Attention aux faux mouvements!

Manipulé par de grands argentiers, le mouvement LGBTQ+ contemporain est tissé de pseudoscience

 

Une recherche signée Sue Donym, d’abord publiée sur le site MEDIUM.COM le 6 août 2018

Le mouvement transgenriste est un exemple de ce qu’on appelle l’astroturf, ou faux mouvement spontané, une technique de propagande qui présente comme venant de la base des projets politiques élaborés en hauts lieux.

Le mouvement transgenriste qui prétend encourager des individus à découvrir et vivre leur « identité authentique » est lui-même tout sauf authentique. Et cela dans un seul but : vendre des produits pharmaceutiques. Voici comment il fonctionne.

Laissez-moi vous décrire le contexte. Nous sommes à Anchorage au moment des élections municipales récentes. C’est l’Alaska, il fait froid, et les enjeux de ces élections sont habituellement de l’ordre des contraventions que l’on autorise les constables à distribuer. Un autre enjeu de cette élection, cependant, la Proposition 1, a attiré des dépenses électorales de 900 000 dollars US, éclipsant de très loin toutes les autres questions soumises aux électeurs.

Qu’est-ce que la Proposition 1 ?

Soumise par une organisation locale, « Action Famille Alaska », cette question proposait de revenir au caractère genré des toilettes publiques – toilettes pour femmes d’un côté, toilettes pour hommes de l’autre – au lieu de les séparer selon ce qu’on appelle maintenant « l’identité de genre autodéclarée ». Les toilettes publiques d’Anchorage sont séparées par identité de genre depuis 2015. Les médias progressistes ont réagi à cette proposition de retour au modèle précédent par un concert cacophonique de protestations. À en croire ces médias, des centaines de milliers de dollars ont été spontanément versés par des individus raisonnables pour s’opposer à une ordonnance municipale accusée de risquer de porter ombrage à d’éventuelles personnes transgenres. À l’issue du vote, la raison et le sens commun ont triomphé, le projet libéral a suivi son cours, et le droit des personnes trans à utiliser les toilettes de leur choix a été réaffirmé.

Sauf que les « individus raisonnables » d’où serait venu tout cet argent n’existent pas.

Après un très long week-end passé à éplucher les dossiers de campagne d’Action Famille Alaska et de son organisation rivale « Justice Pour Tous : Dites Non à la Proposition 1 », il m’est devenu manifeste que les vastes sommes d’argent dépensées par Justice Pour Tous lors de cette élection ne provenaient pas de citoyens étasuniens ordinaires. Bien que les personnes transgenres soient supposément une minorité persécutée privée de droits civiques, Dites Non à la Proposition 1 est parvenue à recueillir et à dépenser environ 710 000 dollars de plus qu’Action Famille Alaska. Dites Non à la Proposition 1 a accumulé en tout 828 000 dollars. Ses dossiers de campagne indiquent que la très grande majorité de ces fonds ont été versés par de très riches lobbies, dont la Human Rights Campaign (HRC), Freedom For All Americans (FFAA), le Planning Familial (Planned Parenthood – PP), et l’Union des Libertés Civiles Américaines (ACLU).

Comment expliquer que d’énormes organisations fédérales ont consacré d’incroyables ressources financières et humaines à une toute petite élection municipale, dans le seul but de combattre un « projet de loi sur les toilettes publiques ». Elles ont envoyé par avion des représentants du National Center on Transgender Equality pour contribuer à la diffusion de « narratifs » sur l’importance de toilettes mixtes, tandis que le Transgender Law Center a offert à Justice Pour Tous les services de ses consultants. Ces organisations ont pris soin de bien nourrir leurs bénévoles – les dossiers de l’ACLU pour cette élection contiennent de nombreuses factures de restauration. FFAA a déboursé la somme nécessaire à la création d’un site internet haut de gamme, ainsi qu’à l’achat du logiciel spécialisé de campagne électorale Blue State Digital. Une agence publicitaire d’Anchorage s’est vue offrir des centaines de milliers de dollars pour la production de leur matériel de campagne. En fait, la campagne Dites Non À la Proposition 1 a dépensé pour ses seuls frais collatéraux autant d’argent qu’Action Famille Alaska pour leur campagne toute entière – pour ensuite consacrer encore plus à sa publicité de campagne télévisée. Malgré la participation de nombreux petits donateurs, la très grande majorité de ces fonds de campagne sont venus de grandes organisations importantes comme Planned Parenthood ou Human Rights Campaign. Les dossiers révèlent que ces grands lobbies et d’autres organisations ont aussi fourni à Dites Non À la Proposition 1 leurs listes d’adresses et bases de données de campagne.

En dépit d’une dépense électorale 8 fois supérieure à celle de leur adversaire, d’une campagne intensive à la télévision, par email et par téléphone, et du soutien d’organisations politiques fédérales, Dites Non À la Proposition 1 n’a emporté la victoire qu’avec 5% de marge. En d’autres mots, ce groupe a acheté l’élection, car il est très étonnant que leur adversaire ait obtenu un résultat aussi serré avec des moyens financiers et humains aussi comparativement réduits, soit 1/8e des fonds de Dites Non.

Cela m’a vraiment étonnée. De toutes les élections que j’ai analysées, celle-ci était l’une des plus étranges. En effet, le mouvement transgenriste ne cesse de proclamer son statut de groupe le plus ignoré et marginalisé des États-Unis ; pourtant, il n’a eu aucun mal à réunir des fonds de campagne très largement supérieurs à ceux de ses rivaux politiques. Cela ne colle pas à l’idée que je me fais de la minorité la plus marginalisée des États-Unis. Une minorité marginalisée soutenue par de puissants lobbies ? Capable de dépenser huit fois plus que la droite religieuse américaine sur une campagne électorale ? Quelque chose ne colle pas.

Autre exemple dans un autre État américain : les personnes transgenres, malgré leur soi-disant statut de minorité la plus opprimée des États-Unis, ont pu en Caroline du Nord transformer en scandale international un autre projet de loi sur les toilettes publiques, l’initiative H.B. 2, déposée en mars 2016. Quand a-t-on déjà vu un simple projet de loi étatique faire ainsi l’actualité mondiale ? Des célébrités et des équipes de sport ont annoncé leur intention de boycotter la Caroline du Nord si ce projet n’était pas retiré. Le chanteur Bruce Springsteen a déclaré qu’il ne s’y produirait plus. Chaque nouveau boycottage par une personnalité libérale a été accueilli avec des vivats. L’état de Caroline du Nord a fait l’objet d’un opprobre national, relayé par l’immense porte-voix des médias grand public. Pourtant, les mêmes médias n’ont même pas mentionné des amendements au Code du travail figurant dans le même projet de loi, qui allaient avoir un impact négatif sur toute la classe ouvrière de l’État ; ils n’ont pas non plus divulgué le fait qu’une partie de l’opposition à H.B. 2 tenait à la définition légale du sexe inscrite dans cette loi : « le statut physique d’être mâle ou femelle, tel qu’indiqué sur l’extrait de naissance de la personne ». Bruce Springsteen n’a pas annulé ses concerts en Caroline du Nord à cause de la nouvelle loi du travail ; lorsque la section sur les toilettes publiques fut retirée en 2017, la partie concernant l’emploi resta la même. Il y eut pourtant une réaction de triomphe général, une célébration de la victoire des transgenres, et ce projet de loi disparut aussitôt de la conversation nationale.

Le transgenrisme, en tant que mouvement, a connu un progrès remarquablement rapide qui contraste avec celui de tout autre mouvement pour les droits civiques d’une minorité. Jusqu’à récemment, les chirurgies de « changement de sexe » n’étaient que des procédures expérimentales ou les fantasmes non réalisés d’empereurs romains excentriques. Ce n’est que dans les années 1950 qu’est née l’expression « transsexualisme », inventée par les médecins de la transsexuelle Christine Jorgensen. Jorgensen n’a même pas pu épouser un homme, car son sexe était toujours masculin au regard de la loi, en dépit de son opération de transition sexuelle. Depuis, le transsexualisme est passé du statut de curiosité de foire ou de « traitement » chirurgical des homosexuels (fréquemment perçus, jusque dans les années 1960, et encore de nos jours dans certaines parties du monde, comme une sorte de troisième sexe) au statut de mouvement de droits civiques le plus influent aux États-Unis, avec des centaines de millions de dollars versés chaque année à la cause partout au pays.

On ne peut que s’étonner de la différence avec les progrès observés pour les autres mouvements de droits civiques. Les femmes, opprimées depuis l’institution de la propriété privée, continuent à peiner sous le régime patriarcal, et ce depuis des millénaires. Il a fallu un siècle pour que les États-Unis abolissent l’esclavage, puis un autre pour abolir la ségrégation raciale ; et il semble qu’il en faudra encore un autre pour voir disparaître une violence raciste que dénoncent encore des Noirs comme le footballeur Colin Kaepernick. Les homosexuels ont été graduellement marginalisés dans les sociétés occidentales depuis la Basse Antiquité. Suite aux émeutes de Stonewall et à la prise de conscience collective aux États-Unis dans les années 60 et 70, les homosexuels et lesbiennes se battent depuis 50 ans pour obtenir l’égalité des droits. Celle-ci est encore loin d’être gagnée : aux États-Unis, ils et elles n’ont aucune protection légale établie à l’échelon fédéral. En revanche, les transgenres – un terme inventé il y a à peine 20 ans et dont le « T » n’a été ajouté à l’acronyme LGB qu’au cours des années 90 – ont de l’argent à jeter par les fenêtres et leurs victoires juridiques semblent se produire très facilement.

Cela ne vous paraît-il pas étrange ? Je ne me souviens pas avoir vu quiconque boycotter l’État du Missouri après l’assassinat d’un adolescent noir par un agent de police, à Ferguson, ou fuir l’Arizona après son refus de reconnaître la Journée commémorative de Martin Luther King. On n’a même jamais vu une vedette de la musique refuser de se produire en concert dans l’un des États qui tentent actuellement de recriminaliser l’avortement. Quelque chose ne colle pas. La question est : pourquoi ? J’ai décidé de l’élucider, et la meilleure méthode de le faire aux États-Unis aujourd’hui est toujours de suivre la piste de l’argent, de découvrir à qui le crime profite. Cette piste m’a menée aux grands organismes philanthropiques et aux millions de l’industrie pharmaceutique.

Voyez-vous, le mouvement transgenriste – distinct du mouvement gay et lesbien – s’est doté d’une énorme infrastructure au cours des dix dernières années. L’acronyme « LGB » est devenu le « mouvement LGBTQI+ ». Une commission scolaire canadienne en a même fait l’acronyme « LGBTQITTIPASFDASFAARP » (ou quelque chose d’approchant), s’attirant des moqueries justifiées. Mais ce qu’on doit en conclure, c’est que le mouvement transgenriste n’a rien d’un ensemble de voix marginalisées que l’on entendrait enfin ; sa « voix » tient à d’énormes budgets utilisés pour accaparer l’attention publique. D’après l’organisme Funders For LGBTQ Issues (Bailleurs de fonds pour les enjeux LGBTQ), ci-après FFLI, les fonds spécifiquement réservés à la cause transgenriste ont commencé à augmenter très rapidement en 2012 ; à partir de 2016, ces subventions ont dépassé les fonds consacrés aux causes gay, lesbienne et bisexuelle réunies. Ces trois dernières disposent d’un total de 13,2 millions de dollars, tandis que la cause transgenre s’est vue attribuer 22 millions cette année-là. Cela représente plus de 10% de la totalité des fonds comptabilisés par le FFLI (202 millions).

Il n’est pas surprenant, pour qui a l’habitude de retracer les sources de financement liées au centre-gauche du paysage politique, d’apprendre que cet argent provient d’abord de certains grands organismes philanthropiques tels que l’Open Society Foundation de George Soros, la fondation Tides, ou encore Arcus (dirigée par Jon Stryker, un homme gay héritier de la Stryker Corporation). Mais d’autres noms se dégagent parmi les grands donateurs : celui de Jennifer Pritzker, anciennement connu sous le nom de Colonel James Pritzker, qui se déclara transfemme en 2013. Celui-ci est un républicain d’extrême-droite qui, outre ses dons à la cause transgenre par le biais de sa Fondation Tawani, a soutenu financièrement des candidats pro-Trump à l’élection de 2016.

Coïncidence ? Les fonds accordés aux initiatives gays et lesbiennes par des organismes philanthropiques ont décliné durant la même période : ceux dont bénéficient les lesbiennes ont plafonné à 4 millions de dollars en 2016, bien que celles-ci représentent une population bien plus importante que celle des transgenres. D’ailleurs, le montant total de 202 millions enregistré par le FFLI est en grande partie versé à des associations s’occupant de l’ensemble des questions LGBT et non pas d’un groupe spécifique ; par exemple, 39% de ces fonds ont été versés au groupe Advocacy. Comme ces associations ont actuellement tendance à se focaliser sur la cause transgenre, il est probable que le T de LGBT bénéficie d’un pourcentage encore plus disproportionné de l’argent disponible. Donc, tandis que les gays et lesbiennes ont vu leurs fonds stagner, voire même décliner ces dernières années, les transgenres sont passés de $3 millions en 2010 à $22 millions en 2016.

