ALERTE : L’Ontario suspend les règles protégeant les résidentes vulnérables des établissements de soins de longue durée.

Par Moira Welsh, pour le Toronto Star, le samedi 28 mars 2020

photo Millie Ripperton

La ministre Merrilee Fullerton, au parlement ontarien

Le gouvernement de l’Ontario apporte des changements de grande envergure aux foyers de soins de longue durée en éliminant les règles établies de longue date pour protéger les résidentes et résidents vulnérables.

Rédigée en réponse à la pandémie de la COVID-19, l’ordonnance d’urgence « temporaire » déposée par le ministère des Soins de longue durée est une tentative de faire face à l’épidémie, qui infecte les personnes âgées fragiles et le personnel soignant.

L’ordonnance supprime également les exigences de formation des travailleuses, permet aux foyers de faire appel à des bénévoles et élimine la nécessité pour les administrateurs de signaler la plupart des plaintes au Ministère.

photo Jane Meadus  « Ça va être un désastre », a commenté Jane Meadus, avocate à l’Advocacy Centre for the Elderly (Centre de défense des droits des personnes âgées).

« Nous constatons les niveaux élevés de COVID dans les soins de longue durée, et que faisons-nous ? Nous allons envoyer dans ces foyers les personnes les moins formées. »

« Tout d’abord, le contrôle de l’infection va être très angoissant si les gens ne sont pas correctement formés. Ces patientes et patients présentent des risques d’étouffement et des besoins complexes en matière de blessures (cutanées), et si le personnel n’a pas la formation adéquate, cela va également poser un problème pour les soins permanents, » a expliqué Madame Meadus.

Les nouveaux règlements relèvent de la Loi sur la gestion des urgences et la protection civile. Le « décret-en-Conseil » adopté modifie la législation existante et ne nécessite pas de débat à l’Assemblée législative ontarienne.

Le décret ne précise pas combien de temps les nouvelles règles dureront. Une déclaration du Ministère envoyée en réponse aux questions du Star précise : « Cela durera 14 jours et le Ministère dispose toujours de la surveillance réglementaire des foyers de soins de longue durée. » Des inspecteurs du ministère seront redéployés dans les maisons de retraite, ont précisé les autorités dans une deuxième déclaration.

L’Ontario Long Term Care Association (Association ontarienne des soins à long terme), qui représente principalement les foyers à but lucratif, a émis un courriel qualifiant l’ordonnance gouvernementale de « mesure audacieuse ». Ce lobby a déclaré que les foyers pourraient désormais « répondre rapidement aux besoins de leur communauté, comme l’embauche d’aides-soignants résidents pour combler les lacunes créées par cette pandémie, afin que le personnel puisse se concentrer sur les soins et moins sur une documentation onéreuse à préparer. »

photo Candace Rennick  Vendredi soir, Candace Rennick, cadre supérieure du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) en Ontario, a participé à une conférence téléphonique avec le président du syndicat, Fred Hahn, et la ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton. Le SCFP représente 35 000 travailleuses et travailleurs de première ligne dans le secteur des soins de longue durée en Ontario.

Mme Rennick a déclaré que les détails de la nouvelle réglementation l’ont profondément ébranlée.

« Je sais que le système est en crise et que les opérateurs cherchent un certain répit, surtout dans un moment comme celui-ci, mais ce répit ne peut se produire au détriment de la santé et de la sécurité des résident-e-s et du personnel », a déclaré Mme Rennick.

« C’est une situation de vie ou de mort. Je n’essaie pas d’être dramatique, mais c’est le cas. »

L’ordonnance d’urgence énumère plus d’une douzaine de règlements modifiés. Le premier autorise les foyers à prendre « toute mesure raisonnablement nécessaire … pour répondre, prévenir et atténuer l’apparition de coronavirus (COVID-19) dans un foyer de soins de longue durée ». Selon Mme Meadus, cela donne aux foyers une très grande marge de manœuvre dans la prise de décision.

Dans la section sur la dotation en personnel, l’ordonnance stipule que les opérateurs peuvent pourvoir tout poste de personnel avec la personne qui, « à leur avis raisonnable », possède les compétences, la formation et les connaissances adéquates pour remplir les fonctions requises par ce poste.

De plus, les opérateurs n’ont plus à satisfaire aux exigences antérieures de formation et d’orientation « à condition qu’ils s’assurent que le personnel et les bénévoles prennent des mesures pour garantir les soins et la sécurité des résidents ».

La plupart des employés de première ligne sont des travailleuses et travailleurs de soutien personnel qui ne sont pas réglementés par un collège mais doivent être diplômés d’une école certifiée.

Mme Rennick a déclaré qu’elle se demandait maintenant si les foyers allaient embaucher des travailleuses très mal payés ou, selon la formulation du règlement, faire appel à des bénévoles. Elle dit que le SCFP souhaite obtenir du ministère des détails précis sur le personnel. Ces personnes seront-elles embauchées en tant que préposées aux services de soutien à la personne ? Seront-elles rémunérés au salaire minimum ? Ou seront-elles recrutées en tant que bénévoles ?

photo Moira Welsh1

Moira Welsh est une journaliste primée du Toronto Star.

 

Version originale: Province suspends rules protecting vulnerable, long-term care residents

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