Personne ne «naît dans le mauvais corps»

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Ecrit par William J. Malone, Colin M. Wright et Julia D. Robertson

https://quillette.com/2019/09/24/no-one-is-born-in-the-wrong-body/

 

L’idée que chacun possède une «identité de genre» innée est défendue depuis peu par de nombreux professionnels de la santé et des organisations médicales traditionnelles. Ce terme est généralement défini comme le ressenti «interne, profondément ancré» d’être un homme ou une femme (ou, dans le cas d’enfants, un garçon ou une fille), les deux ou aucun des deux. Il est également devenu courant de prétendre que ce sens de l’identité peut être exprimé de manière fiable par des enfants dès l’âge de trois ans.

Bien que ces affirmations concernant l’identité de genre n’aient pas fait l’objet d’un examen systématique au début, elles font maintenant l’objet de critiques de la part d’un nombre croissant de scientifiques, de philosophes et de professionnels de santé. Des études sur le développement montrent que les jeunes enfants ont au mieux une compréhension superficielle du sexe et du genre. Par exemple, jusqu’à 7 ans, beaucoup d’enfants croient souvent que si un garçon met une robe, il devient une fille. Cela nous donne des raisons de douter de l’existence d’un concept cohérent d’identité de genre chez les jeunes enfants. Dans la mesure où une telle identité existerait, le concept repose sur des stéréotypes qui encouragent la confusion entre le genre et le sexe.

Cependant, dès le plus jeune âge, les enfants ont tendance à manifester des préférences et des comportements que nous associons au sexe (par opposition au genre). Par exemple, les enfants de sexe masculin ont un comportement plus agressif que les enfants de sexe féminin. En outre, l’adoption de comportements «du sexe opposé» ou, plus précisément, l’adoption de stéréotypes sexuels de l’autre sexe, est souvent le signe d’une future attraction homosexuelle.

Comment ces résultats peuvent-ils être interprétés? Pour commencer, tout comme le sexe influence le développement des corps, il influence également le cerveau. Il existe des différences intra-utérines dans les expositions hormonales (la testostérone masculine augmente à huit semaines de gestation, par exemple), et des voies de développement distinctes sont déclenchées en fonction de la constitution chromosomique XX (généralement féminine) ou XY (généralement masculine) des neurones. La combinaison de ces processus liés au sexe et d’autres processus de développement avec des facteurs environnementaux créent la personnalité et les préférences uniques de chaque individu.

Il n’est donc pas surprenant que des études sur la population aient démontré l’existence de différences de personnalité et de préférences liées au sexe qui sont indépendantes des influences sociales. Lorsque les influences sociales sont affaiblies (dans des sociétés plus égalitaires telles que les pays nordiques d’Europe), les différences de personnalité et de préférences liées au sexe s’accentuent (le contraire de ce à quoi on pourrait s’attendre si les hommes et les femmes fonctionnaient de la même façon). Cela suggère que, lorsque les pressions environnementales se relâchent, des préférences innées liées au sexe font surface.

Un examen plus attentif des traits de personnalité montre que, lorsque les données sont analysées dans leur ensemble, il existe un chevauchement d’environ 30% entre les sexes, comme le montre la figure ci-dessus. La conséquence de ce chevauchement est que les adolescents mâles qui se trouvent à l’extrémité gauche de la courbe masculine (bleu «masculin») et les adolescentes qui sont à l’extrémité droite de la courbe féminine (rose «féminin») présenteront des traits de personnalité qui divergent de la majorité des autres membres de leur propre sexe. En fait, en raison du chevauchement des traits de personnalité entre hommes et femmes, les traits de personnalité de certaines femmes seront plus «masculins» que ceux présentés par certains, voire même par la plupart des hommes, et inversement.

Dans le cas d’une adolescente dont le comportement, les traits de personnalité et les préférences sont plus «masculins» que ceux de la plupart des filles et de la plupart des garçons, elle pourrait être amenée à en conclure à tort qu’elle est en réalité mâle, «née dans le mauvais corps». Les parents de cet enfant peuvent également devenir confus, remarquant à quel point le comportement de leur enfant est «différent» du leur ou de celui de ses pairs. En réalité, cet enfant existe simplement à la fin d’un spectre comportemental et le comportement «atypique du sexe» fait partie de la variation naturelle qui se manifeste à la fois à l’intérieur d’un même sexe et entre les deux sexes. La personnalité et le comportement ne définissent pas le sexe.

Aux États-Unis, il y a environ 40 millions d’enfants âgés de quatre à quatorze ans. La courbe de distribution ci-dessus suggérerait qu’environ quatre millions parmi eux ont des profils de personnalité «sexuellement atypique», mais qui font toujours partie de la distribution naturelle des personnalités au sein de chaque sexe.

La distribution large mais normale des traits de personnalité explique également les études montrant une concordance de 28% de l’identité transgenre chez les jumeaux. Les jumeaux ont des chromosomes identiques et auront donc probablement des comportements liés au sexe similaires, et subiront des influences environnementales similaires en ce qui concerne ces comportements. Prenons l’exemple de deux adolescents jumeaux: si leurs comportements se situent à l’extrémité «féminine» de la répartition typique des hommes, ils pourraient tous les deux être déconcertés par ce que leurs comportements et leurs préférences signifient à propos de leur sexe.