Certains gays et lesbiennes ont d’ailleurs déploré l’attention excessive portée aux enjeux transgenres. John Aravosis, dans un article de 2007 du site web Salon intitulé « Comment le T s’est-il immiscé dans LGBT ? », a critiqué la décision des groupes de lobbying LGBT de dénoncer un projet de loi fédérale de non-discrimination à l’emploi sur la base de l’orientation sexuelle. Pourquoi cette décision ? Parce qu’on n’y faisait pas mention de « l’identité de genre » (base idéologique du transgenrisme). Cette version du projet de loi avait pourtant une bonne chance en 2007 d’être acceptée par le parlement démocrate, mais, décriée par les groupes LGBT pour n’avoir pas mentionné les transgenres, elle ne dépassa pas l’étape du Sénat. C’est pour cette raison que, onze ans plus tard, les millions de gays et lesbiennes aux États-Unis n’ont toujours pas de protection fédérale contre la discrimination. Aravosis se dit perplexe : il ne comprend pas pourquoi les transgenres devraient absolument être inclus dans le mouvement gay et lesbien. Ce n’est qu’en 2003 que le « T » a commencé à être ajouté à l’acronyme LGB par les médias de masse. Et l’expansion rapide de cette appellation n’a débuté qu’au cours des dix dernières années.

Dix ans plus tard, en 2018, cette perplexité face à l’inclusion du T est devenue une critique articulée. Mais celles et ceux qui la formulent sont souvent stigmatisés par des termes tels que « gays radicaux sectaires », ou, plus souvent, par l’acronyme haineux de TERF, pour « Trans-Exclusionary Radical Feminist » (féministes radicales excluant les trans). Cette attitude débouche de plus en plus souvent sur des agressions physiques. En juin 2018, une jeune femme lesbienne a été agressée et expulsée d’un bar gay après avoir été qualifiée de « TERF ». Cet acronyme haineux est devenu une véritable « lettre écarlate » aux yeux de la « communauté queer » (anciennement connue sous le nom de communauté gay et lesbienne) : entre autres, les lesbiennes sont facilement qualifiées de « TERF » si elles excluent le pénis de leur vie sexuelle. Il y a un aspect ridicule à la violence déchaînée contre toute mention critique – même le fait d’exprimer l’opinion que « les lesbiennes n’aiment pas les pénis ». Cette hostilité insensée n’est pas le seul fait d’un soulon dans un bar gay ou de transactivistes anonymes vociférant sur Twitter : on la voit souvent publiée et cautionnée par de grandes entreprises médiatiques, soutenues par toute l’infrastructure politique de centre-gauche. Cette intolérance à toute critique, couplée aux énormes sommes d’argent qui s’engouffrent dans la cause transgenriste, est le symptôme d’une pathologie politique.

Cette pathologie a un nom en anglais, l’« astroturf », ou gazon artificiel. C’est un jeu de mots sur l’expression « grassroots » (« racines de gazon») qui désigne aux États-Unis les organisations ou mouvements populaires dont l’impulsion vient réellement d’une base. Dans ce contexte, le mot astroturf désigne plutôt des mouvements sociaux dont l’impulsion semble venir du bas, mais qui sont en réalité financés par de riches individus ou de grandes entreprises qui souhaitent leur donner l’apparence d’une mouvance communautaire.

Le mouvement transgenriste est un exemple d’astroturf. Ce mouvement qui prétend encourager des individus à vivre leur « identité authentique » est lui-même tout sauf authentique.

Et cela dans un seul but : vendre des produits pharmaceutiques. Voici comment le truc fonctionne.

UN GROUPE DE PRESSION ÉTONNAMMENT BIEN FINANCÉ

 

Étudions le cas de quelques-uns de ces groupes de pression, pour éclaircir les choses.

Premier exemple : l’organisation Global Action for Trans Equality (GATE). Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler, mais il s’agit d’un exemple type d’astroturf trans. Je l’ai sélectionnée dans une liste fournie par le FFLI. C’est une petite organisation – bien qu’elle ait étrangement été conviée pour une présentation à l’ONU – et elle n’a pas pris la peine d’anonymiser ses donateurs dans ses déclarations d’impôts. J’ai analysé ces documents. Sa page Wikipédia m’informe que son directeur général est Mauro Cabral, un activiste trans et intersexe, qui a été signataire des Principes de Yogjakarta. Jusque là, le gazon semble tout à fait organique. Voici la mission que prétend remplir cette organisation :

La mission de GATE est de travailler à l’échelle internationale sur les questions de l’identité de genre, de l’expression du genre et de la libre disposition du corps en défendant les droits humains, en diffusant des connaissances essentielles et en encourageant l’activisme politique à l’échelle mondiale. GATE veut construire un monde qui ne connaîtra plus de violations des droits de l’homme liées à l’identité de genre, l’expression du genre ou la diversité physique, un monde transformé par l’inclusion cruciale de toutes les personnes qui ont été marginalisées pour ces raisons. Nous contribuerons à créer des mouvements politiques puissants, à leur fournir les ressources et les experts nécessaires à leur pleine participation aux processus globaux et à une transformation de la justice socioéconomique dans le monde entier.

 

Leur page Wikipédia m’apprend également que cette organisation a été créée en 2009. Par contre, les références affichées sur Wikipédia pour cette affirmation et pour le descriptif de l’organisation renvoient à des pages inexistantes. En revanche, une lecture rapide des documents fiscaux du GATE nous révèle que l’un des objectifs principaux de l’organisation est la « dépathologisation », définie comme suit :

Coordonner une initiative internationale visant à la réforme de l’ICD-11 (Classification Internationale des Maladies), engager un processus de dépathologisation juridique, et faire reconnaître la pathologisation comme une violation de droits humains.

En clair, cela désigne l’objectif que la dysphorie de genre ne soit plus classifiée comme une maladie mentale, et que l’on considère cette classification en tant que maladie mentale comme une violation des droits humains de la personne transgenre. Cela pourrait signifier qu’il deviendra impossible de poursuivre les médecins pour faute professionnelle s’ils prescrivent un changement de sexe sans diagnostic valable. Voyez-vous un problème se dessiner ?

GATE compte également parmi ses objectifs la « mobilisation », projet décrit dans son formulaire IRS 990 de 2015 :

MOBILISATION—RÉCLAMER POUR LES PERSONNES TRANS, INTERSEXES ET DIVERSES EN GENRE L’ACCÈS AUX FONDS DISPONIBLES, ET LA CRÉATION DE NOUVELLES SOURCES DE FINANCEMENT. [sic]

L’objectif ? Mettre à la portée des personnes trans des fonds pour réaliser ces buts. D’où proviennent ces fonds ? Qui sont les sources de financement ? Comment seront-elles créées ? Le formulaire de 2015 mentionne également une aide à la lutte internationale contre le VIH. Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin. Dans son IRS 990 de 2015, le GATE trahit sa véritable nature d’astroturf.

Global Action for Trans Equality INC n’a pas d’activités et de services à signaler pour 2015, car sa première période de financement a débuté à la mi-décembre.

L’organisation n’a donc pas été créée en 2009 comme veut le faire croire sa page Wikipédia. Les plus anciennes publications sur son site internet datent de 2013. L’organisation a reçu son premier cycle de financement en 2015, l’année où, d’après ses déclarations d’impôt, elle a été officiellement créée.

D’où est venu cet argent ? Sa déclaration IRS 990 de 2016 nous éclaire. Contrairement à beaucoup d’organisations sur lesquelles j’ai enquêté, le GATE n’a pas pris la peine d’anonymiser ses principaux donateurs dans ses déclarations d’impôt accessibles à tous. Sur son site internet (dont l’adresse est littéralement transactivists.org), elle déclare fièrement être commanditée par deux importantes organisations philanthropiques : l’Open Society Foundation et la fondation Arcus.

Open Society a versé à GATE 523 000$ et Arcus 130 000$. S’y ajoute une subvention de 150 000$ de la part du Fidelity Charitable Trust, qui s’occupe souvent de transmettre des donations anonymes provenant d’individus aux moyens importants. Le GATE a ensuite reçu une subvention de 103 000$ de la part du département d’État américain pendant le mandat d’Obama.

Je vous laisse décider si cela ressemble à la déclaration d’impôt d’une petite organisation anodine, émanant de la base. Pour moi, cela sent l’astroturf à plein nez.

Pour les lecteurs attentifs, le GATE met à disposition un ensemble de publications, parmi lesquelles sa « Proposition pour un langage adapté aux transgenres adressée à l’expert indépendant en SOGI de l’ONU ». (L’acronyme anglais SOGI désigne l’ensemble des enjeux liés à l’Orientation Sexuelle et l’Identité de Genre.) Un groupe d’astroturf qui présente des propositions à l’ONU en disant représenter sa communauté est loin de faire du simple « activisme ». Ces actions sont pourtant menées au nom de la communauté LGBTQI+. Les montagnes d’études et d’articles proposés sont un autre signe caractéristique d’une entreprise d’astroturf. Vous remarquerez également que les noms d’Open Society et d’Arcus sont récurrents tout au long du présent article. Pourquoi ? Parce que le GATE est loin d’être la seule association que financent ces grandes fondations. Elles ont étendu leurs tentacules partout.

GATE n’est pas le seul exemple d’organisation trans présentant tous les signes de l’astroturf. Un autre exemple est le National Center For Transgender Equality (NCTE) [Centre national pour l’égalité transgenre]. Cet organisme est l’auteur de la très médiatisée US Transgender Study (USTS) [Enquête Transgenre USA]. Le NCTE n’est pas non plus ce qu’on peut appeler un mouvement émanant de la base. Créé en 2003 par Mara Keisling, un homme devenu femme, son objectif est d’assurer « une présence militante professionnelle à Washington au nom des personnes transgenres », selon la biographie de Keisling affichée sur son site officiel. L’organisation a été créée avec l’aide du National Gay and Lesbian Task Force (NGLTF) [Groupe de travail national gay et lesbien]. Keisling avait une quarantaine d’années lorsqu’il a effectué sa transition et s’est lancé dans l’activisme trans. Il travaillait au préalable dans le marketing social et les enquêtes d’opinion publique, et son père est Bill Keisling, ancien chef du personnel de William Scranton, l’ex-gouverneur de Pennsylvanie. La biographie de Mara Keisling lui attribue le mérite d’avoir dirigé une coalition de « 400 organisations pour les droits LGBT », appelée United ENDA. Dans une interview accordée au média gay Washington Blade, Dana Beyer, un activiste transgenre notoire, a fait l’éloge de United ENDA, grâce auquel, dit-il, « il n’y a jamais eu, à l’exception près, d’exemples de législation ou d’activisme gay qui n’incluait pas les personnes trans ». Sa biographie décrit ensuite les activités plus récentes du NCTE : de nombreuses interventions dans les médias, et bien sûr l’Enquête Transgenre É.-U., devenue le socle de toutes les mesures politiques concernant les transgenres à travers le monde.

Attardons-nous un peu sur ce Centre national pour l’égalité transgenre. Sa déclaration de revenus nous apprend qu’il a reçu un total de 1 066 962$ en contributions et subventions pour l’année 2016, et une somme similaire pour l’année fiscale 2015. De cette somme, 897 000$ ont été consacrés aux salaires et 335 000$ aux « autres dépenses », laissant donc à l’organisation $175 000 de dettes. Son énoncé de mission remis au Département des impôts déclarait :

LE CENTRE NATIONAL POUR L’ÉGALITÉ TRANSGENRE EST UNE ORGANISATION NATIONALE DE JUSTICE SOCIALE MENANT UN COMBAT CONTRE LA DISCRIMINATION ET LA VIOLENCE FAITES AUX PERSONNES TRANSGENRES, PAR LE BIAIS DE L’ÉDUCATION ET DE LA SENSIBILISATION SUR LES QUESTIONS NATIONALES D’IMPORTANCE POUR LES PERSONNES TRANSGENRES. [sic]

Dans cette même lettre, l’Enquête Transgenre É.-U. est ainsi décrite :

L’ENQUÊTE TRANSGENRE É.-U. EST LE NOUVEAU NOM DONNÉ À L’ÉTUDE LA PLUS IMPORTANTE JAMAIS CONSACRÉE AUX EXPÉRIENCES ET AU VÉCU DES PERSONNES TRANSGENRES. L’ENQUÊTE EST UN SONDAGE OUVERT À TOUTES LES IDENTITÉS TRANSGENRES, Y COMPRIS : TRANSGENRE, GENDERQUEER, ET PERSONNES NON-BINAIRES, ET SERA BASÉE SUR L’ÉCHANTILLON DE POPULATION LE PLUS LARGE ET LE PLUS VARIÉ À CE JOUR. L’ENQUÊTE EST UNE ÉTUDE APPARTENANT À NOTRE COMMUNAUTÉ : SES DONNÉES ET SES RÉSULTATS SERONT DISPONIBLES AUX REPRÉSENTANTS, AUX ORGANISATIONS ET AUX CHERCHEURS DE LA COMMUNAUTÉ POUR LES ANNÉES À VENIR. [sic]

Leur déclaration d’impôt nous apprend combien cette étude a coûté : 318 154$. Elle nous apprend également que les salaires des deux directeurs administratifs représentent plus du tiers des fonds du NCTE. Ces salaires, ceux de Keisling et de Lisa Motett, atteignent les six chiffres. Aucun donateur n’est listé sur leurs déclarations de revenus depuis 2014, mais l’organisation déclare avoir perçu 711 000$ de la part de « fondations » pour l’année financière 2015. Pourquoi dissimuler les noms de donateurs censés subventionner une cause de droits de la personne ?

Les réponses à mes questions concernant l’origine de ces dons commencent à se dessiner lorsque je me penche sur cette fameuse étude du NCTE, l’Enquête nationale sur les discriminations transgenres (NTDS), qui est disponible au téléchargement sur leur site internet. Le don le plus important provient d’un « donateur anonyme », mais le reste est une ribambelle de noms familiers : la fondation Arcus, la fondation Gill, la Human Rights Campaign et la fondation Tides, entre autres. Cette enquête est devenue l’étude la plus citée au monde sur les questions transgenres. Elle est régurgitée par des militants professionnels à l’attention des politiciens, constitue le fondement de leurs politiques sociales et de santé, voit ses statistiques relayées dans d’innombrables débats sur Twitter et est considérée sacrosainte par la communauté trans.

