CHÂTIER LE PROXÉNÈTE ET LE PROSTITUEUR : propositions de loi abolitionniste contre la prostitution en Espagne

  • Les organisations féministes engagées dans la fin de la prostitution ont esquissé les bases d’une « loi abolitionniste du système prostitutionnel ».
  • Des dirigeantes de premier plan du Parti Socialiste espagnol (PSOE) se déclarent abolitionnistes, mais le ministère de l’Égalité pourrait être attribué à Unidas Podemos, où le débat est toujours d’actualité.

    Ill manifestation abolo à Madrid

    Bannière abolitionniste lors d’une manifestation dans une rue de Madrid/S.M.

Une nouvelle législature, un débat ouvert et un nouveau gouvernement : trois ingrédients qui ouvrent une nouvelle opportunité de lutter contre la prostitution dans l’un des pays européens où ces services sont les plus consommés. Mais pour cela, il faut une volonté politique. Les associations abolitionnistes ont déjà posé les valeurs fondamentales d’une loi pour enrayer la prostitution. Pendant ce temps, des dirigeantes de premier plan du PSOE se déclarent abolitionnistes et, à Unidas Podemos, le débat demeure très vif.

La prostitution divise le féminisme espagnol et déclenche des débats passionnés en son sein. D’un côté, il y a celles qui pensent que le « travail du sexe » devrait être réglementé pour que les femmes prostituées cessent d’être en dehors du système. De l’autre se trouvent celles qui croient que l’exploitation sexuelle n’admet aucune sorte de tolérance légale. Dans ce deuxième groupe, des sites comme Feminicidio.net posent les principes d’une loi abolitionniste du système de la prostitution. Avant de commencer à mettre en avant les fondements de cette législation, des sources abolitionnistes précisent : abolir n’est pas interdire (elles ne proposent pas de punir les prostituées) ; pour elles, la traite et la prostitution sont indissociables et le « libre choix » de vendre le corps est un piège.

L’un des modèles à suivre est la loi suédoise de 1999 qui déjà interdisait la prostitution, la Suède étant un pays pionnier dans cette voie. Sa législation est basée sur la sanction de la demande, pas de l’offre, et par conséquent, le crime puni est l’achat de sexe. Les mêmes sources abolitionnistes disent apprécier également le modèle français. Le pays voisin a commencé à pénaliser les clients en 2016, dans un processus qui n’a pas été sans controverse. Les abolitionnistes soutiennent que dans les pays où elle a été régularisée, non seulement la prostitution, mais aussi l’exploitation a augmenté.

Pénaliser le « tiers loueur »

En Espagne, la prostitution est dans un vide juridique. Cependant, il suffit de se promener dans des zones industrielles ou dans les rues centrales des grandes villes pour réaliser que l’offre de femmes est très présente. Mais ces images, qui font partie du paysage espagnol, n’en sont qu’une petite partie : « Dans notre pays, on autorise un système dans lequel les propriétaires des locaux louent des chambres à des femmes prostituées et elles sont exploitées sexuellement pour les payer », explique Graciela Atencio, directrice de Feminicidio.net.

L’objectif est que la législation espagnole soit guidée par les prémisses de la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, signée en 1950, qui stipule que les États s’engagent à punir ceux qui « tiennent une maison de prostitution, l’administrent ou soutiennent ou participent sciemment à son financement », ainsi que ceux qui « donnent ou prennent sciemment en location un immeuble ou d’autres locaux, ou une partie de ceux-ci, pour exploiter la prostitution d’autrui ».

Par conséquent, le premier objectif des abolitionnistes espagnoles est qu’une pénalisation du « tiers loueur » soit introduite dans le Code pénal afin de sanctionner les entremetteurs qui louent des chambres aux femmes. « La prostitution a déménagé dans de nombreux appartements où la police ne peut pas entrer », expliquent des membres de Mujeres por la Abolición (Femmes pour l’Abolition).

Qui devrait être pénalisé ?

« Nous demandons un sauvetage complet des femmes », disent des membres de Mujeres por la Abolición. La directrice de Feminicidio.net est du même avis : « L’abolitionnisme n’est pas une interdiction. Nous demandons la décriminalisation totale des femmes prostituées, ainsi que des soins psychologiques et des alternatives économiques comme le revenu de base, des mesures de réparation pour le préjudice subi, etc. »

Les sanctions, selon elle, doivent porter sur « toutes les formes de proxénétisme », mais aussi sur la demande : sur les clients. « Des mesures auraient dû être prises dans ce pays. L’Espagne est le premier pays consommateur de prostitution en Europe et le troisième dans le monde, comment en sommes-nous arrivés là ? », demande Atencio. La loi sur la sécurité des citoyens, appelée « Loi Bâillon », prévoit déjà des amendes pour prostitution, tandis que certaines municipalités envisagent de sanctionner les clients. En outre, les abolitionnistes interviewées estiment qu’il est nécessaire que les forces de l’ordre et les fonctionnaires de l’État reçoivent une formation spécialisée pour les interventions auprès des victimes.

