« En patriarchie, personne ne vous entend crier. » (Rebecca Solnit, LitHub, 10 juillet)

Rebecca Solnit est une de nos écrivaines préférées. Elle vient de signer sur le site LITHUB un commentaire judicieux sur le scandale Jeffrey Epstein, accusé de traite de mineures et de viol de plusieurs jeunes filles, et sur ce que cette affaire révèle à propos de notre Justice et de l’Égalité. Solnit est publiée en français aux Éditions de l’Olivier (Ces hommes qui m’expliquent la vie, La mère de toutes les questions) et traduite, à merveille, par Céline Leroy, mais, surprise, une de nos amies Facebook, Erell Hannah, a pris sur elle de traduire elle-même ce dernier billet, autorisant ses ami-e-s FB à le faire circuler. En attendant la version peaufinée par les Éditions de l’Olivier, voici ce texte.

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L’un de mes livres préférés quand j’étais jeune était « La Quête du roi Arthur » de T. H. White ; et l’un de ses thèmes centraux est la tentative du roi Arthur de remplacer un ethos de « la loi du plus fort » par quelque chose de plus juste.

La justice signifie que tout le monde est égal devant la loi – et l’égalité signifie à la fois que tout le monde a la même valeur devant la loi et que tout le monde est soumis à la loi. C’est un concept fondamental pour les États-Unis, mais la réalité est que la loi du plus fort n’a jamais cessé d’être la façon dont les choses fonctionnent vraiment, du moins en partie. Dans le roman de White, le « plus fort » renvoie principalement à la capacité de violence physique de la part des guerriers, des armées, des tribus et des royaumes ; mais à l’heure actuelle, ce qui importe réellement est la capacité des individus (et des entreprises et des nations) de commettre cette violence en toute impunité.

L’immense travail accompli par des journalistes d’investigation ces dernières années nous a permis de voir en pleine lumière le pouvoir de ces « forts », faisant de leurs mieux pour piétiner, faire taire, discréditer les moins puissants et leurs droits, et avec eux l’idée du droit comme une éthique indépendante du pouvoir. Le fait que ces hommes dirigent les médias, le gouvernement et le système financier en dit long sur le genre de systèmes qu’ils composent. Ces systèmes ont travaillé dur pour les protéger, encore et encore. En effet, la puissance des « forts » n’est pas en eux, mais dans l’ensemble des individus et des institutions qui les environnent. Il est donc essentiel d’examiner, au-delà des agresseurs individuels, les systèmes qui leur permettent de commettre des crimes en toute impunité.

Peut-être que l’une des raisons pour lesquelles le viol a si souvent été dépeint comme « un étranger surgissant des buissons » est pour nous faire imaginer des violeurs agissant seuls. Mais dans une multitude de cas, les violeurs ont de l’aide, au moment des faits et toute le reste de leur vie, et cette aide est généralement puissante, étendue et ancrée. C’est pourquoi nous parlons de culture du viol, et c’est pourquoi pour changer cela il faut changer la culture dans son ensemble.

Parfois, cette aide, c’est la famille, la communauté, l’église, le campus qui détourne le regard ; et parfois, c’est le système de justice pénale. Même si Jeffrey Epstein est incarcéré suite à la nouvelle série d’actes d’accusation – actes mis à jour uniquement grâce à Julie K. Brown du Miami Herald, et de son extraordinaire travail d’investigation pour déterrer ce qui avait été enterré dans cette affaire – une foule de gens qui savaient, riaient, regardaient ailleurs, l’ont aidé pendant des années à violer des enfants, seront toujours dans la nature. Et les circonstances qui permettent aux autres Epstein de violer d’autres enfants continueront à exister.

Epstein a parié sur la disparité entre son pouvoir et sa voix dans le monde et ceux de ses victimes, et il a en grande partie remporté son pari. Parce que le jeu était truqué par des dizaines de personnes autour de lui, et même par le système juridique, qui a scellé ses dossiers, empêché les victimes et leurs avocats de savoir comment il avait obtenu une peine réduite, et l’ont condamné à une peine obscènement minime.