Pourtant cette étude, malgré son coût à six chiffres, comporte de nombreuses failles méthodologiques. L’échantillonnage aurait dû être aléatoire ; au lieu de cela, l’échantillon de sondage s’est fait par autosélection. Curieusement, la première question du sondage, qui a eu lieu sur internet, était « Avez-vous déjà répondu à ce sondage auparavant ? » L’internaute était ensuite averti que répondre plusieurs fois au sondage n’augmenterait pas ses chances de gagner un prix offert aux répondants (voici une capture d’écran de cet avertissement.) C’était reconnaître qu’une même personne pouvait remplir cette enquête autant de fois qu’elle le souhaitait. L’étude était également censée fournir des statistiques sur la communauté transgenre étasunienne, mais la page internet du sondage n’était limitée par aucune restriction de pays. Le résultat n’était donc pas un ensemble de données crédible. Cette étude ne passerait même pas la barre d’un examen de statistiques de première année de fac. Le NCTE a affirmé avoir « filtré les données », mais je ne vois pas comment l’on aurait pu épurer un ensemble de données aussi inadéquat. Ce sondage pourrait à la rigueur indiquer quels sont les points à fouiller lors de futures recherches ; au lieu de cela, il est utilisé comme une Bible et une raison suffisante de modifier les législations en vigueur. Ses défauts méthodologiques remettent en question toutes les statistiques que prétend apporter l’étude. D’autres critiques ont souligné que la formulation des questions tendait à orienter les répondants vers des réponses particulières.

Le problème se pose parce que cette étude, incroyablement déficiente, est aujourd’hui utilisée pour l’élaboration de politiques gouvernementales et est continuellement utilisée comme référence par de nombreuses organisations. Elle est très fréquemment citée par toute une litanie de lobbies transgenres, dont la Human Rights Campaign, le Transgender Law Center, la National LGBTQ Task Force, mais aussi par le Parti démocrate américain. Tous ces groupes utilisent les statistiques élaborées à partir du sondage comme preuve fondamentale de la prétention que les personnes transgenres constituent la minorité la plus opprimée des États-Unis. Un certain nombre de corporations et de fondations philanthropiques annoncent fièrement avoir commandité cette enquête et en citent les « résultats », malgré ses nombreuses lacunes. Enfin, des groupes créés et financés par ces organisations l’utilisent à des fins de lobbying et de propagande électorale – pour atteindre certains objectifs.

Pourtant, si cette étude est à ce point lacunaire, pourquoi ne pas chercher d’autres statistiques mieux fondées ? Et pourquoi utiliser de fausses statistiques pour promouvoir une cause ? Notez qu’il ne s’agit pas de l’unique exemple de statistiques biaisées concernant les transgenres. D’autres statistiques inexactes sont communément citées. Par exemple, il est fréquent de lire que les transfemmes risquent plus de se faire agresser dans une prison pour hommes. Cette allégation est basée sur une étude californienne qui s’est contentée d’un échantillon de commodité de transfemmes incarcérées en Californie, pour le comparer ensuite à un échantillon réel de la population générale des prisons, ce qui est pour le moins aberrant d’un point de vue statistique.

Mais le CNTE, responsable de cette étude, n’est pas le seul groupe à être – ou à être devenu – un exemple d’astroturf. Le National Center for Lesbian Rights (NCLR) [Centre national pour les droits des lesbiennes] était en 2016 l’un des principaux bénéficiaires de dons philanthropiques, ayant reçu un total de 2,6 millions $. Sur son site internet figure en bonne place de sa directrice juridique, Shannon Minter, qui s’identifie à présent comme transhomme, ainsi qu’un engagement solennel envers les membres transgenres des forces armées étasuniennes. Mais je n’ai rien trouvé de spécifiquement lesbien sur le site de cette organisation en dehors de son nom. J’ai même procédé à une recherche électronique du mot « lesbienne », et n’ai trouvé en tout et pour tout qu’une seule occurrence de ce mot à l’exception du nom de l’organisme. D’après sa déclaration de revenus de 2016, cette organisation a touché 4,6 millions $ de subventions, et en a affecté la majeure partie aux salaires de son effectif. L’annexe B du formulaire IRS 990 n’est pas incluse dans l’exemplaire disponible : le NCLR ne fournit pas non plus l’identité de ses donateurs. Dans la mesure où ce soi-disant « Centre national pour les droits des lesbiennes » ne mentionne le mot lesbienne qu’une seule fois sur sa page d’accueil, et pas une seule fois dans ses sous-sections, mais consacre trois sections différentes à des affaires juridiques concernant les transgenres, les mots de « détournement » et de « suppression des lesbiennes » semblent s’imposer. Mais c’est peut-être là un excès de suspicion de ma part ?

Ou peut-être pas. Lorsque le NCLR a organisé le premier boycottage de son histoire, il a choisi pour cible le Michigan Womyn’s Music Festival (ou Michfest), un festival de musique qui était destiné aux femmes et non aux transfemmes. Critiqué par de nombreuses voix lesbiennes, le NCLR a fini par reculer dans cette affaire. Mais le Michfest a succombé aux pressions et aux attaques sans relâche, et ce festival n’existe plus aujourd’hui.

Le NCLR n’est pas la seule organisation nationale gay et lesbienne à avoir apparemment oublié la place des gays et lesbiennes. GLAAD – une association qui a été critiquée pour ne pas compter dans son équipe de personnes nées et socialisées de sexe féminin – a décidé que son nom ne serait plus l’acronyme de « Gay and Lesbian Alliance Against Defamation » [Alliance des gays et lesbiennes contre la diffamation]. À présent, elle s’appelle simplement GLAAD, un acronyme vidé de son sens, ce qui semble être un choix malheureux, mais fait au nom d’une « plus grande inclusivité ». Le rapport annuel d’activité de GLAAD s’ouvre sur une photo de son président, Sarah Kate Ellis, regardant fixement l’objectif avec la bouille d’un tueur en série qu’on aurait affublé d’une perruque blonde (c’est vraiment une très mauvaise photo). GLAAD liste ensuite les fondations dont elle a reçu des dons, entre autres la fondation Tawani, la fondation Arcus, et tout un faisceau d’entreprises de la Silicon Valley telles que Google, Salesforce et Comcast. Ce sont à peu près tous les mêmes groupes qui financent toutes les associations LGBTQI+ existantes – comme nos exemples d’astroturf que sont le GATE et le NCTE. Nous sommes bien loin des militantes contre le sida des années 80 qui raclaient les fonds de tiroir pour trouver quelques pièces à donner à la collecte de leur troisième enterrement de la semaine. Pour sa part, la National Gay and Lesbian Task Force est maintenant devenue la National LGBTQ Task Force. Ce nouveau groupe de travail a été critiqué par des commentatrices lesbiennes pour son indifférence aux problématiques propres aux homosexuelles : tout comme le NCLR, ce groupe a la réputation d’organiser des congrès quasiment dépourvus d’éléments dédiés aux lesbiennes.

J’ai décidé de vérifier cela en examinant leur programme de conférences du congrès 2018 Creating Change. Sur plusieurs centaines de conférences, activités et événements organisés au cours de ce congrès, il n’en a eu au total que quatre qui semblaient avoir trait aux lesbiennes. Le premier concerne l’âge, le second, « femmes, studs et stems » (termes utilisés par la communauté lesbienne noire), le troisième est un caucus lesbien, et le dernier, et ceci est une citation directe, « Sexversations, politiques de la chatte et culture top / bottom / switch ». Ce congrès offre quatre ateliers destinés aux lesbiennes (qui n’ont peut-être que quatre problématiques majeures, l’une d’elles étant la politique de la chatte ?), mais vingt événements sur le thème de la « liberté sexuelle », comprenant un cours débutant et un cours avancé de « Polyamour – non-monogamie », une session « sexe-positive » sur « la sexualité trans », une session « Perversion 101 : Quelques visuels », et une autre intitulée « Un lieu pour les communautés polyamour – non-monogames du mouvement LGBTIQA » (qui, d’après sa description, accueille favorablement les hétérosexuels polygames). Il y a eu également neuf conférences sur le seul sujet de « Justice pour les transgenres », sept pour les bisexuels, et onze sur le thème « Prendre soin de soi » (l’une d’elles offrant des conseils sur comment composer avec la présidence de Donald Trump). Un autre atelier avait pour titre « Être militant et introverti ».

Le Groupe de Travail LGBTQ ne révèle pas non plus l’identité de ses donateurs sur sa déclaration de revenus, mais son bilan annuel m’apprend qu’il a reçu des dons de plusieurs centaines de milliers de dollars de la part la fondation Arcus, la fondation Ford, le Fonds Evelyn et Walter Hass Jr., les fondations Horizons et Marguerite Casey, la Fondation NoVo, et deux autres fondations anonymes, dont le Groupe nous informe qu’elles ont offert « plus de $100 000 » – il nous reste à imaginer combien. Le bilan annuel comprend également une page de remerciement aux sociétés partenaires du Groupe, dont la société de boissons alcoolisées Bacardi, la société pharmaceutique Gilead Sciences (qui produit Truvada, le médicament de prévention du VIH), et une tripotée de banques et chaînes de télévision payantes et de fournisseurs, sans oublier les hôtels Hilton. Il est clair que des bienfaiteurs aussi puissants peuvent influencer la ligne d’action du Groupe de Travail, alors pourquoi celui-ci ne fournit-il pas leurs noms ? Si ce Groupe de Travail prétend représenter une communauté, il doit être honnête avec cette communauté.

Mais cette organisation n’est pas la seule à avoir changé de nom et d’orientation du jour au lendemain. La Gay-Straight Alliance est devenue la « Gender and Sexuality Alliance ». Par souci d’inclusivité… Même le Service municipal de police de la ville de Washington, bastion bien connu du libéralisme, a changé son « Unité de liaison gay et lesbienne » pour en faire une « Unité de liaison gay, lesbienne, bisexuelle et transgenre ». Tout le monde devient plus inclusif. Mais de qui ? Quel étrange gigantisme s’est emparé des lobbies gays et lesbiens ?

Les lesbiennes semblent avoir reçu la courte paille dans cette galère LGBT. On voit aujourd’hui des lesbiennes publier des ouvrages comme The Disappearing L (La disparition du L) pour soulever le problème de la suppression des lesbiennes et de leurs problématiques au sein de la communauté LGBT, par exemple la restriction à quatre ateliers des sessions concernant les lesbiennes dans un congrès de plusieurs jours organisé par l’une des grandes organisations LGBT. Ce phénomène n’est pas exceptionnel : il acquiert un caractère épidémique au sein des organisations LGBT et des Marches des Fiertés. Elle a été dénoncée dans plusieurs pays lors de manifestations organisées par des lesbiennes, par exemple à Londres en 2018. Les critiques transgenres et « queer » ont répondu à ces accusations d’exclusion des lesbiennes par des insultes, notamment le fameux acronyme TERF, pour « Trans Exclusionary Radical Feminist ». Un commentateur a dénoncé comme suit, dans la publication The TransAdvocate, ces tentatives de discussion de la suppression des voix lesbiennes :

Tout cela, bien sûr, ne trahit qu’une chose : leur haine. Leur haine envers les transfemmes, leur haine envers les travailleuses du sexe, leur haine envers les féministes du tiers-monde, leur haine envers les féministes sexe-positives et sexe-radicales. Nous leur avons volé la vedette, et elles en sont très, très aigries.

Je pourrais citer de nombreux autres exemples de lesbiennes qualifiées de « transphobes » pour avoir exprimé leurs préoccupations. Beaucoup d’hommes gays commencent eux aussi à se sentir exclus de la communauté LGBT, un sentiment attisé par tous ces changements de noms d’organisations initialement créées par et pour les gays et les lesbiennes. Des transactivistes ont récemment proposé de transformer le classique drapeau arc-en-ciel : dans leur proposition, un triangle marron et noir et les couleurs du drapeau trans se superposeraient à l’arc-en-ciel classique. Cela évoque une force armée établissant un avant-poste pour une invasion.

MENSONGES ET STATISTIQUES

 

L’argent continue de couler à flots pour la cause transgenre : un article de Inside Philanthropy décrit en termes élogieux une initiative du Funders for LGBTQ Issues (FFLI) : cet organisme a créé une filiale, Grantmakers United for Trans Communities (GUTC) [Union des Bailleurs de Fonds des Communautés Trans]. L’objectif du GUTC en est un de « capacity building », c’est-à-dire ad’ugmenter les financements disponibles au profit des personnes transgenres. L’article contredit d’ailleurs les conclusions établies par le FFLI dans ses propres études, lorsqu’il affirme que les fonds dédiés aux transgenres ne sont qu’un « faible pourcentage » du total des fonds disponibles, alors que le FFLI avait établi que les transgenres disposaient de fonds supérieurs à ceux des gays, lesbiennes et bisexuels réunis, et ce tous les ans depuis 2014.

Outre le GUTC, un nouveau fonds de dotation de 20 millions de dollars, spécifiquement dédié aux problématiques transgenres, a été annoncé en 2015 par la fondation Arcus. Un article enthousiaste de Dominic Holden, publié sur Buzzfeed à ce sujet, précisait que 15 millions seraient donnés par la fondation Arcus, 1 million par la fondation NoVo censée contribuer aux droits « des femmes et des filles » dans le monde, tandis que les 4 millions restants seraient fournis par « une coalition d’autres fondations ». Un représentant d’Arcus, Jason McGill, vice-président du programme de justice sociale de la fondation, nous apprend que « les leaders transgenres et leur mouvement ont été jusqu’à présent dramatiquement sous-financés. » Cela malgré des preuves indéniables du contraire, comparativement aux autres groupes du mouvement LGBT.