Parmi les points fondamentaux de cette loi abolitionniste, elles proposent que les prostituées assassinées soient considérées comme des victimes officielles de la violence de genre. En Espagne, il y a peu de statistiques fiables sur le nombre de femmes prostituées, les clients ou le nombre de logements servant à la prostitution, de sorte qu’elles souhaitent également que l’État collecte ces données.

Elles exigent également plus d’éducation affective et sexuelle à tous les niveaux d’enseignement pour s’attaquer au cœur de la prostitution : l’inégalité entre l’homme consommateur et la femme, qui apparaît dans cette équation comme un objet de consommation. Elles exigent également des campagnes publiques pour décourager la prostitution.

ley-abolicion

 

NOUS VOULONS UNE LOI ABOLITIONNISTE DU SYSTÈME PROSTITUTIONNEL ET D’ATTENTION INTÉGRALE AUX PERSONNES PROSTITUÉES

  • Décriminalisation totale des femmes prostituées
  • Criminalisation de toutes les formes de proxénétisme
  • Interdiction de n’importe quel achat d’acte sexuel
  • Sanction (amendes) pour les demandeurs de prostitution
  • Réparation économique et accompagnement psychosocial des victimes
  • Reconnaissance des femmes prostituées assassinées en tant que victimes officielles de la violence de genre
  • Mise en place de programmes et d’alternatives de travail pour sortir de la prostitution
  • Formation spécialisée d’intervention auprès de victimes adressée aux forces de l’ordre et à d’autres fonctionnaires de l’État
  • Éducation affective et sexuelle à l’égalité dans toutes les étapes et à tous les niveaux d’enseignement
  • Campagnes publiques de prévention et de dissuasion de consommation de prostitution

LA LOI EST :

  • Une demande urgente du mouvement féministe à l’État espagnol et à l’Union Européenne
  • Un thème prioritaire dans le programme politique des femmes

LA PROSTITUTION C’EST :

  • Une forme de violence extrême contre les femmes
  • De la violence sexuelle
  • Une violation des droits des personnes
  • Ce n’est PAS un travail
  • La prostitution et la traite sont indissociables

NOUS DEMANDONS DES STATISTIQUES ET UNE TRANSPARENCE DE L’INFORMATION CONCERNANT :

  • Le nombre de consommateurs de prostitution
  • Le nombre de femmes prostituées
  • Le nombres de maisons closes et d’appartements
  • Les bénéfices liés à la consommation de prostitution et à d’autres formes d’exploitation sexuelle et économique de l’industrie du sexe en Espagne

#LoiAbolitionProstitutionMaintenant #SansProstitutionPasDeTraite

 

Le futur gouvernement fera-t-il tout cela ?

Certaines de ces dernières propositions sont déjà incluses dans le Pacte d’État contre la Violence de Genre. Au niveau municipal, différentes mesures ont également été formulées. Ces dernières années, un Réseau de Communes Libres de Traite a été créé, dont plus d’une centaine de mairies sont membres.

Par ailleurs, les abolitionnistes ont intensifié ces dernières années leur activité au sein du féminisme pour promouvoir l’interdiction d’acheter du sexe. La vice-présidente par intérim du gouvernement, Carmen Calvo, s’est déclarée « abolitionniste ». Néanmoins, aucune mesure allant dans ce sens n’a été approuvée en cette première année de gouvernement socialiste : « Qu’il le fasse avec une loi et non avec des déclarations et de bonnes intentions », déclarent les membres de Mujeres por la Abolición.

Dans son programme électoral de novembre, le PSOE a consacré une rubrique explicite à « l’abolition de la prostitution » en préconisant une « loi globale contre la traite à des fins d’exploitation sexuelle pour pénaliser ceux qui contribuent à la prostitution d’autrui ou en tirent profit, en sanctionnant la demande et l’achat de la prostitution. » Le programme électoral contenait également d’autres promesses telles que « des plans de formation pour les fonctionnaires ». Cuartopoder (Quatrième Pouvoir) a demandé au PSOE les plans concrets d’un futur gouvernement pour abolir la prostitution, mais nous n’avons obtenu aucune réponse de sources officielles, le parti étant en pleine phase de négociation du gouvernement de coalition.

L’association Mujeres por la Abolición est également préoccupée par l’entrée de Unidas Podemos au sein du gouvernement, et par la possibilité que ce parti prenne en charge le Ministère de l’Égalité et édulcore les intentions abolitionnistes : « Ils ne savent pas trop si la prostitution est une violation des droits humains », ironise la porte-parole.

Les abolitionnistes ne se contentent pas d’une loi contre la traite, même si elle générerait un consensus plus large entre toutes les forces politiques : « Cela masquerait le dossier et nous paraît insuffisant.

logo cuartopoderes

photo sara monteroSara Montero, www.cuartopoder.es

ORIGINAL: https://www.cuartopoder.es/espana/2019/12/21/castigar-al-proxeneta-y-al-putero-asi-seria-una-ley-abolicionista-contra-la-prostitucion/?fbclid=IwAR3YaLmzMxewl_C6Bo6U4bRIuk446lhmltTLSQ1EJYV86DKn0AToWaziN-o

Traduit par TRADFEM

Tous droits réservés à CUARTOPODER.

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