Et quelle fut la punition pour ceux qui l’aidèrent à minimiser le viol d’enfants ? Eh bien, Alex Acosta, qui était l’avocat américain en charge de l’affaire minimisée « Florida contre Epstein », est maintenant notre secrétaire du travail. Le procureur général William Barr travaillait pour le cabinet d’avocats qui défendait Epstein.

Et l’un des amis d’Epstein, qui a été accusé d’avoir violé une des enfants qui était sous le contrôle d’Epstein, et de l’avoir menacée si elle parlait, est président.

La victime de Trump a abandonné l’affaire juste avant les élections de 2016, apparemment en raison de menaces ; et 60 millions d’Américains ont choisi de voter pour un homme accusé d’avoir violé une enfant dans une affaire n’ayant pas fait l’objet d’une réelle enquête.

Trump et Epstein ont tous deux été farouchement défendus par Alan Dershowitz, ancien professeur de droit à Harvard, également accusé d’abuser des filles prostituées par Epstein. Plus tôt cette année, Julie K. Brown, du Miami Herald, a rapporté : « Un avocat, Alan Dershowitz, a écrit une lettre à la Cour d’appel des États-Unis mardi, demandant à ce que les médias soit exclus des audiences car la défense de son client pourrait contenir des informations sous scellés « . L’argent achète le silence.

Dans sa première affaire, Epstein fut défendu par Dershowitch et Kenneth Starr. Starr a par la suite été congédié d’un confortable emploi de président de l’Université Baylor, université où une victime de viol affirmait que durant son « règne », rien ne fut fait au sujet de 52 viols, incluant 5 viols collectifs, commis par 31 des footballeurs de l’université. Quelques temps après, on pouvait lire dans le Chicago Tribune : « L’ancien président de l’Université Baylor, Ken Starr, a déclaré mardi qu’il avait été recruté pour gérer l’argent d’un ancien joueur de football de son université, récemment acquitté pour agression sexuelle ». Voilà ce que nous voulons dire par culture du viol : lorsque des professeurs d’université s’unissent pour défendre des hommes de haut rang accusés de viol, plutôt que de laisser le système judiciaire défendre les victimes, et poursuivre quelque chose qui ressemble à la justice.

En 2011, lorsqu’une réfugiée travaillant dans un hôtel de luxe de New York a accusé le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn de l’avoir violée, il a semblé judicieux d’associer abus privé et public, ou plutôt de montrer comment l’ethos de « la loi du plus fort » implicite dans le second devenait explicite dans le premier. Aujourd’hui, il semble extrêmement évident que ce qui arrive au climat et à la biosphère, aux réfugiés, et aux pauvres sous l’hypercapitalisme, est un mépris impitoyable pour leurs droits et leur humanité ; et il semble évident que certains des hommes auteurs de ces violences publiques sont monstrueux en privé. Les monstres règnent sur nous, au nom des monstres.

Maintenant, quand je pense à ce qui s’est passé avec Strauss-Kahn – qui a par la suite été accusé d’agression sexuelle par plusieurs autres femmes – je me dis que ce sont les personnages secondaires qui semblent le plus importants. Ce type d’hommes ne pourrait se passer d’une culture – avocats, journalistes, juges, amis – qui les protège, les valorise, dévalorise leurs victimes et survivantes. Ils n’agissent pas seuls, et leur force n’est ni plus ni moins que la façon dont un système les récompense et les protège, ce qui est une autre définition de la culture du viol. C’est-à-dire que leur impunité n’est pas inhérente ; c’est quelque chose que la société leur accorde et qu’elle peut leur enlever.