Cet article a mis un soin étrange à sa sélection de statistiques. Alors que les bilans du FFLI pour les années 2015 et 2016, publiées et disponibles au grand public, révèlent une augmentation exponentielle des financements pour les transgenres, Buzzfeed a choisi de ne citer que les bilans de 2011, 2012 et 2013. La sélection des statistiques commodes est une pratique courante dans le lobbying transgenre. L’article nous informe que les personnes transgenres « ont été utilisées comme bouc émissaire » par les « conservateurs » qui s’opposent « aux lois anti-discrimination LGBT », en faisant appel au croquemitaine des « hommes dans les toilettes pour femmes ». Il nous apprend également que ces attaques ont lieu alors que « le taux d’homicide des transfemmes aux États-Unis a doublé au cours des 12 derniers mois. »

Doublé ? Mais quel chiffre a doublé ? J’ai décidé de vérifier, et GLAAD (cet acronyme vidé de son sens) m’a fourni les réponses. Combien y a-t-il eu d’homicides de personnes transgenres aux États-Unis en 2016 ? Je suis sûre que vous redoutez un chiffre démesuré, monstrueux, qui vous fera sans doute abandonner la lecture de cet article calomniateur pour aller le critiquer sur Twitter. Voici le chiffre :

27.

Ce n’est pas une faute de frappe. Le chiffre est 27. Ceci en regard d’un nombre total de 17 250 meurtres commis aux États-Unis en 2016 ? 17 250, et cette violence affecte surtout les hommes et les Noirs. Ces 27 meurtres constituent 0,15% des meurtres commis aux États-Unis. Pour mieux vous représenter la chose – une étude du Williams Institute (spécialisé dans les enjeux transgenres) a déterminé que les transgenres représentaient environ 0,6% de la population étasunienne. La population des États-Unis est estimée à 325 millions de personnes au moment où j’écris cet article, ce qui signifie qu’il existerait environ 1,95 million de personnes transgenres aux États-Unis.

27 meurtres sur une population de 1,95 million représentent un pourcentage de 0.0013%. C’est-à-dire 1,3 individu sur 100 000. C’est trois fois moins que le taux de meurtre pour les femmes étasuniennes, et quatre fois moins que celui des hommes. Même en limitant la population transgenre à, disons, 0,1% de la population étasunienne soit 325 000 personnes) plutôt que 0,6%, cela revient à un taux d’homicides de 8,3 pour 100 000. En comparaison, le taux d’homicide à Chicago est de 16,02 pour 100 000. Et pour citer des chiffres bruts, 11 535 hommes et 3 292 femmes ont été victimes de meurtre aux États-Unis en 2016. C’est dire que 27 est un chiffre minuscule. Il est loin de représenter une épidémie d’homicides – à vrai dire, ce taux d’homicides plus bas que celui observé au Canada. Il ne semble donc pas y avoir d’« épidémie de violence transphobe » justifiant une telle campagne humanitaire. En termes de meurtres, les transgenres sont mieux lotis qu’à peu près tout autre groupe. La Human Rights Campaign estime le nombre de personnes transgenres aux États-Unis à 750 000 (moitié moins que l’estimation de 0,6% du Williams Institute), ce qui correspond à un taux d’homicide de 2,7 sur 100 000. Ce n’est pas un taux d’homicide élevé ; il est littéralement inférieur à ceux de toutes les autres catégories démographiques aux É.-U..

J’ai relevé d’autres exemples de statistiques déficientes. Le même article nous informe que « à l’échelle mondiale, 1 700 meurtres de personnes transgenres ont été enregistrés, selon les données d’Arcus, au cours des sept dernières années. »

Sans les caractères gras, vos yeux sont immédiatement attirés par le chiffre 1 700 et prêtent moins d’attention à celui de « sept ans ». C’est pourquoi je l’ai mis en gras. Si nous prenons l’estimation la plus généreuse de la population transgenre – ce 0,6% – et que nous l’appliquons à une population mondiale de 7 milliards, nous obtenons 42 millions de personnes trans. Et 1 700 meurtres répartis sur 7 ans nous donnent un total de 242 meurtres par an. 242 meurtres sur 42 millions nous donnent un taux d’homicide de 0.003 à l’échelle mondiale, par année. Ce n’est vraiment pas une hécatombe. À vrai dire, c’est à nouveau un taux global de meurtres inférieur à celui de n’importe quelle autre catégorie démographique sur terre. Le taux d’homicide des clowns monocyclistes est probablement plus élevé. Combler les vœux du hashtag #StopTransMurders reviendrait à réduire à zéro le taux d’homicide de tout un groupe d’individus, ce qu’aucun pays n’a jamais réussi à accomplir.

Peut-être trouvez-vous que le chiffre de 42 millions est une estimation trop élevée du nombre de personnes transgenres dans le monde. Soit, abaissons ce chiffre arbitrairement à 5 millions. 242 meurtres par an pour un groupe de 5 millions de personnes équivalent à un taux d’homicides de 4,84 – similaire au taux d’homicides moyen de la population américaine dans son ensemble, qui s’élève à 4.7. Et ce taux est obtenu en utilisant le chiffre de 5 millions, sorti de nulle part et 8 fois inférieur aux estimations officielles.

Tous ces chiffres nous mènent à la même conclusion – il n’existe aucune épidémie d’homicides de personnes transgenres – et les organisations philanthropiques ainsi que les groupes qu’elles créent pour financer la cause transgenre doivent réaliser, comme les médias sympathiques à cette cause, de véritables tours de passe-passe statistiques pour rendre cette allégation un tant soit peu crédible. En comparaison, le taux d’homicide le plus élevé au monde se trouve au Honduras : 90.4 meurtres sur 100 000 en 2017. Voilà une véritable épidémie de violence. Ajoutons que les 27 personnes transgenres assassinées aux États-Unis en 2016 étaient en grande majorité prostituées et Noires. On ne compte aucun homme devenu femme de race blanche et quinquagénaire parmi les victimes (même si certains membres de ce groupe figurent parmi les assassins). Pourtant c’est ce groupe-là qui se lamente et a lancé le hashtag #StopTransMurders ; ce sont eux que l’on trouve à la tête des organisations de transactivistes. Et ni le lobby transgenre ni celui des « travailleuses du sexe » ne semble s’intéresser au sort de ces prostituées vulnérables, à part quand il s’agit d’utiliser leurs noms et leur taux d’homicide à des fins politiques.

Si vous vous demandez ce qui en est des hommes gays et des lesbiennes, plutôt que d’une épidémie inexistante de violence anti-trans sur laquelle on ne cesse de nous alerter, les statistiques du FBI nous apprennent, dans leur plus récent bilan de crimes motivés par la haine aux États-Unis, que 16,7% de ces crimes étaient motivés par l’orientation sexuelle de la victime. Seul 1,7% du groupe avait pour motivation l’identité de genre de la victime. Sur les 1 255 victimes ciblées pour leur orientation sexuelle, 62,7% étaient des hommes gays, 21,6% étaient LGBT (sans plus de précision), et 11,7% étaient des lesbiennes. Sur les 131 victimes ciblées pour leur « identité de genre », 20 avaient simplement dévié des stéréotypes de genre. Parmi ces crimes motivés par la haine (« crime » au sens légal, c’est-à-dire pas nécessairement violent), les hommes gays sont surreprésentés. Contrairement à la prétendue épidémie de meurtres transphobes, cette épidémie de violence homophobe est réelle.

Mais ce n’est pas ce dont des médias sensationnalistes comme Buzzfeed vous parlent…

Cet article est loin d’être le seul sur Buzzfeed à traiter d’une « épidémie d’homicides transphobes ». Le même Dominic Holden a signé un reportage intitulé Pourquoi les transfemmes noires sont-elles assassinées à Detroit, où l’on remarque le même tour de passe-passe : annoncer que le taux d’homicides a « doublé », sans préciser les chiffres en question. J’ai vérifié sa source et découvert que ce taux annuel de meurtres était simplement passé de 12 à 24. Ce chiffre, fourni par la National Coalition of Anti-Violence Programs, est encore moins élevé que celui fourni par GLAAD ! Et le problème n’est pas confiné à Buzzfeed. Les médias LGBT, les médias de gauche… la liste est longue – une rapide recherche Internet mène à de très nombreuses répétitions du cliché du « taux élevé de meurtres de trans ». J’ai trouvé, en cherchant la chaîne « trans murder epidemic » sur Google, 535 000 occurrences allant du portail Wikipédia à la Human Rights Campaign en passant par un article intitulé « Épidémie de meurtres de transgenres aux États-Unis : pourquoi les autorités ne font-elles rien ? », sur le site britannique Blasting News. Cette assertion figure même en première page du bilan annuel 2016 de la National LGBTQ Task Force, qui met l’accent sur sa campagne #StopTransMurders. Pourtant, aucun chiffre, aucune statistique, ne révèle de telle « épidémie ». Les chiffres révèlent même le contraire : les personnes trans, en tant que groupe, ont le taux d’homicide le plus enviable au monde. Ces allégations de « violence endémique » sont facilement discréditées en utilisant les statistiques publiées par les mêmes groupes LGBTQI+ lorsqu’ils sonnent l’alerte. Le taux de meurtres de trans est un exemple de désinformation digne des chaînes d’emails des années 90 qui promettaient de vous révéler « la vérité sur Bill Clinton et l’affaire Wildwater ». Ce sont, littéralement, des fake news. Pourquoi les avoir créées et propagées ? Pourquoi effrayer de surcroît une faible minorité de gens et utiliser cette rumeur pour occulter la véritable violence faite aux hommes gays et aux lesbiennes ?

D’où vient l’argent, qui génère et permet la diffusion de tous ces articles de désinformation ?

UN MONDE DE RICHES

En faisant le tour des organisations, j’ai souligné qui sont les principaux bailleurs de fonds du mouvement transgenriste. Ce sont de grandes fondations philanthropiques. Ce sont souvent elles qui appuient les lobbies politiques, mais il peut être difficile d’identifier les donateurs lorsqu’ils ne sont pas listés sur les déclarations d’impôts disponibles au public ou dans les rapports d’activité annuels. Il est parfois possible de trouver quelques noms applaudis dans les communiqués de presse du mouvement. Je me suis efforcée d’être aussi exacte que possible malgré ces obstacles. Un autre problème est qu’une grande partie de ces dons transite par la fondation Tides, qui a été accusée de pratiquer le « blanchiment d’argent caritatif ».

En pratique, la fondation Tides reçoit des fonds de la part de corporations, d’individus riches ou de fondations philanthropiques, puis redistribue cet argent à des groupes ou des individus, mais en son propre nom. Cela rend donc les donateurs originaux anonymes. Un don attribué à la « fondation Tides » sur un reçu libellé à des fins d’impôt pourrait avoir être fait par des extraterrestres de la planète Epsilon Bêta – pas moyen d’en connaître l’origine. Il devrait être pour le moins préoccupant de ne pas pouvoir retracer l’origine de l’argent reçu par un organisme soi-disant communautaire. Cela étant dit, parlons un peu des noms que l’on peut retracer.

Un nom qui revient très fréquemment est celui de la Colonelle Jennifer Natalya Pritzker, un trans s’identifiant comme « lesbienne » qui a effectué sa transition en août 2013. Héritier de la fortune des hôtels Hyatt, Pritzker finance, par le biais de sa fondation Tawani, des causes transgenres et des mouvements d’extrême-droite. Il a notamment fait don de millions de dollars au Gender And Sex Development Program, une clinique destinée aux jeunes transgenres fondée à Chicago en 2013 – l’argent de Pritzker a permis de lancer le programme. Le Gender And Sex Development Program est dirigé par un certain Robert Garofalo, que je mentionnerai à nouveau plus loin. Pritzker finance également la World Professional Association for Transgender Health, ou WPATH [Association Mondiale des Professionnels de la Santé Transgenre], ainsi que GLAAD et d’autres grandes organisations LGBTQI+. Mais en dehors de ses dons aux associations transgenres, Pritzker est politiquement très à droite. La profession qu’il indique dans ses déclarations d’impôts alterne entre « Retraité » et « Tawani Entreprises Inc. », et ses dons au Parti républicain et à ses candidats en 2016 ont avoisiné les centaines de milliers, voire les millions de dollars. Il a également offert des contributions financières aux partis républicains de différents États et au Comité National Pour Elire Ben Carson Président [NdT : Ben Carson était un candidat d’extrême-droite à la présidentielle de 2016 ; il ne croit pas à l’évolution ni au réchauffement climatique, a qualifié Obama de psychopathe et émis l’opinion que la Shoah n’aurait pas eu lieu si tous les citoyens allemands avaient disposé de fusils pour se défendre.] Par souci d’égalité, Pritzker a fait de petits dons à la démocrate Tammy Duckworth. Je mentionnerai aussi les dons de Pritzker à des SuperPACs tels que l’American Future Fund, également subventionné par les frères Koch et par Bruce Rassetter (qui dirige le lobby Pharmaceutical Research and Manufacturers of America). [NdT : Un SuperPAC est une organisation permettant de récolter et de dépenser un montant illimité de fonds pour soutenir un candidat, contournant ainsi la loi étasunienne qui limite les dons électoraux à 2 500 dollars par candidat.] Enfin, Pritzker a fait don de 33 900 dollars au National Republican Committee en avril 2018. Tandis que les organisations que Pritzker finance (comme GLAAD ou la LGTQ Task Force) organisent des réunions de travail pour aider des gens à composer avec la présidence de Trump, Pritzker finance la campagne de réélection de Trump.

Par ailleurs, Pritzker a été critiqué par d’autres transactivistes, comme l’universitaire Dean Spade, pour avoir fait la promotion – par des techniques d’astroturf – de l’enjeu des transgenres dans l’armée étasunienne. (J’ai d’ailleurs noté que beaucoup d’organisations sur lesquelles j’ai enquêté réservaient une bonne place à cette question sur leurs sites internet.)

