  sur le blog Not The News in Briefs

Traduction : TRADFEM avec l’accord de l’autrice

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