L’audition de Brett Kavanaugh au Sénat fut un référendum sur cet aspect de la culture du viol : Christine Blasey-Ford nous y a raconté comment elle fut violée et comment Kavanaugh n’était pas seul dans la pièce lorsqu’il l’a attaquée, et suite à cela nous avons pu voir des sénateurs bredouiller, nier, excuser et ignorer ; et nous avons pris la mesure du machisme malveillant des grandes écoles ; et nous avons appris comment la grande fraternité de l’élite des États-Unis opère en premier et dernier pour se protéger elle-même. Et la loi de notre pays est désormais représentée par un homme rageux dont le monde entier a pu observer le visage rouge, le manque de sang-froid et de contrôle de soi, l’apitoiement sur soi-même … et qui a tout de même obtenu son poste de juge à la Cour Suprême. Enfin : comme le pointa le barreau américain, « un an après qu’Amy Chua, professeure de droit à Yale, écrivit une tribune publique pour vanter la capacité de Brett Kavanaugh à mentorer des femmes, sa fille obtenait un stage avec lui ». Pendant ce temps, Christine Blasey-Ford, la victime qui a témoigné contre lui, a reçu des menaces de mort et a dû se cacher. Et d’innombrables femmes dans d’autres affaires – y compris des dizaines qui ont intenté des poursuites civiles contre Epstein – ont signé des accords de non-divulgation qui les ont rendues silencieuses à vie, renforçant la protection de leurs agresseurs.

De nombreux prédateurs en série bénéficient d’une infrastructure élaborée leur permettant de continuer à commettre des crimes en toute impunité. La Weinstein Company était un moyen d’attirer les victimes dans la toile d’araignée de Harvey Weinstein, puis de payer les victimes pour les faire taire, ou d’envoyer des avocats après elles ou, dans le cas de Rose McGowan, d’anciens espions du Mossad, pour que personne ne puisse entendre ce qu’il a fait. Comme Ronan Farrow l’a rapporté en 2017, « Weinstein a personnellement suivi l’évolution des enquêtes. Dans certains cas, l’enquête a été menée par les avocats de Weinstein, qui avaient de très fortes connexions avec le Times.
Il faut un village pour faire taire une victime, et il y a beaucoup de villageois volontaires.

En 2011, Cyrus Vance, procureur général de la ville de New York, a abandonné les charges retenues contre Strauss-Kahn au motif que la victime – qui avait été largement attaquée par les avocats de Strauss-Kahn et par des journalistes désireux de discréditer une réfugiée africaine – n’était pas crédible, mais elle a ensuite obtenu un règlement dans un procès civil avec, bien sûr, un accord de non-divulgation pour la faire taire.

Le principal procureur de Manhattan a reçu quelques critiques l’année dernière après que des questions aient fait surface au sujet de la décision de son bureau de ne pas poursuivre Harvey Weinstein, l’ancien magnat d’Hollywood, après que le mannequin Ambra Battilana l’ait accusé de lui saisir les seins en 2015. Un avocat engagé par Weinstein à l’époque avait donné 24 000 $ à Vance et un autre avocat lui avait envoyé 10 000 $ après la décision d’épargner une arrestation au puissant producteur.

« A l’époque, une femme avait tenté de faire un reportage sur les crimes sexuels de Weinstein dans le New York Times en 2004, mais son rédacteur en chef masculin avait rejeté l’article ; nous avons appris ensuite qu’une autre journaliste avait tenté de faire un reportage en 2003 sur l’agression sexuelle d’Epstein sur une adolescente de 16 ans, mais que son directeur du Vanity Fair, sous la direction du Graydon Carter, avait supprimé cette partie de son article. »

En patriarchie, personne ne vous entend crier.

Ces histoires sur les riches et les puissants célèbres illustrent la façon dont cela fonctionne, mais le système patriarcal ne fonctionne pas seulement pour eux. Un exemple parfait de la façon dont cela fonctionnait et fonctionne encore souvent pour n’importe quel homme privilégié est apparu ce mois-ci dans des reportages sur un cas de viol dans le New Jersey : une jeune fille de 16 ans, hors d’état de se défendre, a été agressée par un garçon qui s’est filmé en train de la violer et a partagé la vidéo avec le texte « quand votre première expérience sexuelle est un viol ». Le New York Times a rapporté les propos du juge dans cette affaire, disant « Un juge du tribunal des familles a dit que ce n’était pas un viol. Au lieu de cela, il s’est demandé à haute voix si c’était une agression sexuelle, définissant le viol comme un crime commis sous la menace d’une arme et par des étrangers. Il a également dit que le jeune homme venait d’une bonne famille, qu’il fréquentait une excellente école, qu’il avait de très bonnes notes et qu’il était un scout. Selon le juge, les procureurs auraient dû expliquer à la jeune fille et à sa famille que porter plainte détruirait la vie du garçon. »