Par ailleurs, l’Open Society Foundations (OSF) est la fondation philanthropique la plus riche au monde. Présidée et financée par George Soros, grand maestro des fonds d’investissement, elle a souvent été l’objet de théories du complot du fait de son poids politique. Il se peut qu’il y ait une part de vérité dans certaines de ces théories. Soros est extrêmement actif politiquement, à travers sa fondation, mais également par ses dons, souvent de l’ordre de millions de dollars, à divers groupes politiques, la plupart à tendance de gauche. Lorsque Fancy Bear, un groupe de hackers associé aux services de renseignement russes, a dérobé des documents d’OSF, il a été révélé que Soros avait adressé des courriels personnels à Hillary Clinton en 2016 pour lui donner des conseils quant à sa campagne présidentielle. OSF a déboursé plus de 11 milliards de dollars depuis 1993 et possède le plus gros fonds de dotation au monde. Soros lui-même est un personnage controversé pour avoir dévalué la livre sterling en 1992 – et il a fait d’autres paris sur le marché des devises, par exemple avec le baht thaïlandais en 1997. La fondation Open Society est en principe décentralisée, et ses comités de direction sont censément autonomes. Mais on ne peut ignorer le fait que toutes les activités d’OSF sont financées par un seul homme. On aura beau me dire que la compagnie Ford est décentralisée et que ses diverses filiales sont autonomes – elle reste dirigée par le même conseil d’administration, avec le même objectif : vendre des voitures Ford. Et l’Open Society a beau affirmer qu’elle n’est pas aussi hiérarchisée que d’autres organismes de financement – elle l’est. Comme nous l’avons déjà vu, elle finance et commandite des organisations, un schéma connu. Mais son activité militante n’est pas limitée aux divers tentacules de ses groupes d’astroturf. Un tour rapide du site internet d’OSF nous renseigne sur ses convictions : l’une des priorités semble être de remplacer le sexe par le genre sur les documents officiels et de faire adopter des lois « d’auto-identification sexuelle ». OSF fait pression dans cette direction par le biais d’un projet intitulé License To Be Yourself ( Permis d’Être Soi-Même). Voici comment on nous décrit cet enjeu brûlant :

Pour une personne trans, posséder un passeport, permis de conduire ou carte d’identité qui ne reflète pas son identité sexuelle peut être un véritable barrage à certains aspects cruciaux de la vie quotidienne : l’accès à l’éducation, aux soins médicaux, au logement, ou même l’ouverture d’un compte en banque. Cela peut également la priver de l’exercice de ses libertés civiles de base, comme le droit de vote ou la liberté de mouvement.

Il est impossible pour une grande majorité des personnes trans à travers le monde d’obtenir des documents officiels attestant le nom et le sexe qui correspondent à leur identité sexuelle. Dans les quelques pays où cela est possible, les personnes trans doivent souvent faire face à des lois ou des règlementations très contraignantes de changement de nom et de sexe qui violent leurs droits humains fondamentaux. Ces contraintes peuvent impliquer par exemple l’exclusion des personnes trans mariées ou ayant des enfants ou requérir un diagnostic ou des procédures médicales obligatoires, qui peuvent entraîner leur stérilisation.

Le projet Permis d’Être Soi-Même documente partout dans le monde les lois et les politiques les plus progressistes qui, à l’heure actuelle, permettent aux personnes trans de modifier leur identité sexuelle sur leurs documents officiels. On y trouve les stratégies les plus efficaces jusqu’ici employées par les militants dans divers contextes mondiaux et juridiques. Nous disposons d’études de cas provenant d’Argentine, d’Australie, de Hong Kong, du Kenya, de l’Ukraine et des États-Unis.

La démarche d’autodéclaration du sexe a été critiquée par des féministes, mais aussi par des personnes transgenres, car il ôte toute pertinence ou signification à la mention du sexe d’une personne sur le plan juridique. L’objectif d’OSF est de faire en sorte que tout individu puisse obtenir des papiers officiels le déclarant du sexe opposé, sans aucun traitement médical ni critère autre que l’autodclaration en tant que « personne trans ». C’est manifestement absurde.

Le problème avec OSF est que son fondateur a un programme politique précis, une vision que sa Fondation se doit de mettre en œuvre, pour le meilleur ou pour le pire. Par exemple, des militants antidrogue ont remarqué la tendance de Soros à investir de fortes sommes d’argent dans des groupes d’astroturf pour promouvoir ses projets politiques : un article publié dans le LA Times a décrit la façon dont plusieurs milliardaires, dont Soros, ont financé la campagne pour la légalisation de la marijuana, lors du débat de 2016 autour de la proposition 64 en Californie. Les Californiens opposés à cette proposition se sont plaints de n’avoir eu aucune chance de rivaliser avec la puissance de feu de ces groupes d’astroturf, qui n’ont d’organisation que le nom et se résument souvent à une déclaration électorale et un site vitrine sur internet. L’argent provient de milliardaires et de grandes organisations fédérales, capables de dépenser dix fois plus que leurs adversaires locaux. Ce scénario commence-t-il à vous sembler familier ?

Un autre nom à ajouter à la liste est celui de Jon Stryker. Héritier de l’entreprise de matériel médical Stryker Corp, cet homme gay est le fondateur et président de la fondation Arcus, qui a fourni des millions de dollars à la cause transgenre au cours des quelques dernières années. On retrouve sa trace partout : GATE, le NCTE, le Transgender Law Center, toutes ces organisations qui militent à l’unisson pour les mêmes politiques pro-trans. La fondation Arcus a déjà été confrontée à des plaintes de la part d’organisations catholiques, l’accusant d’utiliser ses subventions à la Religion Newswriters Foundation pour orienter à sa guise les nouvelles et contenus produits par les groupes qu’elle commandite. Elle crée et gère également des centres de formation de « leaders d’opinion » capables de propager la ligne d’action et de recherche approuvée par Arcus.

Les philanthropes et organisations philanthropiques ont une longue tradition d’intervention sociale. À l’époque des grands capitaines d’industrie tels que Rockefeller ou Carnegie, elles avaient pour objectif d’utiliser leurs fonds immenses pour déterminer comment résoudre des problèmes sociaux en orientant des recherches visant à aboutir aux solutions désirées. Il ne semble pas venir à l’esprit des philanthropes que beaucoup de ces problèmes sociaux sont causés par leur capacité d’amasser autant d’argent, et ils continuent, imperturbables, à mettre en œuvre leur vision du monde, non par charisme personnel, processus démocratiques, ou en tâchant de gagner l’appui du public, mais en injectant de l’argent à leur gré. Et aux États-Unis, ces fondations sont exemptes d’impôt.

En deux mots, le philanthrope moderne ne cherche pas comment résoudre un problème : il a déjà une solution en tête et subventionne des études pour ratifier son idée, pas pour en formuler de meilleures. Cette stratégie ressemble à celle d’un capitaine d’équipe sportive qui aurait décidé de marquer un but dans les dernières minutes de la partie et qui répéterait constamment la même tactique indépendamment de la défense adverse. Ces subventions peuvent aller à des ONG préexistantes, ou à des organisations créées de toutes pièces pour avoir l’apparence d’un lobby populaire – c’est ce qu’on appelle l’astroturf. C’est le comportement de nos amis de NCTE, NCLR ou GATE, qui produisent des statistiques et des études qui semblent faites sur mesure pour tirer une conclusion prédéfinie. Ces organisations étant créées ou subventionnées dans un but bien précis, le pouvoir est entièrement entre les mains de leur commanditaire philanthrope, qui attend un retour sur son investissement. Avec leur influence et leurs fonds quasi illimités, il leur est facile d’asphyxier toute organisation réellement populaire. Et comme leurs recherches occupent la place publique, elle prédomine jusqu’à devenir un véritable dogme auprès des gens mal informés. Dans le cas du mouvement transgenre, ce phénomène ne prend pas seulement la forme de dons à des ONG ; il s’agit également d’argent versé à des hôpitaux et universités, qui produisent ensuite des études scientifiques d’une validité douteuse compte tenu des biais inévitables dans ce genre de situations.

Cette dérive n’est pas limitée au mouvement transgenre. L’un des exemples les plus célèbres de cette combinaison de philanthropie, d’astroturf et d’un programme social prédéfini est celui des écoles à chartes américaines. Une longue liste de fondations créées par des familles très riches – parmi lesquelles la Fondation Bill et Melinda Gates, ou celle des Walton – a pris en main la totalité de l’enseignement public américain. Selon leur théorie, le domaine de l’éducation serait plus efficace s’il était soumis aux besoins du marché. Ces expériences de nature philanthropique prennent souvent pour cobayes les groupes minoritaires – les populations démunies, les minorités raciales, et surtout les minorités raciales démunies. (Après tout, si ces expériences sont un échec, cela n’affectera pas les enfants des philanthropes, mais des personnes de moindre importance.) Elles prennent pour cible les organisations en manque de ressources, et bénéficient d’un rapport de forces tout à fait inégal, car les zones scolaires en déficit de financement ne peuvent se permettre de refuser des millions de dollars. L’astroturf entre alors en jeu. Un exemple : la Fondation Gates a besoin que l’on soutienne sa proposition de hausse de l’efficacité exigée du corps enseignant. Elle paie un groupe appelé Rockefeller Philanthropy Advisors  (concrètement, une entreprise qui crée des « groupes militants », livrés clé en main avec le plus récent modèle de leader d’opinion) afin de créer un groupe appelé Teaching First (Priorité à l’Enseignement). La Fondation Gates a mis sur pied en 2010 un « mouvement populaire » appelé Communities for Teaching Excellence (Collectivités pour l’excellence pédagogique). Ce groupe a mis la clé sous la porte en 2012 faute d’avoir accompli quoi que ce soit. Personne n’aurait découvert le pot aux roses si le document décrivant cette opération n’avait pas été divulgué en 2011 et dénoncé par tous les médias. Ce document contenait des perles telles qu’un passage encourageant l’organisation à prendre part à des campagnes sans lien à son objectif, afin d’avoir l’air plus authentique.

La fondation Gates, frustrée par cet échec, a alors commencé à subventionner des organismes sans but lucratif qui leur plaisaient et à leur envoyer ses propres salariés, ce qui s’est avéré très efficace. Après tout, lorsqu’une série de groupes différents (aux sources de financement occultes, mais rappelez-vous qu’il est facultatif d’identifier ses donateurs sur un formulaire IRS 990) se met à affirmer la même chose, cela prend très vite l’accent de la vérité, n’est-ce pas ? Et la fondation Gates n’est pas la seule à agir ainsi – d’autres organisations philanthropiques, dont les dirigeants partagent la même vision, subventionnent ces mêmes organisations. Les Gates, les Walton, et beaucoup d’autres fondations ont tous fourni des fonds à une organisation du nom de Parent Revolution, par exemple.

Il existe d’autres exemples : la Fondation Gates a par exemple décidé de favoriser des écoles plus petites, et elle a investi un milliard de dollars dans ce projet, créant dans tout le pays un engouement pour les écoles de dimension plus restreinte. Mais, comme tous les philanthropes modernes, elle a mis la charrue avant les bœufs. Rétrospectivement, il s’est avéré que les résultats scolaires n’étaient pas meilleurs dans les écoles de taille réduite. Plutôt que de chercher à découvrir quelles méthodes pourraient donner les résultats espérés, le philanthrope préfère tester sur de vastes populations ses méthodes non éprouvées, simplement parce que son immense réservoir de fonds le lui permet, sans devoir s’embarrasser d’un consentement démocratique.

Mais la stratégie de l’astroturf n’est pas l’apanage des organisations philanthropiques. Une célèbre

note de service du fabricant de tabac Phillip Morris (rédigée par un certain John F. Scruggs, employé d’une agence de publicité, et adressée à David Nicoli avant de faire l’objet d’une fuite), dévoile la méthode de l’astroturf dans toute sa splendeur. Je la cite en entier, vu sa pertinence :

À : David Nicoli. Date : 18 décembre 1998. De : John F. Scruggs. De l’usage de la « chambre de résonance » comme tactique de campagne.
En réponse à votre demande d’une note de service explicitant ma proposition de stratégie pour le bon usage des sondages, en particulier pour le conflit imminent au sujet de la taxe d’accise. J’appelle ça la technique de la « chambre de résonance ». L’idée est de faire résonner l’information qui nous est favorable auprès et à partir de différentes sources afin d’accroître la crédibilité de ces propos auprès du public visé. Comme vous le savez, de nombreux « influenceurs » affectent les décisions des députés. Plusieurs études ont été faites pour tenter d’évaluer l’impact relatif de ces différents influenceurs. La hiérarchie suivante a été établie, du plus au moins influent :

Les électeurs (sans soutien)

Les principales activités de collecte de fonds
Les médias locaux

Les collègues
Les médias nationaux
La publicité
Les lobbyistes
Plus une opinion ou information « résonne » à travers chaque groupe, plus son impact est grand. Les mouvements populaires sont très efficaces en termes de pressions parce qu’ils poussent de nombreux électeurs à répéter le même message au député visé. Les campagnes plus structurées, lancées par des « influenceurs », fonctionnent parce que des individus les plus haut placés dans la hiérarchie, et donc disposant de la plus grande crédibilité, répètent le même message ou des messages semblables. Notez que l’effet de résonance peut jouer de deux façons différentes. Premièrement, le même message peut résonner depuis de nombreuses sources vers les députés visés. Par exemple, une même information provenant d’un seul sondage peut être répétée par des médias, des collègues politiciens, des lobbyistes et de la publicité. Deuxièmement, des messages différents, mais complémentaires peuvent être répétés par une même source. Ce serait le cas, par exemple, d’un article de presse citant ce résultat de sondage, mais également une étude de Bill Lilley, des commentaires d’autres députés et le contenu d’une publicité. Ces deux approches, la répétition et l’accumulation, donnent le même résultat : le renforcement de la crédibilité et de l’influence du message essentiel. » [sic]

 

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Subventionner de nombreux groupes différents, qui font tous pression sur les politiques en répétant le même message, encore et encore, pour créer une chambre de résonance qui fait en sorte que c’est le seul discours à atteindre les politiciens et que les membres du public n’entendent qu’une seule et même information ? Cela correspond point par point aux tactiques du lobby transgenriste.

