La question des droits des femmes vient d’être portée à l’attention du monde entier

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Par Ruth Serwotka, MorningStar Online, le 29 décembre 2019

 

Une scandaleuse décision judiciaire, rendue à l’encontre de madame Maya Forstater, à qui l’on a retiré son emploi en raison de sa conviction du caractère immuable du sexe chez l’être humain, a donné au « débat sur le genre » une nouvelle visibilité internationale, écrit RUTH SERWOTKA.

 

photo maya forstater

Maya Forstater décrit sa cause lors d’une réunion publique organisée par Woman’s Place UK en 2019.

 

Le 19 décembre dernier, une décision choquante a été rendue lors d’une audience devant un tribunal de Londres.

Maya Forstater, une militante féministe, a perdu un procès. Le fait que son employeur, un groupe d’analyse des enjeux du développement mondial, ait refusé de prolonger son contrat de travail en raison de ses opinions féministes a été qualifié de légal.

Le tribunal a entendu que Forstater était une féministe « critique du genre », faisant partie d’un mouvement de femmes en pleine croissance en Grande-Bretagne et dans le monde, et qu’elle tenait comme prémisses fondamentales que les hommes ne pouvaient pas se transformer en femmes et que les êtres humains, en tant qu’espèce dimorphe, ne pouvaient pas changer de sexe, ce qui est un fait scientifique et immuable.

Son employeur a soutenu que ces opinions étaient préjudiciables aux personnes transgenres.

Madame Forstater avait porté l’affaire en justice au motif que ses opinions devaient être protégées par la législation qui défend les droits à la religion et à la liberté de croyance dans le cadre de la Loi britannique sur l’égalité de 2010.

Elle a fait valoir que, tout en reconnaissant que toute personne était en droit de vivre libre de toute discrimination et de tout harcèlement, il était raisonnable de croire et d’affirmer que le sexe biologique était immuable.

Il est important de noter que l’affaire concernait le droit des femmes à exprimer des opinions sur le sexe et le genre et à faire campagne sur des questions féministes sans être confrontées à l’effet paralysant d’une censure judiciaire ou de menaces à leur emploi.

En réponse à des propositions gouvernementales visant à réformer la Loi sur la reconnaissance du genre (LRG) — 2004, plusieurs féministes ont fait remarquer que le fait que des hommes puissent simplement s’identifier en tant que femmes aurait un impact négatif sur les femmes, et elles ont propagé une meilleure compréhension de ces points de vue.

Les propositions visant à faire amender la LRG pour autoriser de facto un processus simple de choix d’un genre, confondu avec le sexe, ont notamment été retardées, des politicien·nes de tous les partis ayant été manifestement pris.es de court par l’ampleur de l’opposition venue des organisations féministes.

La question est devenue particulièrement pertinente pendant la plus récente campagne électorale, la députée Jo Swinson ayant été largement ridiculisée pour avoir défendu l’idée qu’il était possible pour les hommes de devenir des femmes et le parti travailliste ayant dû confirmer l’engagement de son Manifeste à défendre les droits des femmes à des services unisexes.

Madame Forstater avait présenté un argument convaincant et détaillé voulant qu’une conception juridique selon laquelle les hommes peuvent littéralement changer de sexe sape les droits des femmes à des espaces distincts pour des motifs thérapeutiques, de protection de leur vie privée et de dignité.

Elle avait notamment insisté sur le caractère acceptable de souligner qu’un conseiller masculin du Scottish National Party, Gregor Murray, devait être reconnu comme un homme.

Murray, qui avait été réprimandé pour un comportement sexiste envers des militantes féministes face auxquelles il avait utilisé un langage misogyne et obscène, affiche comme pronoms préférés ceux de « they » et « them » et se prétend de sexe « non binaire », même s’il porte une barbe nourrie et n’a subi aucune forme de transition.

La cause de madame Forstater n’impliquait en rien ses rapports avec ses collègues du groupe de réflexion.

La partie du jugement qui concerne l’approche de Maya Forstater à l’égard de Gregor Murray est l’élément le plus inquiétant de l’affaire.

Dans une affirmation péremptoire, le juge a statué que Madame Forstater « était absolutiste dans sa vision du sexe et c’est un élément essentiel de sa conviction qu’elle se réfère à une personne selon le sexe qu’elle considère approprié même si cela viole la dignité de cette personne ou crée un environnement intimidant, hostile, avilissant, humiliant ou offensant. Cette approche n’est pas digne de respect dans une société démocratique. »

Le jugement place en opposition deux articles de la Loi britannique sur l’égalité.

D’une part, il exige que la fiction juridique selon laquelle il est possible de changer de sexe soit transformée en un principe socialement contraignant qui peut être imposé sur le lieu de travail. D’autre part, la loi permet également d’accorder le droit à des installations unisexes en vertu d’exemptions inscrites dans la loi contre la discrimination sexuelle.

Cette loi permet que des services destinés aux femmes excluent les hommes, mais aussi, et c’est important, d’exclure les transfemmes, même lorsque ces personnes possèdent un certificat de reconnaissance de leur genre, c’est-à-dire les documents actuellement requis pour changer de sexe légal.

De nombreuses féministes pensent que cet affrontement a été déclenché dès la création de la fiction juridique du changement de sexe, dans la LRG de 2004.

Beaucoup considèrent que la résolution de ces conflits ne consiste pas à imposer des propos qui contredisent la réalité matérielle, mais plutôt à placer les droits des transgenres sous l’égide de la loi sur la discrimination sexuelle, en garantissant que chacun puisse s’exprimer comme il ou elle l’entend, sans égard à son sexe biologique.

Veiller à ce que les personnes transgenres continuent à bénéficier de la protection de la loi contre le harcèlement, les agressions et la discrimination reste un principe important pour toutes les organisations progressistes.

Toutefois, la décision du tribunal est profondément troublante. Elle justifie dans les faits l’imposition de certains propos et soutient qu’il est légal de licencier une personne qui croit en la réalité biologique, sous prétexte que d’autres personnes trouvent cette réalité offensante.

L’élément positif de ce jugement est que beaucoup de femmes peuvent en constater la nature épouvantable et refusent de se laisser intimider par lui.

Dans les jours qui ont suivi cette décision, la « Twittosphère » féministe a débordé de colère.

L’autrice des romans de la série Harry Potter, JK Rowling, et la superstar du tennis Martina Navratilova ont ajouté leur soutien à celles qui affirment qu’il n’y a rien de détestable à faire valoir son identité sexuelle – dans l’analyse féministe, c’est un facteur essentiel pour fournir une base à toute analyse du pouvoir masculin.

À l’échelon international, ces deux femmes ont fait ressortir les agressions misogynes et vitrioliques qui caractérisent une grande part du transactivisme, afin que le monde entier s’en rende compte.

Ce jugement n’est pas la fin de la lutte titanesque entre les femmes et les forces sociales pour qui l’individualisme de l’auto-identification doit être protégé à tout prix.

Mais, avec cette décision, Maya Forstater a accompli un travail extrêmement important pour faire jeter sur cet enjeu un éclairage collectif, en montrant le prix que doivent payer les femmes courageuses qui s’opposent à cette politique draconienne et pour éclairer un coin sombre de l’internet. Ce n’est en aucun cas la fin de cette lutte, mais ce pourrait en être le début de la fin.

Ruth Serwotka

Version originale : https://morningstaronline.co.uk/article/f/light-has-been-shone-one-womens-rights-all-world-see

Traduction : TRADFEM.

photo ruth serwotka  Ruth Serwotka est une syndicaliste féministe britannique, fondatrice de l’organisation Woman’s Place UK.

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