Ce juge, James Troiano, a effectivement dit : « C’est clairement un candidat non seulement pour l’université, mais probablement pour une bonne université. » En d’autres termes, parce qu’il était un garçon privilégié en voie de devenir un homme privilégié, il comptait tellement que la victime ne comptait pas du tout, et le fait qu’il avait commis un crime n’avait pas d’importance non plus. Un raisonnement qui jette les bases pour que lui et d’autres comme lui puissent continuer à commettre des crimes ; et qui dit aux victimes de ces crimes que leurs droits comptent pour rien.

Un autre exemple réside dans les accusations de viol que la chroniqueuse E. Jean Carroll a portées contre Trump le mois dernier : Le sénateur Lindsay Graham les a commentées en disant « Il l’a nié. C’est tout ce que j’ai besoin d’entendre. »

Pourtant, un peu plus tôt dans l’année, le Washington Post a fait remarquer que « les chiffres exagérés, les fanfaronnades injustifiées et les mensonges purs et simples du président Trump se sont poursuivis à un rythme remarquable. A la date du 7 juin, 869e jour de son mandat, 10 796 déclarations fausses ou trompeuses du président ont pu être comptabilisées ». Lindsay Graham le sait, mais de la même manière que pour sa défense acharnée de Kavanaugh, il choisit une éthique dans laquelle tout ce que dit un homme puissant est valide, et rien de ce que peut dire une femme ne compte. Ici, la vérité est ce que les puissants veulent qu’elle soit, ce qui est l’un des fondements du fascisme. La loi du plus fort.

Quand j’y repense, un des erreurs fondamentales dans le roman « La quête du roi Arthur » était d’imaginer que vous pouviez avoir un pouvoir inégal dans le pays – d’une part des chevaliers en armure avec des armes qu’ils savent manier, et de l’autre des femmes, des serfs et des serviteurs non armés – et que les premiers allaient l’utiliser pour instaurer l’égalité. La chevalerie est morte, elle a toujours été pourrie. La romance arthurienne n’a jamais eu pour sujet la redistribution du pouvoir et des richesses. Mais la démocratie est censée avoir ce rôle, et nous comprenons maintenant, dans notre nouvelle ère de ploutocrates (à un stade avancé du patriarcat), combien il est peu probable que les gens soient égaux devant la loi alors qu’ils sont si inégaux en force.

Une partie de cette force est monétaire, une partie est due aux structures de pouvoir corrompues dans les secteurs de la finance, de la politique et du divertissement. Structures qui nous ont donné Roger Ailes de Fox, Les Moonves, Eric Schneiderman, l’équipe de football de Baylor, et tant d’autres monstres qui semblent voir la violence envers les femmes comme attribut de leur pouvoir. Une partie de cette force – une grosse partie – est le genre. Les tribunaux ont de nombreuses bonnes raisons d’intenter des poursuites dans des cas individuels, mais la justice ne sera pas rendue tant que la force n’aura plus valeur de loi, et que le pouvoir, y compris le pouvoir d’être entendu et estimé, ne sera pas réparti de manière égale.

Rebecca Solnit

 

Traduction (provisoire) : Errell Hannah

Tous droits réservés à Rebecca Solnit.

