Personne n’est « Cis »

par Clytemnestre

 

Comme certaines propositions sur le transgenrisme se sont solidifiées en vérités admises de tous, il y en a une qui appelle une résistance vigoureuse : celle de qualifier de « cisgenre » l’identité des personnes non transgenres.

 

La notion de « cisgenre » (ou « cis ») est décrite comme existant dans la nature comme le contraire de l’identité transgenre ; les personnes qui ne sont pas trans sont censées incarner et professer cette identité.

 

Ce qui sous-tend ce préjugé est l’idée qu’il existe une chose appelée « identité de genre » – un sentiment intérieur d’être un homme, une femme ou quelque autre sexe – soit une identité que nous avons tous et toutes, qui est distincte de notre sexe biologique et qui peut s’aligner avec lui (« cis ») ou en différer (« trans »).

 

 Aucune de ces idées ne correspond à un quelconque fait objectif ou scientifique.

 

Personne n’était cis auparavant. Nous étions simplement des femmes ou des hommes, même si cela suscitait parfois chez nous des sentiments de malaise ou de confusion. Ce n’est que dans le discours contemporain sur le genre qu’il a fallu construire une division binaire pour délimiter et légitimer l’identité transgenre.

 

Personne n’était cis auparavant. Nous étions simplement des femmes ou des hommes, même si cela suscitait parfois chez nous des sentiments de malaise ou de confusion. Ce n’est que dans le discours contemporain sur le genre qu’il a fallu construire une division binaire pour délimiter et légitimer l’identité transgenre.

 

Il y a des problèmes à construire rétrospectivement une étiquette identitaire et à la coller ensuite à ceux que l’on espère constituer en tant qu’Autre. Le premier est que vous vous retrouvez avec une fiction intéressée qui ne correspond à rien de réel. Deuxièmement, vous devez l’imposer par décret à ceux qui sont censés la représenter. Après tout, « cis » est un terme d’opprobre, synonyme d’oppression et de privilège non mérité. Personne qui est censé être cis n’adopterait volontairement cette étiquette.

 

Plus important encore, le concept de « cisgenre » expose les contradictions qui logent au cœur du discours transgenriste.

 

Tout d’abord, il suppose que le genre peut être identifié au sexe biologique et aux attributs normatifs de genre que la société assigne à ce sexe. Plus important encore, le concept de cis expose les contradictions au cœur du récit trans. La personne dite « cis » est souvent définie comme étant alignée avec son sexe natal. Bien que ce soit rarement énoncé ouvertement dans des définitions simples, les critiques du « privilège cis » indiquent manifestement que cette conformité implique un confort avec l’expression conventionnelle du genre associée au sexe natal. Dans le cas des femmes, ce serait vraisemblablement une disposition à l’empathie et au soin des autres ainsi qu’un amour des jupes, des talons hauts et des faux cils.

 

Cependant, ailleurs dans sa critique sociale, la communauté trans voudrait nous faire croire que le genre est fluide et mutable. Il n’aurait rien à voir avec le sexe biologique, et être trans pourrait inclure, dans certains cas, une absence d’embarras avec ses propres organes génitaux. En outre, diraient ces personnes, les identités de genre des hommes et des femmes ne sont certainement pas réductibles à des normes de genre « lisibles » de l’extérieur. Mais si ce n’est pas le cas, qu’en est-il des « cisgenres » ? Ou peut-être que nous sommes tous trans… ou que personne ne l’est ?

 

Un formidable essai de Rebecca Reilly-Cooper, écrit en 2014, « Am I Cisgender? », fait le meilleur travail que j’aie lu pour décrire le téléscopage logique qui se produit lorsque nous insistons sur une idée de l’identité de genre qui n’a rien à voir avec les corps ou les rôles sociaux. Je vous invite à le lire.

 

Pour compliquer encore les choses, l’identité de nombreuses personnes trans semble inhérente à l’adoption de rôles et de préférences stéréotypés associés à la masculinité ou à la féminité conventionnelles. Un enfant transgenre, dans une vidéo récente sur YouTube, dit qu’il savait qu’il était une fille parce qu’il aimait le rose et porter des robes. Et des célébrités transgenres comme Caitlin Jenner et Chaz Bono reproduisent des stéréotypes sexuels misogynes pour projeter ce qu’elles doivent imaginer « comme » être une femme ou un homme.

 

Si être « cis » signifie se sentir « alignée » avec mon corps, veuillez me trouver une femme sur la planète qui correspond à cette description. Flash info, cher-e-s transactivistes : Toutes les femmes ont des problèmes avec leur corps. Toutes les adolescentes ont l’impression d’être des mutantes.