Dans la plupart des cas, ce que l’on appelle maintenant «identité de genre» est probablement simplement la perception par un individu de sa propre personnalité liée au sexe et influencée par l’environnement comparé au reste des gens du même sexe et de sexe opposé.. En d’autres termes, c’est une auto-évaluation du degré stéréotypé de «masculinité» ou de «féminité», et on la confond à tort avec le sexe biologique. Cette confusion résulte de l’incapacité culturelle à comprendre la large distribution des personnalités et des préférences au sein des sexes et le chevauchement entre les sexes.

Lorsqu’une fille déclare qu’elle «se sent comme un garçon» ou «est un garçon», ce sentiment peut refléter sa perception de la différence entre sa personnalité et ses préférences par rapport à celles de ses pairs. Si cette fille a un trouble du spectre autistique, elle peut même percevoir un comportement «sexuellement atypique» qui n’existe pas réellement, et ainsi faussement s’auto-diagnostiquer en tant qu’homme, même sans éprouver de traits de personnalité masculins réels.

Il convient de noter que ces scénarios ne s’appliquent pas à tous les cas de dysphorie de genre, de nombreux autres déclencheurs étant décrits dans la littérature. Mais dans la plupart des cas, un soutien thérapeutique peut aider les adolescents dysphoriques de genre à résoudre tout processus de réflexion ou de traumatisme qui les a poussés à désirer un corps de sexe opposé.

Selon les données disponibles, environ 0,5% des enfants développent une dysphorie de genre, une détresse provoquée par la contradiction perçue entre le sexe biologique et le genre ressenti. Des études complémentaires dans la littérature médicale montrent que, à mesure que les enfants grandissent, la dysphorie de genre qui se manifeste dès l’enfance se résorbe (c’est-à-dire s’arrête toute seule) dans la plupart des cas. Comme le soulignent deux auteurs dans un article de 2016 de l’International Review of Psychiatry, «la conclusion de ces études est que la DG [dysphorie de genre] chez l’enfant est fortement associée à une issue lesbienne, gay ou bisexuelle et que, pour la majorité des enfants (85,2% ; 270 sur 317 [individus étudiés]) les sentiments dysphoriques de genre disparaissent autour ou après la puberté.»

Pourtant, au lieu d’offrir du soutien thérapeutique, les professionnels de la santé disent maintenant couramment aux enfants qu’ils sont peut-être «nés dans le mauvais corps». Cette nouvelle approche, appelée «affirmation de genre», rend la dysphorie de genre moins susceptible de se résoudre, poussant les enfants sur la voie des interventions médicales et chirurgicales irréversibles. Si des options de transition agressives sont poursuivies au début de la puberté, la combinaison de médicaments bloqueurs de puberté suivie d’hormones de l’autre sexe, entraînera une infertilité permanente.

On estime actuellement que la population croissante d’élèves du secondaire qui s’identifient transgenre représente environ 2% de tous les élèves, soit trois fois plus que le chiffre de base de 0,5% mentionné ci-dessus. A présent de nombreux.euses adolescent.e.s se présentent dans des cliniques de genre, et certaines cliniques voient le nombre de cas multiplié par 10. Beaucoup de ces adolescent.e.s n’ont aucun antécédent de dysphorie sexuelle de l’enfant. Des taux plus élevés de troubles du spectre autistique ont été décrits chez un grand nombre de ces adolescent.e.s et le «modèle d’affirmation» controversé est également appliqué à ce groupe non étudié. Il n’est pas surprenant de constater que le nombre de témoignages de processus de dé-transition et de regrets après une transition est en augmentation.

Pour résumer, un manque de compréhension concernant la répartition des différences de personnalité et de comportement liées au sexe a créé une confusion qui affecte les enfants se trouvant à la limite extrême de la répartition et qui seraient statistiquement plus susceptibles de devenir des adultes gays, lesbiennes ou bisexuel.le.s si on leur permettait de vivre une puberté ininterrompue. En outre, le fait de dire à un enfant qu’il est «né dans le mauvais corps» dépeint comme anormal tout comportement «non conforme au genre» et rend la dysphorie de genre moins susceptible de se résoudre.

En réalité, aucun enfant ne naît jamais dans le mauvais corps. Les adultes devraient élargir leur compréhension de ce à quoi ressemblent le comportement et les préférences normaux des hommes et des femmes – ce qui les amènerait à comprendre qu’être un homme ou une femme comporte un plus grand éventail de préférences de personnalités et de possibilités que ne le laissaient croire les vieux stéréotypes.


William J. Malone est un endocrinologue. Il a obtenu son diplôme de médecine à la NYU School of Medicine. Vous pouvez le suivre sur Twitter à l’adresse @will_malone. Colin M. Wright est un biologiste de l’évolution à Penn State. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @ SwipeWright. Julia D. Robertson est journaliste, autrice primée et rédactrice en chef du Velvet Chronicle. Vous pouvez la suivre sur Twitter à @JuliaDRobertson.

Photo de Sharon McCutcheon (Unsplash)

Traduit par TRADFEM

2 réflexions sur “Personne ne «naît dans le mauvais corps»

  1. Ouah, merci beaucoup pour cet article! C’est la première fois que je me retrouve face à cette approche de la question. J’ai plutôt l’habitude d’entendre les discours de personnes concernées, et qui ne pointent pas les origines du doigt.

    • Merci. Nous trouvons nous aussi très encourageant que des intervenant-e-s quittent enfin le maquis pour dénoncer l’absence de base scientifique des sophismes utilisés pour justifier et « vendre » à des jeunes vulnérables et à des parents terrorisés le programme idéologique trangenriste.

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