Version originale: https://lithub.com/in-patriarchy-no-one-can-hear-you-scream-rebecca-solnit-on-jeffrey-epstein-and-the-silencing-machine/

Née en 1961, Rebecca Solnit est l’une des intellectuelles américaines contemporaines les plus influentes et originales, capable d’aborder aussi bien les thématiques de l’environnement, de la critique, de l’histoire de la modernité et du féminisme. Son article « Ces hommes qui m’expliquent la vie » a théorisé et popularisé la notion capitale de mansplaning (« mecsplications »). S’en est suivi un recueil d’essais au titre éponyme, que les Éditions de l’Olivier publient en 2018 comme premier ouvrage d’une nouvelle collection de non-fiction, « Les Feux ».  Ces hommes qui m’expliquent la vie a reçu un très fort accueil critique. Son dernier essai, La Mère de toutes les questions, également publié dans le collection « Les Feux »,  l’a définitivement imposée en France comme une figure incontournable.

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5 réflexions sur “« En patriarchie, personne ne vous entend crier. » (Rebecca Solnit, LitHub, 10 juillet)

  1. L’affaire Epstein n’est pas une démonstration de la culture du viol mais de la culture de l’impunité dont jouissent les puissants.
    Une culture du viol serait (comme quand j’étais jeune et comment ça se passe à d’autres endroits dans le monde) une culture qui blâme la victime et non l’agresseur et ou la valeur de la personne agressée serait ternie parce qu’elle a été agressée.
    Une culture du viol est généralement une culture qui accorde une valeur particulière à la virginité. En fait, ce concept est central puisque le but est généralement de contrôler qui va inséminer le ventre des femmes.
    Une culture du viol serait une culture où ce serait la victime qui serait punie.
    Bref, les cultures et les sectes basées sur des systèmes religieux sont propices à une culture du viol. Ne leur laissons pas cet espace
    Évitons le travers, de refuser de condamner quelqu’un qui appartient à une culture du viol justement sous prétexte de lutter contre la discrimination. Sinon, notre société, retournera dans ces anciens travers.

    Réjouissons-nous d’avoir évolué de ce côté. Nous ne sommes plus dans une culture du viol. Un violeur lorsque ses comportements sont connu est très mal vu et dans le meilleur des cas, si il est possible de le prouver il sera puni.

  2. On dirait que vous avez pas lu l’article. Le travail brillant de cette femme démontre sans équivoque qu’il existe une culture du viol, intrinsèquement liée, effectivement, a l’immunité des puissants. C’est d’ailleurs la conclusion de l’article, ce qui laisse à penser que vous ne l’avez pas lu. C’est d’ailleurs inacceptable que vous concluiez que les victimes ne sont pas salies et que les agresseurs sont justiciables. C’est osé et c’est faire la démonstration de ce qui est dénoncé dans l’article : il y a toujours des gens pour nier les faits et défendre ce système totalement injuste et inéquitable en prétendant qu’il rend justice. Les faits énoncés ici démontrent qu’il n’y a aucune forme de justice pour les victimes de ces hommes, de la femme de chambre a la femme bourgeoise. Merci de nous épargner les minimisations dénoncée dans ce texte, du type « la culture du viol n’existe pas », c’est salement mensonger.

    • J’ai lu l’article. Vous pouvez étirer le sens de ce que je dis comme vous voulez. Ce que j’ai dit, c’est que la culture du viol n’existe pas au Québec et au Canada. Pas ence moment. Ce n’est pas dire que le viol n’existe pas. Mais la femme ne sera pas punie socialement ou pénalement pour s’être fait violer, ce qui est le cas dans beaucoup de pays.

      Elle ne perd pas non plus sa valeur en tant qu’être humain. Maintenant si vous voulez continuer à leur dire qu’elles doivent se sentir salies et qu’elles ne s’en remettront jamais, vous récolterez des résultats comme cette jeune fille de 17 ans qu’on a laissé se suicider en Suisse parce qu’elle ne voyait pas d’issues. Et le pire, c’est que les sociétés qui ont accepté ça, ont de nouveau envoyé ce messsage à toutes les victimes de viol BRAAAAVO !

      La culture de l’impunité des puissants relève d’autre choses et je vais vous donner un choc, mais les femmes puissantes ont accès à la même impunité.