L’astroturf ne se présente pas seulement sous la forme de dons à des associations. Il recourt souvent à des « bots » sur Twitter ou à des commentaires affichés sous des textes mis en ligne, ainsi qu’à des commentateurs payés pour propager le même commentaire ad nauseam, afin de créer dans le public le sentiment que leur opinion est celle de la majorité. Des membres du public peuvent alors se mettre à colporter eux-mêmes cette opinion, augmentant ainsi sa crédibilité et son air d’authenticité. Elle devient alors un « mème » au sens créé par Dawkins. L’astroturf peut d’ailleurs prendre la forme de véritables mèmes, comme le monde l’a découvert lorsque le House Intelligence committee (Comité du renseignement américain) a révélé la publicité mise en ligne par des Russes peu avant l’élection présidentielle américaine de 2016. Les gens voyant un même message répété de toutes parts le prennent pour « l’opinion générale » et n’osent pas le contredire, de peur d’être perçus comme intolérants et antilibéraux. L’opinion initiale peut n’avoir été formulée que par une poignée de commentateurs payés propageant le message sous couvert de centaines d’identités différentes ; cela perd toute importance une fois que le message est repris et diffusé par des centaines d’individus réels parlant en leur propre nom.

Les mouvements d’astroturf forment souvent leurs propres organisateurs : l’Equality Federation, par exemple, qui est plutôt de gauche, forme des « leaders d’opinion » identifiés aux enjeux des LGBTQI+. Elle a reçu des dons à six chiffres de la fondation Gill et de la fondation Tides – parmi d’autres. Mais ce n’est qu’un nom au hasard tiré d’un très grand chapeau ; il existe des dizaines d’autres « Instituts », de tous les courants politiques, dont la seule activité est de former des militants professionnels à régurgiter certaines idéologies. Habitués à consommer ces idéologies, ils développent avec leurs commanditaires une dynamique du maître et de l’esclave. Ces professionnels de l’activisme politique savent qu’il n’est pas dans leur intérêt de remporter une « victoire » définitive : ils se retrouveraient au chômage sans problème social contre lequel militer. Leur réticence – qui est sans doute inconsciente – les amène à favoriser une stratégie gradualiste et l’entretien d’une guerre culturelle permanente. Bien sûr, la pire éventualité serait qu’ils se mettent à douter de leurs convictions : ce serait la fin de leur carrière.

Les enquêteurs qui dénoncent les tactiques d’astroturf sont mis à rude épreuve. La journaliste d’enquête identifiée à droite Sharyl Attkinson décrit les termes employés pour tenter de discréditer ces critiques :

Le vocabulaire utilisé par les astroturfistes et les propagandistes comprend typiquement des termes incendiaires comme : anti-, cinglé, escroc, imposteur, pseudo-science, démystifier, théorie du complot, négationniste, et science de pacotille. Les praticiens de l’astroturf se targuent parfois de « démystifier » des « mythes » qui n’en sont pas du tout. Ils aiment déclarer que le débat est clos quand il ne l’est pas. Ils affirment que « tout le monde s’accorde à dire… » quand tout le monde ne s’accorde pas. Leur objectif est de convaincre tout sceptique qu’il est un cas isolé quand ce n’est pas le cas.

Plutôt que de s’en tenir aux faits, les astroturfistes et les propagandistes s’emploient souvent à attaquer et discréditer les organes de presse, personnalités publiques et individus associés à un enjeu. Plutôt que de réfuter les arguments de leurs contradicteurs, ils préfèrent tenter de les intimider et de les faire censurer. Et surtout, ils réservent l’expression de leurs soupçons aux personnes qui dénoncent des torts plutôt qu’à celles qui les commettent. En d’autres termes, plutôt que de contester l’autorité, ils contestent ceux qui contestent l’autorité. »

Cela ne vous rappelle-t-il pas la lutte contre les « TERF » ? Quiconque s’avise aujourd’hui de critiquer le mouvement transgenriste est qualifié de « cinglé », de fan des « théories du complot » et de promoteur d’une « science de pacotille. » La revue The Advocate a même utilisé cette expression verbatim (junk science) dans le titre d’un article de Brynn Tannehill concernant la « dysphorie subite de genre » [N.D.T. : Rapid Onset Gender Dysphoria, une théorie médicale récente selon laquelle beaucoup d’adolescent·e·s, très sensibles aux phénomènes de mode, tendent à s’identifier subitement comme transgenres, sans en avoir jamais montré de signes avant-coureurs, après avoir visionné des vidéos de personnalités transgenres sur YouTube ou en avoir entendu parler à l’école – c’est une explication de la prolifération du transgenrisme chez les jeunes comme phénomène de contagion sociale.] Les médecins  du genre spécialistesqui valident cette hypothèse sont sommairement qualifiés d’escrocs.

Le mouvement transgenriste a énormément de points communs avec les autres mouvements d’astroturf subventionnés par des fondations philanthropiques. Ainsi, ce qu’on a appelé le mouvement du « Tea Party » constitue une variante de droite de la stratégie d’astroturf. En suivant la piste de l’argent, ce mouvement a été retracé à deux grands think tanks de droite : FreedomWorks et Americans for Prosperity, tous deux financés par les frères Koch, deux milliardaires républicains. Tout y était : les leaders d’opinion payés, les clichés démagogiques comme la fameuse expression des « tribunaux de la mort », les altercations scénarisées lors d’assemblées locales. Même les mouvements populaires de gauche, qui sont réellement issus du peuple, ne sont pas à l’abri de telles manipulations venues d’en haut : la campagne présidentielle d’Obama, qui bénéficiait d’un réel soutien des citoyens en 2012, a bientôt pris en main toute la logistique à leur place. Toutefois, les manifestations bidon et l’approche dirigiste de la stratégie d’astroturf existent également dans l’industrie du pétrole ou dans le débat national sur la neutralité de l’internet. Prenez n’importe quel enjeu social, remontez le fil, et vous trouverez un ploutocrate tentant d’imposer son propre programme pr le biais de faux mouvements. Ce problème a même été souligné par la revue Newsweek :

« Il semble que le principal changement survenu est que, par le passé, les mouvements sociaux étaient composés d’individus défavorisés, de laissés-pour-compte ; à présent, ils sont financés par des personnes proches du pouvoir », a commenté Paul Frymer, un analyste politique de Princeton. « Ces mouvements comptent toujours de véritables militants, mais ils ont maintenant beaucoup plus de soutien qu’auparavant. Une bonne part de ce soutien passe aujourd’hui par Internet. »

 

Paradoxalement, des transactivistes ont eux-mêmes critiqué le débat sur les « transgenres dans l’armée » comme un coup d’astroturf initié par Jennifer Pritzker. Dean Spade, un universitaire transgenre, a qualifié d’astroturfiste cette soudaine campagne en y dénonçant une offensive de la droite qui occultait les problèmes plus graves auxquels est confrontée la communauté transgenre. Brynn Tannehill, dans le Huffington Post, a répliqué qu’il ne s’agissait pas d’astroturf, mais d’un authentique mouvement de base. Tannehill est coprésident de Trans United Families for Equality et siège à son conseil d’administration. Trans United, une organisation nationale, a investi dans les campagnes électorales de certaines commissions scolaires, vraisemblablement en vue d’imposer des salles de toilettes mixtes dans leurs écoles. Trans United est en partenariat avec diverses organisations, toutes dotées de profils et de logos d’aspect professionnel. Mais malgré son statut d’association à but non lucratif 501c3 et 501c4, je n’ai pas pu trouver de déclaration IRS 990 sur son site internet (je ne suis pas une experte, mais cela me semble illégal). L’organisme Charity Navigator m’informe que Trans United a reçu son statut d’organisation caritative en 2009 et que son siège social se trouve à Washington DC. Un article très élogieux du magazine Time décrit sa première campagne de publicité, un spot appelé « Meet My Child » (Je vous présente mon enfant) dans lequel figurent des enfants transgenres et leurs parents. Mais un autre article tout aussi élogieux de Time sur la création du groupe nous apprend qu’il a été formé en avril 2016, dans le cadre de l’élection présidentielle, par une foule de militants professionnels aguerris et d vétérans des campagnes électorales. C’est un lobby national qui ne divulgue les noms d’aucun de ses donateurs. Bref, c’est de l’astroturf. Brynn Tannehill soutient qu’il ne fait pas d’astroturf et n’en a jamais fait, tout en étant membre d’une organisation astroturfiste.

Et ce n’est pas le seul PAC [Political Action Committee – Comité d’action politique] à user de techniques d’astroturf pour mousser le mouvement transgenriste ; d’autres ont surgi de nulle part au cours des dix dernières années. Souvenez-vous de la Proposition 1 en Alaska. L’association Freedom For All Americans a déboursé des centaines de milliers de dollars pour ce litige au sujet des toilettes publiques de la ville d’Anchorage. FFAA est un PAC dirigé par Masen Davis, l’ancien directeur général du Transgender Legal Centre (une organisation également financée par de grandes entreprises et des fondations philanthropiques). Ce PAC cite parmi ses principaux donateurs Paul Singer, Tim Gill et Daniel Loeb. Tim Gill dirige la fondation Gill, une autre grande fondation axée sur les questions LGBTIQ+ qui subventionne plusieurs des organisations mentionnées et décrites ici. Et si le nom de Paul Singer vous dit quelque chose, c’est parce qu’il est célèbre pour avoir racheté la dette de l’Argentine avant de faire appel aux tribunaux américains, qui l’ont autorisé à saisir des avoirs de l’État argentin au Royaume-Uni. Il a continué des années durant à faire pression sur l’Argentine pour obtenir un remboursement complet, et a poursuivi d’autres États de manière similaire, comme le Pérou dans les années 90, ou encore le Congo. Il s’oppose à toute augmentation de l’impôt sur les grandes fortunes et à certains aspects de la loi Dodd-Frank sur la réforme du monde de la finance. Sa fortune s’élève à 2,8 milliards de dollars, et ses dons les plus réguliers vont à des causes LGBTQ+ et au comité sénatorial du Parti républicain. Quant à Daniel Loeb, il dirige l’un des plus gros fonds spéculatifs de Wall Street : Elliot Management.

Lors de sa création en 2015, Freedom For All Americans (FFAA) n’a laissé aucun doute quant aux nouvelles priorités de ce lobby fédéral des intérêts LGBTIQ+ :

Outre son appui aux campagnes existantes dans différents États, FFAA se propose de lancer un programme LGBT-U dont l’objectif sera de former et de déployer la prochaine génération de militants de terrain et de dirigeants du mouvement. FFAA s’emploiera aussi à identifier et promouvoir des porte-parole du mouvement transgenriste partout au pays afin de bien faire comprendre aux politiciens que les protections légales accordées à l’orientation sexuelle doivent dans tous les cas, sans exceptions, englober également l’identité de genre et l’expression du genre.

Pourquoi toutes ces organisations dépensent-elles des millions et des millions de dollars pour promouvoir le transgenrisme ? Pourquoi cette cause est-elle considérée si cruciale, au point de nécessiter la propagation de fake news et des investissement exorbitants ?

Nous y viendrons. Mais avant cela, une question s’impose : qu’est-ce que le transgenrisme ? Autour de quelles notions s’articule-t-il ?

QU’EST-CE QUE LE TRANSGENRISME ?

 

Il est nécessaire de creuser cette question, car il serait inutile de décrire le mouvement entourant un phénomène sans expliciter ce phénomène lui-même.

J’ai cherché auprès de la Human Rights Campaign (HRC) une définition du « T » de LGBTIQ+, et j’ai été dirigée vers un article intitulé Understanding the Transgender Community (Comprendre la communauté transgenre). Le drapeau transgenre figure sur l’en-tête, avec ses bandes bleues et roses séparées par une bande blanche (qui se confond sur Internet avec la couleur de l’arrière-plan). La HRC m’avise que :

Les personnes transgenres sont de toutes les classes sociales. Nous sommes des pères et des mères, des frères et des sœurs, des fils et des filles. Nous sommes vos collègues de travail et vos voisins. Nous sommes des enfants de 7 ans et des grands-parents de 70 ans. Nous sommes une communauté très diversifiée, issue de tous les milieux ethniques et raciaux, et affiliés à diverses religions.

 

D’accord, donc n’importe quelle personne peut être transgenre. Mais que signifie le fait d’être transgenre ?

 

Le mot « transgenre » — ou trans – est un terme qui englobe toutes les personnes dont l’identité de genre est différente du sexe qui nous a été assigné à la naissance. Bien que le mot « transgenre » et la définition moderne que nous lui donnons ne datent que de la fin du XXe siècle, des personnes qui aujourd’hui correspondraient à cette définition ont existé dans toutes les cultures, depuis les débuts de l’histoire écrite.

La HRC ne mentionne aucun exemple de ces figures historiques. Je pense que les exemples auxquels ils se réfèrent peuvent correspondre au « troisième sexe » (ou « troisième genre »), une catégorie souvent utilisée pour désigner des homosexuels efféminés et parfois des femmes butch, et pour leur allouer des rôles précis au sein de sociétés néanmoins patriarcales — je pense aux Hijra en Inde ou aux « vierges jurées » d’Albanie. Durant les années 70, certaines publications en Europe et aux États-Unis ont décrit les personnes homosexuelles comme une sorte de troisième sexe ; ce concept ne nous est donc pas totalement étranger. Mais quoi qu’il en soit, la HRC ne nous dit pas ce qu’est « l’identité de genre » ou ce pour quoi il est significatif qu’elle puisse dévier du « sexe assigné à la naissance ». Je croyais que le sexe était simplement observé, en tant que caractéristique biologique du nouveau-né.

