Royaume-Uni: Les femmes font les frais du litige entre travaillistes au sujet de l’égalité des transgenres.

Par Julie BINDEL, The Spectator, 22 novembre 2019

J’ai été agréablement surprise lorsque j’ai lu le nouveau Manifeste du Parti travailliste. Non seulement ce parti a-t-il promis de mettre fin aux « chambres mixtes » dans les hôpitaux, mais il s’est également engagé à « veiller à ce que les exemptions accordées à des espaces non mixtes par la Loi de 2010 sur l’égalité soient comprises et pleinement appliquées dans la prestation de services ».

Aussitôt ce manifeste publié hier, un certain nombre de féministes ont tweeté leur soulagement et salué d’éloges cette promesse. Elle marquait un changement important par rapport au manifeste travailliste de 2017 dans lequel le parti avait promis de : « … réformer la Loi sur la reconnaissance du genre (LRG) et la Loi de 2010 sur l’égalité pour assurer la protection des personnes transgenres en changeant la caractéristique protégée de “réassignation de genre” pour en faire l’“identité de genre” et en supprimant d’autres termes périmés tels que “transsexuel”. »

Beaucoup d’entre nous étions préoccupées par l’érosion des droits sexuels des femmes et des filles aux mains des talibans transgenres, une opération conçue par le lobby Stonewall et appuyée par Dawn Butler, secrétaire des dossiers des femmes et des égalités (sic) dans le cabinet fantôme du Parti travailliste.

Je me demandais bien comment cette opération était passée d’une proposition visant à éradiquer complètement nos droits à une promesse de les respecter et même de les renforcer. C’est alors que Dawn Butler et ses copines de Momentum (NDT: un caucus radical au sein du Parti travailliste) ont commencé à tweeter leur version de la réalité. Je suppose qu’elles l’ont fait soit pour tenter d’apaiser la meute (des transactivistes) soit, pire encore, pour faire pression sur le parti afin de lui imposer une politique à laquelle il ne s’était pas officiellement engagé.

Première au bâton, Dawn Butler a tweeté :

« Le Parti travailliste britannique va réformer la LRG pour y introduire le principe de l’autodéclaration pour les transgenres. Nous supprimerons certaines expressions désuètes de la Loi sur l’égalité. Et il n’y a aucune chance que des espaces soient autorisés à faire de la discrimination à l’égard des transgenres. C’est illégal et ça le restera. »

La militante travailliste Ellie Mae O’Hagan a alors affirmé sur Twitter que la nouvelle  mouture signée Dawn Butler était la « position officielle » du parti travailliste, suggérant que la Loi sur l’égalité était illégale.

Butler avait dit au média gay Pink News il y a deux jours que la Loi sur l’égalité serait amendée  pour remplacer le critère de réassignation de sexe par celui de l’identité de genre. O’Hagan semble dire la même chose. Alors, qu’est-ce qui se passe ? Disent-elles la vérité ? Ou espèrent-elles que le reste du parti va céder à ce coup de force ?

Jetons un coup d’œil à ce que dit réellement la Loi sur l’égalité. Il est clair qu’elle interdit toute discrimination fondée sur le changement de sexe, ce qui signifie que si quelqu’un possède un certificat de reconnaissance du sexe (CRS), il doit légalement être traité comme une femme.

Toutefois, il existe une série d’exemptions prévues dans la Loi sur l’égalité en ce qui concerne la caractéristique protégée du sexe biologique (par opposition à l’identité sexuelle) qui permettent, dans certaines circonstances limitées, d’exclure même les hommes possédant  un CRS, notamment dans le cas de conseillères travaillant auprès de victimes de viol. Dans le domaine du sport, la Loi sur l’égalité reconnaît des « activités affectées par le genre » et autorise la discrimination à l’encontre des personnes transsexuelles à des fins de concurrence loyale ou de sécurité des concurrentes, reconnaissant ainsi les différences de force physique, de résistance ou de physique. Ces exemptions comprenaient également la fourniture de services tels que les places d’hébergement pour victimes de violence domestique. La Loi permet également cette discrimination dans l’apport de services à des groupes non mixtes, par exemple les victimes de violence conjugale, et dans le logement collectif comme les centres pour femmes ou les établissements carcéraux dédiés aux femmes.