      • Je dois m’inscrire en faux. Je vis aussi au Canada et la culture du viol y sévit bel et bien, que ce soient les jeunes hommes qui se poussent réciproquement au mépris des femmes, ou que ce soient les juges qui demandent aux victimes pourquoi elles n’ont pas « tenté de serrer les genoux », ou qui disculpent un agresseur parce qu’une femme violée avait bu; qu’il s’agisse des vidéos, porno ou non, où le viol est un cliché prévisible, ou qu’il s’agisse d’humoristes qui récoltent des rires gras avec des blagues de viol; ou que ce soient le sort des femmes en prostitution qui n’arrivent jamais à faire sanctionner un violeur par un tribunal. Et je ne parle même pas de la proportion de signalements de viol qui sont sommairement rejetés par policiers et procureurs.
        Je trouve surtout malhonnête le glissement d’AMG qui accuse les féministes du sentiment réel de dévalorisation éprouvé par la plupart des femmes agressées sexuellement, avec une phrase démagogique comme « Maintenant si vous voulez continuer à leur dire qu’elles doivent se sentir salies et qu’elles ne s’en remettront jamais, vous récolterez des résultats comme cette jeune fille de 17 ans qu’on a laissé se suicider en Suisse parce qu’elle ne voyait pas d’issues ». Ce blâme lancé à l’entourage de cette femme est aussi désolant que le déni de son expérience de désespoir.
        Enfin j’ignore quel sens AMG donne à son assertion ambigüe que les femmes puissantes ont accès à l’impunité des puissants. Si c’est que celles-ci peuvent exercer des exactions, c’est évident, mais cela ne nie en rien l’existence de la culture du viol, qui est très majoritairement le fait et l’éthique des hommes, même si des femmes peuvent parfois les exercer. Et si c’est que leur puissance leur évite d’être violées, c’est hélas faux. Je connais une enseignante d’autodéfense, une des femmes les plus puissantes qui soient au Québec, et elle a été violée, un couteau sur la gorge, sans n’y rien pouvoir faire.

        • Quand je parle de femme puissante, je parle d’argent évidemment, et pas de crimes nécessairement liés au viol.
          Oui, au Canada, il y a des juges imbéciles, j’en reste baba régulièrement. Entre autre, une femme juge qui avait diminué la sentence d’un homme qui avait sodomisée une petite fille parce que selon sa culture, il avait préservé sa virginité et une qui en avait acquitté un autre qui avait violée une petite fille de quatre ans, parce que celle-ci avait des comportements sexuellement provoquant.

          La plupart des gens au Canada quel que soit leur sexe, désapprouvent le viol, ne le mettent pas sur le dos des filles et la loi le sanctionne.

          Maintenant, je le répète, il existe des pays dans le monde où une fille ou une femme, peut être condamné à la prison, à être battue, ou considéré comme n’ayant plus aucune valeur si elles ont été violées.

          Je considère que ce sont des cultures du viols parce qu’il y a impunité pour les violeurs, et aucun intérêt pour les victimes de porter plainte. Cela permet donc au viol de croître sans problèmes. Vous voyez la différence ? Non ?

          Et les verdicts des juges sus-mentionnés si ils ne sont pas remis en question peuvent effectivement mener à une culture du viol Mais je crois que ces jugements ont été contestés avec succès

          Je crois que si la société répète aux filles ou aux femmes qui ont été victimes de viol qu’elles ne s’en remettront jamais et que le viol est un sort pire que la mort, cela peut amener effectivement des personnes traumatisées à se suicider parce que la société et que nous les féministes, leur disons qu’elles ne s’en sortiront jamais, je crois que cela peut effectivement pousser des personnes fragilisées à passer à l’acte.

          Je crois qu’il n’y a rien de mal à réfléchir sur nos grilles d’analyses parce que quand les circonstances changent (dieu merci), il serait pas mal d’ajuster notre analyse,

          Par exemple, si on continue à dire aux personnes violées qu’elles vont être reçues avec une brique et un fanal par la police alors que ça fait maintenant presque quarante ans qu’on sensibilise les nouveaux policiers à agir autrement avec les victimes, on ne les encourage pas à porter plainte, et on le fait à partir d’un paradigme qui a changé

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