La communauté transgenre est d’une incroyable diversité. Certaines personnes transgenres s’identifient en tant qu’homme ou femme, d’autres s’identifient comme genderqueer, non binaire, agenre, ou autre – ou encore elles s’identifient autrement ou en-dehors du spectre des genres tel que nous nous le représentons. Certaines d’entre nous prennent des hormones ou subissent des opérations chirurgicales comme éléments de notre transition, d’autres ne le font pas. Certains s’identifient ouvertement comme transgenres, tandis que d’autres préfèrent se qualifier simplement d’hommes ou de femmes. Pour davantage d’informations ou pour des réponses à toutes questions que vous pourriez avoir sur les personnes transgenres, consultez notre FAQ Transgenre.

Bon, mais qu’est-ce que le genre ? Qu’est-ce que le « spectre des genres » ? Quelles sont ses deux pôles extrêmes ? Et que signifie « s’identifier » en tant que quelque chose ?

L’article énumère ensuite les principales préoccupations prêtées à la communauté transgenre — une liste qui apparaît à peu près à l’identique sur tous les sites officiels des organisations trans mentionnées jusqu’ici : manque de protections juridiques, pauvreté (15 % des personnes trans vivent au dessous du seuil de pauvreté, soit le même pourcentage que la population américaine dans son ensemble et un pourcentage moins élevé que celui des communautés noires et hispaniques), le harcèlement et la stigmatisation, la violence anti-trans (l’article nous informe que 13 hommes s’identifiant comme trans ont été assassinés en 2014, un chiffre encore plus bas que celui que nous a cité GLAAD). Il y a aussi le problème des documents d’identité, ainsi décrit :

Papiers d’identité : L’absence fréquente de papiers d’identité reflétant l’identité réelle des personnes trans peut affecter tous les aspects de leur vie quotidienne, y compris l’accès à l’hébergement de crise et d’autres services publics. Pour être clair, sans papiers d’identité, il est impossible de voyager, de s’inscrire à l’université ou d’accéder à plusieurs services indispensables à la vie en société. De nombreux États américains requièrent une attestation de transition médicale — une procédure beaucoup trop coûteuse pour certains, et que d’autres ne souhaitent pas subir. Les frais à payer pour obtenir de nouveaux documents d’identité peuvent également être hors de portée de certains membres de la communauté trans. Le sondage NTDS a révélé que parmi les répondants ayant déjà effectué leur transition, 33 % n’avaient pu mettre à jour aucun de leurs documents d’identité pour que ceux-ci attestent leur genre affirmé.

Des documents d’identité reflétant leur identité réelle ? Il y a là une contradiction. D’une part, les personnes trans possèdent des documents officiels (qu’ils reflètent ou non leur identité réelle), de l’autre, ils n’ont pas accès à de nombreux services parce qu’ils… n’ont pas de documents officiels ? Qu’en est-il ? Ont-ils des papiers, ou non ? D’aucuns avanceraient même que les papiers qu’ils possèdent sont corrects, puisque les papiers d’identité indiquent toujours le sexe biologique et non pas le genre. Le mot « genre » n’a d’ailleurs toujours pas été défini dans cet article explicatif. Qu’est-ce que le genre, et pourquoi doit-il être attesté ? On s’attendrait à ce que la modification de pièces d’identité nécessite une attestation de transition médicale, plutôt qu’une simple signature de quiconque se présente et exige que soit modifiée la rubrique « Sexe » sur des pièces d’identité. Mais comment l’État peut-il juger de qui est réellement trans et a besoin de cette procédure ? Quels sont les critères permettant d’affirmer que l’on est « réellement trans » ? L’absence de critères légaux conduirait immédiatement à des abus — par exemple, un homme déclarant qu’il s’identifie comme femme transgenre, sans effectuer aucune sorte de transition, pourrait faire modifier ses papiers d’identité pour postuler à des bourses d’études prévues pour aider des femmes à accéder à l’université. En quoi serait-il une femme ? Quels sont les critères ? Pourquoi devrait-il n’y avoir aucun critère pour déterminer le sexe juridique d’une personne ? Cet article me laisse complètement désorientée : on ne m’a pas donné la moindre définition des mots-clés qu’il utilise.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : le paragraphe suivant :

Barrières d’accès aux services de soins de santé : La société n’a recueilli que très peu de données sur les disparités de santé entre les personnes transgenres, mais les chiffres dont nous disposons révèlent que le système de santé ne répond pas aux besoins de la communauté transgenre. Dans une étude de ces besoins datant de 2012, effectuée par la Washington DC Trans Coalition, il apparaît que 44 % des répondants qui ont indiqué la santé comme étant l’une de leurs préoccupations majeures, ont classé comme leur besoin le plus urgent l’accès à des services de santé adaptés aux transgenres. Outre les obstacles auxquels ils se heurtent pour accéder à des services de santé nécessaires sur le plan médical, et le manque de compétence du personnel médical sur la santé des personnes transgenres, le sondage a révélé que 20 % des répondants s’étaient vu refuser des soins de manière discriminatoire.

 

Des services de santé adaptés aux transgenres ? Quels sont ces « services de santé nécessaires sur le plan médical » ? On ne nous le dit pas. Il n’y a aucune précision concernant la nature des services nécessaires ; on nous informe seulement que quelque chose est nécessaire et que ceux qui ne soutiennent pas les efforts des militants pour l’obtenir sont intolérants.

J’ai décidé de regarder du côté de la FAQ Transgenre de HRC, rédigée par une certaine Meghan Stabler, pour obtenir les renseignements manquants. Après tout, c’est ce que l’article conseillait. Ce nouveau document va peut-être tout élucider. Meghan, de son ancien nom Mark, est un ex-cadre supérieur en informatique qui travaille à présent pour la HRC et nous offre cette définition du mot « transgenre » :

Transgenre — ou trans – est un terme regroupant toutes les personnes dont l’identité de genre ou l’expression du genre est différente de celle typiquement associée au sexe qui leur a été assigné à la naissance (c’est-à-dire le sexe indiqué sur leur acte de naissance). À l’inverse, cisgenre — ou cis – est le terme utilisé pour décrire les personnes dont l’identité de genre ou l’expression du genre correspond à celles typiquement associées au sexe qui leur a été assigné à la naissance.

 

Puis Meghan nous fournit enfin la définition adoptée par la HRC pour les termes « identité de genre » et « expression du genre ». Je suis convaincue que cela va enfin tout élucider, me permettre d’abandonner mon projet d’article et de rentrer chez moi, rassurée que le mouvement trans est un excellent mouvement de droits civiques, tout à fait légitime.

Le terme d’identité de genre se réfère au sentiment inné et profondément ressenti, qu’une personne a de son identification psychologique à un homme, une femme ou à quelque autre genre. Le terme d’expression du genre se réfère à la manifestation extérieure de l’identité de genre d’une personne, qui peut, ou non, correspondre aux comportements et aux caractéristiques que la société définit et associe typiquement à la masculinité ou à la féminité.

Pardon ? L’identité de genre correspond donc au sentiment d’identification à un homme ou une femme ? Mais alors comment définit-on un homme ou une femme ? Est-ce que je peux m’identifier comme femme le mercredi et comme homme le vendredi ? Et l’expression du genre reflète les stéréotypes de genre ? Je commence à avoir l’impression que tout ceci tourne autour des stéréotypes de genre. Peut-être que le genre se limite à cela.

Meghan nous explique enfin la différence entre le sexe et le genre :

Le sexe fait référence à la désignation d’une personne à la naissance comme étant soit « mâle » soit « femelle » en fonction de son anatomie (par exemple, ses organes reproducteurs) et/ou sa biologie (par exemple, ses hormones).

Le genre fait référence aux rôles, comportements, activités et attributs traditionnels ou stéréotypiques qu’une société donnée considère comme appropriés pour les hommes et les femmes, respectivement.

 

D’accord. Prenons le cas d’une lesbienne butch, dont « l’expression du genre » diffère de celle typiquement associée au sexe qui lui a été assigné à la naissance — cela fait-il des lesbiennes butch des transgenres ? t les femmes qui exercent une profession non traditionnelle ? Sont-elles transgenres ? Gardez bien à l’esprit que, d’après les définitions de Meghan elle-même, être transgenre signifie s’identifier plutôt aux rôles, comportements, activités et attributs traditionnels ou stéréotypiques que la société considère comme appropriés pour le sexe opposé. Se peut-il que vous ne vous identifiiez pas particulièrement aux stéréotypes de genre ? D’après la définition de la Human Rights Campaign, vous êtes transgenre.

Meghan nous indique ensuite que pour vivre en tant que l’autre sexe, l’on doit subir une transition :

La transition est le processus que suivent certaines personnes transgenres pour commencer à vivre leur vie selon le sexe auquel ils s’identifient plutôt que selon le sexe qui leur a été assigné à la naissance. Ce processus peut ou non inclure un traitement hormonal, une opération de réassignation de sexe et d’autres procédures médicales.

Il n’y a donc que certaines personnes transgenres qui effectuent une transition ? Que font alors les autres ? En quoi sont-elles trans ? Sont-elles du sexe opposé simplement parce qu’elles se déclarent comme telles ? Cela n’a aucun sens. Et c’est incroyablement rétrograde — si la HRC voit en cela la fine pointe de la militance pour les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, elle n’a rien à envier aux éléments conservateurs du Family Research Council.

Si l’on en croit cette définition du genre, toutes les drag queens de l’émission télé Ru Paul’s Drag Race sont transgenres. Pourtant, si je ne m’abuse, ce sont tous ou presque des hommes gays bien dans leur peau. La chanteuse K.D. Lang est-elle transgenre ? La comédienne Ellen DeGeneres l’est-elle ? Un homme est-il transgenre s’il a visionné l’intégrale de la série Sex And The City sur Netflix ? Cela dévie des stéréotypes masculins, après tout. Les lesbiennes, gays et bisexuels ont une longue tradition de parodie des stéréotypes de genre. Tous ces rebelles du genre sont-ils transgenres ? J’ai trouvé des définitions semblables de la notion de « transgenre » sur Wikipédia et sur d’autres sites officiels du mouvement LGTBIQ+.

Tout cela m’a décidée à aller regarder ce qu’en dit l’autre côté du débat, pour voir si les critiques du transgenrisme sont aussi tordues qu’on ne le dit. J’ai tâché de découvrir comment les redoutables TERFs définissent la notion de genre. Je n’ai pas eu besoin de traquer cette définition dans des études scientifiques ou des articles flous ; elle était fournie en page d’accueil de la plupart des sites que j’ai trouvés. Elle tient en une seule phrase : le genre, ce sont les stéréotypes et les rôles sexistes prescrits aux hommes et aux femmes en régime patriarcal afin de perpétuer le patriarcat. Elle n’est pas très différente de la définition donnée par la HRC, n’est-ce pas ? Mais essayez de la garder en mémoire chaque fois que le mot « genre » sera mentionné dans le reste de mon texte, et vous comprendrez ce qui est sans doute réellement en jeu.

En effet, selon les dires mêmes de divers porte-parole du mouvement : être transgenre, c’est s’identifier à des stéréotypes et ne pas correspondre aux stéréotypes de son sexe et tenter d’utiliser la médecine moderne pour résoudre ce problème. La solution au problème consiste en des traitements médicaux afin de ressembler, sur le plan cosmétique, au sexe opposé. Si je désire être une femme, il me suffit de m’identifier comme femme. Si je désire être un homme, il me suffit de m’identifier comme homme. C’est tautologique, et incohérent. Cela ne devrait pas servir de base à un mouvement de droits civiques. La même logique pourrait s’appliquer à une personne blanche qui désire s’identifier comme noire, comme l’a fait la célèbre Rachel Dolezal. Même un enfant pourrait remarquer l’incohérence de ce raisonnement. Et je n’ai pas inventé ces définitions — vous pouvez les lire vous-mêmes sur la page FAQ Transgenre de la Human Rights Campaign.

Cette dérive est dangereuse. Elle présente les stéréotypes de genre et le genre lui-même comme étant innés à chaque sexe, au point qu’en dévier nécessite une intervention médicale — traitement hormonal, opération chirurgicale, transition. Ou même un simple changement légal de sexe, pour résoudre votre problème de genre.

Je doute qu’il y ait beaucoup de femmes qui endossent leur propre oppression ou qui s’y identifient comme un aspect inné et essentiel de leur être. Si le mouvement transgenriste est une affaire de stéréotypes de genre, il ne peut que faire du tort aux femmes et aux personnes gays, lesbiennes et bisexuelles — celles qui ont le plus à perdre si les stéréotypes de genre deviennent codifiés dans le droit. Il est clair que « l’identité de genre » ne désigne que la catégorie de stéréotypes auxquels une personne s’identifie, plutôt que quelque caractéristique innée nécessitant des protections civiques. La Human Rights Campaign est une autorité en matière de droits civiques et un lobby d’envergure nationale. Après leur longue lutte pour les droits des homosexuels, comment peuvent-ils ne pas voir ce qu’ils préconisent à présent ? Comment les autres organisations de défense des droits LGBTQI peuvent-elles ignorer les conclusions logiques de ces arguments ?

Mais le transgenrisme possède peut-être des bases scientifiques solides. Je serai plus tranquille après avoir vérifié que ces transitions reposent sur des faits établis et des théories scientifiques prouvées. Tout cet argent investi, tous ces efforts commenceront peut-être à faire sens.

Venons-en donc à parler de médecine.

PROBLÈMES LIÉS À LA PRESCRIPTION D’HORMONES

 

Commençons par une petite histoire. C’est l’histoire du traitement hormonal de substitution [hormone replacement therapy, ou HRT], qui date des années 1930 et 1940. Christine Jorgensen a été la première personne à recevoir un traitement hormonal de substitution à des fins transgenristes au cours des années 1950. Ce traitement était, à ses débuts, présenté comme une panacée et vendu aussi bien comme cure de jouvence que contre les effets de la ménopause. Il était également utilisé pour punir les homosexuels, comme Alan Turing. Son usage à une fin transgenriste était un projet accessoire de quelques médecins, qui étaient considérés comme des excentriques ou des escrocs.