Si la Loi sur l’égalité était réformée comme le veut Dawn Butler, cela pourrait signifier que tout homme souhaitant s’identifier en tant que femme, qu’il soit ou non véritablement dysphorique ou qu’il ait subi ou non un traitement quelconque, pourrait avoir accès à des espaces sûrs réservés aux femmes, comme des refuges et des services-conseil en cas de viol et, qu’en cas de contestation, l’on pourrait invoquer la loi sur les crimes motivés par la haine contre toute personne contestant cette politique, s’en plaignant ou cherchant à exclure un homme de ces lieux.

Dans un contexte carcéral, il appert déjà que des délinquants sexuels violents et prédateurs sautent sur cette occasion pour être transférés dans des prisons pour femmes. Les détenues sont terrifiées. Nombre d’entre elles ont été victimes d’intimidation et d’agressions ; on sait que la population carcérale féminine est particulièrement affectée par des antécédents de maltraitance sexuelle, de viols et de violence familiale dans l’enfance.

Une personne proche du Parti travailliste m’a dit :

« On voit maintenant les député-e-s de premier plan et les cadres supérieurs contrevenir à la décision du Parti à l’article 5. C’est sans précédent, à mon avis. S’ils peuvent le faire dans ce dossier, ils peuvent le faire sur n’importe quoi et il ne sert à rien d’avoir un processus démocratique de formulation de nos politiques. »

Un autre a laissé entendre que ni Corbyn ni Butler ne comprenaient vraiment les enjeux ou les implications de cette décision, en ajoutant :

« Ni les hauts gradés ni des gens comme Butler n’ont compris ce dont ils et elles convenaient lorsqu’ils ont annulé le manifeste de 2017 sur les droits sexuels, et maintenant elle et ses potes de Momentum essaient d’annuler cette décision parce que Butler subit l’assaut des transactivistes. Elle est incapable de penser en deux dimensions, et elle est très opportuniste, flattant son auditoire. »

Un troisième initié du Parti travailliste m’a confié :

« Si le Parti travailliste finit par reculer en regard de son manifeste actuel, les choses ne peuvent qu’empirer pour lui. Ils ne peuvent pas le réécrire, mais certaines personnes essaient désespérément d’en imposer une interprétation différente. Si leur parti est élu, ils pourraient mettre de côté et, par conséquent, supprimer l’exemption relative aux espaces non mixtes, ce qui serait une honte. Il y a une guerre en cours au sein du parti à propos de l’autodéclaration et des droits des femmes : nous avons gagné la bataille sur la formulation de ce manifeste, mais nous pourrions encore perdre la guerre sur l’enjeu de la démocratie. »

Au moment où j’écris ces lignes, le bureau de presse travailliste a publié une déclaration qui est censée mettre au clair sa position sur la LRG :

« Notre engagement à réformer la Loi sur la reconnaissance du genre afin d’introduire l’autodéclaration pour les personnes transgenres n’a pas faibli. Le Parti travailliste amendera la Loi de 2010 sur l’égalité pour s’assurer qu’elle protège les personnes transgenres en changeant la caractéristique protégée de la “réassignation de genre” pour en faire l’“identité de genre” et en supprimant d’autres termes périmés comme “transsexuel”. »

Cependant, dans une tournure orwellienne, le bureau de presse travailliste s’est ensuite mis à retweeter l’interprétation fautive de Dawn Butler.

Dans le monde de Butler et de ses camarades, les droits propres aux femmes ne sont apparemment rien d’autre qu’un slogan de ralliement transphobe. Malheureusement, il est clair que j’avais raison quand j’ai prédit en 2004, lorsque les militants des droits des transgenres m’ont pour la première fois attaquée, qu’ils ne s’arrêteront à rien de moins que la suppression complète des droits juridiques des femmes.

photo Bindel souriante

Julie BINDEL

Version originale : https://blogs.spectator.co.uk/2019/11/women-are-the-losers-in-labours-trans-equality-fight/

Traduction : TRADFEM

Tous droits réservés à Julie Bindel.

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