 

Si être « cis » signifie se sentir « alignée » avec mon corps, veuillez me trouver une femme sur la planète qui correspond à cette description. Flash info, cher-e-s transactivistes : Toutes les femmes ont des problèmes avec leur corps. Toutes les adolescentes ont l’impression d’être des mutantes. À 14 ans, j’ai même dit à du monde que j’étais un garçon. Peut-être heureusement, c’était avant que de nombreuses industries ne soient prêtes à m’assurer que je serais plus heureuse si je modifiais mon corps avec des hormones et des chirurgies pour essayer d’en devenir un.

 

S’il s’agit d’incarner le caractère ou la personnalité féminine, qu’en est-il des femmes qui sont fortes, affirmatives ou dominantes ? Pour paraphraser la grande Sojourner Truth, une femme d’un courage épique et d’une grande force physique, qui selon sa propre estimation, ne possédait pas beaucoup de féminité conventionnelle, ces personnes ne sont-elles pas des femmes ?

 

À ce stade, le discours transgenriste se rabat sur l’idée que les gens ont des cerveaux féminins ou masculins qui sont parfois logés dans ce qui n’est pas le « bon » corps La science sur ce sujet comporte quelques courants différents qui mènent dans deux directions, mais aucun d’entre eux ne soutient cette idée, et par conséquent, aucun ne soutient une catégorie identitaire « cisgenre ».

 

La science a observé certaines différences dans certaines structures du cerveau des hommes et des femmes. Et certaines de ces différences s’étendent au cerveau des personnes transgenres, dont certaines, mais pas toutes, ont un cerveau plus proche du sexe auquel elles souhaitent « transitionner » de celui avec lequel elles sont nées.

 

Toutefois, de nombreuses questions demeurent. La plus importante est qu’il y a une dizaine d’années, ces mêmes découvertes ont été claironnées comme preuve que des cerveaux pouvaient être gais ! Par ailleurs, ces différences structurelles ne sont pas manifestement associées à des comportements, des sentiments ou des attitudes spécifiques. Les hommes sont un peu plus enclins à être compétitifs et à bien se débrouiller avec les systèmes. Les femmes sont un peu plus enclines à collaborer et sont plus douées pour les compétences linguistiques. Mais il n’est pas clair comment ces traits sont liés aux caractéristiques structurelles, ni si elles sont innées ou façonnées par la socialisation. Et on n’a trouvé nulle part la structure du cerveau qui permettrait de prédire le sentiment subjectif qu’aurait une personne de son sexe.

 

Quoi qu’il en soit, en quoi serait-il préférable d’essentialiser le genre dans le cerveau plutôt que de l’essentialiser dans les organes sexuels ? Les deux font du genre un fait physique, observable et vérifiable. Si un jour les jeunes d’une clinique de genre sont soumis à des scans cérébraux pour déterminer s’ils ou elles sont « vraiment » trans, je doute que les militants trans soient aussi enthousiastes à l’idée d’une inadéquation entre le cerveau et le corps.

 

L’autre problème est que si l’identité de genre est déterminée par la structure du cerveau, nous sommes de retour dans le domaine des stéréotypes culturels.

 

L’autre problème est que si l’identité de genre est déterminée par la structure du cerveau, nous sommes de retour dans le domaine des stéréotypes culturels. En effet, à moins que les différences de structure cérébrale ne signifient rien en termes de traits et de comportements que nous en sommes venus à associer aux hommes ou aux femmes (et si ce n’est pas le cas, pourquoi en parlerions-nous ?), nous devons alors suggérer que ces différences « amènent » les gens à « se sentir » masculins ou féminins de la manière dont ces termes sont traditionnellement compris. Nous en revenons à dire que lorsque le cerveau et le corps sont alignés (« cis »), la personne se conforme selon les stéréotypes de genre attendus. Mais en réalité, la plupart d’entre nous sommes à l’aise avec notre sexe natal et possédons pourtant un mélange de qualités masculines et féminines. Ce qui dispose de l’argument des cerveaux sexués et de l’« alignement » allégué.

 

Tout le projet idéologique d’une identité « cisgenre » s’effondre à cette étape, comme celui d’une identité transgenre. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais cela conduit à reconnaître que les trans sont simplement des gens qui souhaitent être du sexe opposé et être perçus par les autres comme étant du sexe opposé. Ou si ce n’est pas le sexe opposé, alors un sexe hybride ou imaginaire autre que celui avec lequel ils et elles sont nés. Pas de vérité intérieure universelle. Pas d’essence mystique. Juste un souhait sincère, qui requiert notre sympathie, mais non notre assentiment qu’il peut être réalisé.

 

Mais l’idée du cis en tant qu’identité sexuelle est un échec : elle est à la fois fausse et logiquement incohérente. En tant que société, nous devons la dépasser dès maintenant. Ne me traitez pas de cis.

 

VERSION ORIGINALE: Voir l’article suivant « Nobody’s « Cis »

Traduction : TRADFEM, avec l’accord de l’autrice

Illustration: BERTH – http://berth.canalblog.com/archives/2019/05/21/37325914.html

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