La vérité pure et simple à propos de la violence conjugale

par Julie Bindel

The Spectator, le 13 septembre 2019

J’assiste aujourd’hui à une conférence sur la violence conjugale, intitulée « Stand Up to Domestic Abuse » (Tenons tête aux agressions conjugales), à écouter récit après récit à propos d’hommes violents ayant tué des femmes qu’ils professaient d’aimer. Des hommes qui ont assassiné des femmes parce qu’elles avaient eu l’audace de tenter de les quitter. J’écoute l’histoire effroyable racontée par Luke Hart, dont la mère Claire et la sœur Charlotte ont été abattues par son père dominant et narcissique.

Un silence de mort envahit la salle de conférence lorsqu’une fille de 15 ans parle de l’attentat commis contre sa mère par un mari violent. Cette femme, l’organisatrice de cette conférence, la redoutable Rachel Williams, a été blessée par balle par son ex-mari après avoir survécu à 18 ans de violence de sa part. L’homme s’est suicidé plus tard ce jour-là. Rachel a survécu mais, quelques semaines plus tard, leur fils, incapable de résister à ce traumatisme, s’est tué lui aussi.

Hier, nous parlions partout de l’échec systématique de l’État à poursuivre et faire condamner les violeurs, et aujourd’hui, c’est l’augmentation des décès dus à la violence masculine qui fait la manchette à la BBC. Tandis que nous sommes tous et toutes, à raison, horrifié-e-s par les morts de jeunes gens agressés à l’arme blanche dans nos rues, nous semblons presque tenir pour acquis le nombre de femmes qui sont assassinées, souvent à l’arme blanche, par des hommes qui leur sont connus.

Qui sont les violeurs ? Des hommes. Qui tue leurs partenaires intimes ? Presque exclusivement des hommes. Si nous demeurons incapables d’énoncer cette pure et simple vérité, nous faisons partie du problème. Cette semaine, nous avons appris que le très attendu « Domestic Abuse Bill » (Projet de loi sur la violence conjugale) est l’une des lois qui sont mortes au feuilleton quand le parlement britannique a été prorogé. La championne de ce projet de loi était la première ministre Theresa May, celle qui a décerné cette semaine un titre de Chevalier à Geoffrey Boycott, pourtant trouvé coupable d’avoir agressé une femme…

La militante féministe Karen Ingala Smith gère un projet qui documente les meurtres de femmes aux mains d’hommes au Royaume-Uni. Depuis le début de cette initiative, en 2012, elle a répertorié les noms de plus d’un millier de femmes tuées par des hommes dans son pays.*

Pour Ingala Smith, un droit dominé par les hommes et des décideurs politiques masculins n’ont pas réellement intérêt à en finir avec la violence masculine infligée aux femmes. « Ça ne fait pas gagner de votes et ce n’est pas un problème à solution rapide, » dit-elle. « C’est un problème social profond avec des racines structurelles et culturelles, et il est renforcé par l’appareil d’application de la loi, par le droit et les médias, par les stéréotypes sexistes et par notre tendance à permettre que des femmes soient traitées en objets et en produits de consommation. »

Depuis que des registres sur l’homicide conjugal sont tenus au Royaume-Uni, on enregistre un minimum de deux femmes par semaine tombées sous les coups d’un précédent ou actuel partenaire masculin. Les chiffres publiés cette semaine révèlent même une forte augmentation de ce nombre — on parle maintenant d’une femme tuée par un homme tous les trois jours. Pensez-y.

« Mais qu’en est-il des hommes tués ? » « Les femmes le font aussi. » « Ce ne sont pas tous les hommes »… et blablabla. Si j’entends une fois de plus ces excuses merdiques, je vais hurler. Des gens disent que les hommes sont eux aussi tués par des partenaires intimes. Mais typiquement, 80 % des victimes d’homicide conjugal sont des femmes, tuées par des hommes. Et parmi les rares hommes tués dans ce contexte, environ la moitié le sont par un partenaire masculin. Et de ceux tués par une partenaire, beaucoup le sont en désespoir de cause par des femmes qu’ils terrorisaient depuis des années. Si nous examinons les meurtres liés à la violence conjugale, et que nous négligeons l’omniprésence de la violence masculine à l’endroit des femmes, nous passerons toujours à côté du vrai problème.

La raison pour laquelle tant de femmes et de filles sont tuées, violées, contrôlées, abusées, prostituées, harcelées sexuellement, et battues par des hommes, c’est que nous vivons en régime patriarcal. Nous accordons dès leur naissance aux garçons des privilèges parce qu’ils sont nés avec un pénis. Il n’y a rien d’intrinsèque ou d’inévitable ou de naturel à la violence masculine, tout comme les filles ne sont pas nées pour être servile ou victime. Cet état des choses existe parce que les hommes — oui, tous les hommes — tirent bénéfice des actes de ceux qui nous maltraitent à coups de couteaux, de poings et d’armes à feu. Cela leur donne du pouvoir en contribuant à nous maintenir à notre place.

Si vous voulez mettre fin à la violence antifemmes, il existe une solution simple. Empêchez les hommes de l’exercer, et attribuez de véritables sanctions, plutôt que des excuses ou des distinctions honorifiques, à ceux qui en sont coupables.

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* Un décompte semblable est tenu au Québec pour les femmes et enfants tué-e-s par des hommes depuis le 6 décembre 1989 (date de la Tuerie masculiniste de l’École Polytechnique de Montréal : http://sisyphe.org/spip.php?article5496)

Version originale : https://blogs.spectator.co.uk/2019/09/the-simple-truth-about-domestic-violence/?fbclid=IwAR1LIzVO1iqb1_bFKucR3pvNmlxo_f0uxmtdfxe9HhoioRK1SotZcPz0BLM

Traduction : Cécilia pour TRADFEM

Tous droits réservés à Julie Bindel.

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2 réflexions sur “La vérité pure et simple à propos de la violence conjugale

  1. Entièrement d’accord , nous le répétons à longueur de messages aux hétéros . Car le gros de la troupe , c’est elles sidérées par les hommes avec le sempiternel et pitoyable : « Oui mais ils ne sont pas tous comme ça ! » Sous entendu le leur ,puisqu’elles »pensent » individuellement en méconnaissance totale de l’histoire des femmes et de la complexité des problèmes et surtout , elles pensent par procuration avec le cerveau des hommes .

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