L’usage le plus courant du HRT au cours du 20e siècle était le traitement de la ménopause. Mais ce train a déraillé en 2002, lorsque la Women’s Health Initiative des National Institutes of Health (Instituts Nationaux pour la Santé) a lancé un essai clinique de grande envergure pour tester la sûreté et l’efficacité de ce traitement – et découvert que les femmes ayant subi un HRT présentaient des risques élevés d’AVC et de cancer, entre autres effets secondaires désastreux. Des poursuites judiciaires furent entamées, particulièrement contre l’entreprise pharmaceutique Wyeth (rachetée par Pfizer en 2009), et le nombre d’ordonnances délivrées pour le médicament le plus profitable de cette compagnie chuta de 66 %. Du jour au lendemain, le traitement hormonal de substitution cessa d’être considéré comme la réponse automatique aux effets de la ménopause. On apprit par la suite que Wyeth et d’autres entreprises pharmaceutiques connaissaient les risques liés à ce traitement et les avaient délibérément cachés pour continuer de vendre des produits très lucratifs.

Ces sociétés pharmaceutiques se voyaient confrontées à un problème. Premarin, le traitement hormonal substitutif fabriqué par Wyeth, était le médicament le plus vendu dans les années 90. Les médecins et leurs patientes avaient été encouragées à adopter le HRT, qui était sûr et efficace contre les effets de la ménopause — ce qui était faux. La ménopause était décrite comme un moment où les patientes avaient besoin d’être médicalisées, et les médecins prescrivaient ce produit, sans vérifier si cette médicalisation d’un processus naturel était ou non nécessaire. En 1999, 42 % des Étasuniennes d’entre 50 et 72 ans suivaient une forme de traitement hormonal substitutif. Pourtant, des essais cliniques prouvèrent que ce traitement était dangereux et que ses risques dépassaient de beaucoup ses avantages. La prescription de HRT pour la ménopause cessa aussi vite qu’elle avait commencé.

Or, Pfizer, qui fabrique à présent l’œstrogène Premarin, après avoir racheté Wyeth en 2009, est l’une des principales entreprises partenaires de la Human Rights Campaign — Pfizer a notamment reçu un score de 100 % sur un palmarès de la HRC appelé le Corporate Equality Index. Wyeth n’en était pourtant pas à son coup d’essai auprès des minorités : avant l’affaire du HRT pour la ménopause, cette entreprise avait déjà été accusée d’avoir utilisé une population opprimée comme cobaye. Dans une poursuite déposée et rendue publique en 2010, deux anciens représentants de ventes aux hôpitaux ont lancé l’alerte contre Wyeth pour dénoncer sa promotion illégale du Rapamune, un immunosuppresseur pour transplantations rénales. Dans une campagne ciblant les populations afro-américaines, Wyeth avait préconisé l’usage hors indications de ce médicament pour d’autres greffes d’organes, alors que la Food and Drug Administration [FDA] américaine ne l’avait approuvé que pour les greffes de reins. Wyeth fournissait à ses représentants des études pour les aider à promouvoir l’usage hors indications de ce produit, et des pots-de-vin étaient offerts aux hôpitaux et aux médecins qui, malgré les avertissements très clairs de la FDA, acceptaient de prescrire du Rapamune pour d’autres greffes d’organes. Wyeth finit par accepter de payer 490 millions $ au Ministère américain de la Justice pour clpre l’affaire, avant de commettre une nouvelle entorse à l’éthique avec Prempro, un autre médicament hormonal à l’œstrogène, également utilisé par les personnes transgenres. Wyeth a utilisé des prêts de noms pour construire l’image de marque de Prempro et de divers usages hors indications de ce produit.

Qu’est-ce que le prêt de nom, en matière médicale ? C’est le fait pour une entreprise pharmaceutique de faire publier des articles relus par des pairs dans des revues scientifiques afin de faire la promotion d’un de ses médicaments, souvent pour des usages hors indications. Pour ce faire, l’entreprise fait appel aux services d’une société de publication médicale afin de produire des articles destinés à des revues scientifiques. Un chercheur ou universitaire y prête son nom, même s’il n’a pas rédigé l’article. Les conclusions de l’article sont favorables à l’emploi du médicament pour l’usage commercial que l’entreprise pharmaceutique veut en faire. En ce qui concerne Prempro, un recours collectif de 14 000 patients a conduit à la publication dans la revue PloS Medicine de documents juridiques révélant que Wyeth avait recruté une société de communication médicale, DesignWrite, pour publier un article sur Prempro. La première version de cet article avait été réécrite sur les conseils de Wyeth, puis envoyée à un chercheur chargé d’y attacher son nom et d’en dire l’auteur. Ce type d’article prend souvent la forme d’une évaluation d’un corpus d’études concernant un médicament, qui se conclut par des recommandations d’utilisation. Le chercheur qui prête son nom n’est pas rémunéré, mais comme la quantité d’articles publiés est la devise en cours dans le milieu universitaire, il en tire profit. DesignWrite a produit plus de 50 articles pour Wyeth au sujet du HRT, ainsi que des affiches de conférences et de la documentation pour colloques. Le contenu produit par DesignWrite encourageait l’usage hors indications du HRT. DesignWrite offrait également aux sociétés pharmaceutiques ses services clés en main de gestion et de création de comités consultatifs.

Le prêt de nom médical est clairement contraire à l’éthique, mais il n’est pas illégal. Les lois contre la promotion de médicaments hors indications ne s’y appliquent pas, puisque la publication d’articles dans des revues scientifiques n’est pas considérée comme ayant un but promotionnel. Les sociétés pharmaceutiques qui souhaitent encourager l’usage de leurs médicaments hors indications comme sûr et acceptable peuvent emprunter des noms de chercheurs pour rédiger et faire publier dans des revues universitaires autant d’articles qu’elles le souhaitent. Wyeth a par le passé fait publier des études vantant l’efficacité du HRT pour des usages qu’il leur serait interdit de promouvoir directement, comme traitement antirides, par exemple. Comme la véritable origine de ces études n’est jamais divulguée, des médecins peuvent recevoir des informations tendancieuses favorisant une entreprise qui influencent leurs décisions concernant les soins à leurs patients. Après tout, si un vaste corpus de « recherches » se prononce en faveur d’un médicament, il doit être sûr…

Le prêt de nom médical est-il un phénomène répandu ? Le New York Times a estimé en 2009 qu’il affecte entre 5 et 11 % des articles de revues médicales, mais cela dépend du médicament. On sait par exemple que 18 à 44 % des articles concernant la Sertraline sont financés et rédigés par les laboratoires Pfizer. Mais en l’absence de règles de divulgation, il est presque impossible de connaître la véritable ampleur du problème.

Les problèmes liés aux traitements hormonaux de substitution ne concernent pas seulement les traitements à l’œstrogène ; ils sévissent aussi chez les hommes, à qui l’on a vanté le traitement à la testostérone pour soigner une « carence en T ». La situation des hommes n’a pas été réglée par une enquête clinique de grande envergure, mais à la suite de plus de 7 000 actions en justice individuelles contre des producteurs de traitement à la testostérone. Les effets secondaires principaux de ce traitement sont des risques plus élevés d’AVC, de crise cardiaque et de caillots sanguins.

AbbVie, la société qui fabrique le médicament Androgel, s’est vu intenter un procès de 150 millions $ par un patient du nom de Jesse Mitchell pour avoir faussement garanti la sûreté de leur gel à la testostérone. Mitchell a été victime d’une crise cardiaque qui a été directement imputée au traitement Androgel qu’il suivait depuis quatre ans, et AbbVie multipliait les publicités télévisées pour ce médicament tout en sachant que les traitements à la testostérone ajoutaient aux risques de crise cardiaque.

Le procès de 150 millions n’aboutit pas, mais AbbVie dut verser à Mitchell 3,2 millions de dollars à l’issue d’un second procès. Quatre mille cing cent des quelque 7000 procès intentés à AbbVie concernaient l’Androgel, le leader du marché des traitements pour la « carence en testostérone ». Il est à noter qu’AbbVie encourageait l’usage hors indications de ce traitement. Lors d’un autre procès portant sur la testostérone, un ancien directeur de la FDA, David Kessler, a informé le jury qu’il croyait qu’AbbVie avait illégalement vanté les mérites des suppléments de testostérone pour les hommes âgés, sans avoir effectué le moindre essai clinique sur la sécurité de ce traitement. D’après son témoignage :

Ce que ces sociétés ont fait, en réalité, est de briser une connexion logique : les hommes prennent des suppléments de testostérone pour des raisons médicales spécifiques, mais la compagnie cesse de promouvoir ces médicaments pour traiter des conditions spécifiques et se met à encourager la prise de testostérone pour une vaste gamme d’autres problèmes.

En somme, les sociétés pharmaceutiques ont encouragé l’usage hors indication de leur médicament, sans chercher à vérifier si la « carence en T » était un véritable problème médical ou une conséquence naturelle du vieillissement.

Quel lien cela a-t-il avec le mouvement transgenriste ? Simplement le fait que le traitement hormonal de substitution, ou HRT, constitue le principal médicament prescrit pour traiter le transgenrisme. Et il présente un lourd passé de marketing illégal, de prêt de nom dans les revues scientifiques et d’actes contraires à l’éthique envers des populations de patients vulnérables.

Beaucoup des effets secondaires susmentionnés ont été observés chez les personnes transgenres qui suivent ce traitement. Par exemple, il est reconnu que les FtM [femmes s’identifiant comme hommes] exposées à la testostérone sur le long terme nécessitent toutes une hystérectomie, en raison d’un risque accru de cancer de l’utérus. Elles souffrent également souvent d’incontinence et de prolapsus vaginal. Quant aux MtF [hommes s’identifiant comme femmes], ils sont nombreux à subir des AVC ou des crises cardiaques. Ces effets secondaires sont souvent passés sous silence, sous prétexte que le traitement hormonal est « indispensable » pour éviter que ces personnes ne se suicident. Par ailleurs, les interventions chirurgicales peuvent causer des problèmes urinaires permanents aux MtF ; et chez toutes les personnes transgenres, les opérations des organes génitaux conduisent souvent à des problèmes d’incontinence et d’infections urinaires chroniques.

Le traitement hormonal substitutif est conçu et prescrit comme médication permanente pour permettre aux patients de commencer à vivre « de manière authentique » ; une personne transgenre doit s’attendre à prendre ces hormones toute sa vie. C’est important, car tous les médicaments prescrits pour une transition le sont hors indications. Il n’existe en effet aucun traitement approuvé pour traiter le transgenrisme : ni les inhibiteurs de puberté prescrits aux jeunes ni les traitements hormonaux. La plupart des médicaments que prennent les personnes trans pour leur transition sont des médicaments de HRT courants utilisés hors indications : la Premarin, l’Androgel et d’autres. Tous ces médicaments ont des antécédents d’utilisation hors indications pour diverses populations. L’Androgel, par exemple, fait encore l’objet de milliers de poursuites. Se pourrait-il que l’industrie pharmaceutique renouvelle aux frais de la communauté transgenre ses pratiques illégales de marketing hors indications et d’occultation d’effets secondaires néfastes ?

Stephen Rosenthal, ex-président de la Pediatric Endocrine Society (Association de pédiatrie endocrinienne), transgenre-vedette du monde scientifique et l’un des principaux chercheurs travaillant sur le transgenrisme, décrit dans un article d’Endocrine Today l’usage hors indications comme un obstacle à franchir pour les inhibiteurs de puberté :

Un problème crucial à l’heure actuelle est qu’il n’existe sur le marché aucune option approuvée par la FDA pour les inhibiteurs de puberté servant au changement de sexe. Aucune société pharmaceutique n’a pris les mesures nécessaires pour changer leurs indications afin d’inclure ce traitement.

Si vous examinez les noms des scientifiques qui étudient le transgenrisme et font la promotion du HRT à cette fin, vous y trouverez fréquemment le nom de Rosenthal. C’est également le cas pour d’autres noms, qui reviennent systématiquement comme responsables de la recherche sur le traitement des enfants dits transgenres : par exemple le Dr Norman Spack, du Boston Children’s Hospital, et le Dr Robert Garofalo, du Lurie’s Children’s Hospital à Chicago. Ils n’ont commencé à s’intéresser aux transgenres, et particulièrement aux enfants, qu’au cours des dix dernières années ; quant à Rosenthal, ses publications concernent des sujets comme le métabolisme de l’insuline jusqu’en 2012, date à laquelle l’intégralité de ses publications s’est centrée sur le transgenrisme.

Dans cette même interview pour Endocrinology Today, Rosenthal ajoute :

Les Néerlandais, qui sont vraiment les pionniers dans ce domaine, ont commencé à traiter les enfants avec des médicaments appelés GnRH [agonistes de la gonadolibérine, l’hormone qui libère la gonadotrophine]. Ces médicaments sont utilisés pour les enfants depuis près de 30 ans et sont très efficaces pour traiter la puberté précoce — des enfants dont le processus de puberté démarre alors qu’ils sont beaucoup trop jeunes… Les GnRH sont utilisés depuis des années et ont prouvé leur efficacité pour bloquer la puberté de manière totalement réversible.

Cette affirmation est contredite par le fait que les agonistes de la GnRH sont actuellement l’objet de plusieurs enquêtes en raison des problèmes irréversibles de santé osseuse qu’ils entraînent — un facteur que Rosenthal ne mentionne pas dans cette interview, bien que ses propres recherches en reconnaissent l’existence. Un article récent dans la revue médicale Kaiser Health News a énuméré les effets secondaires subis par plusieurs personnes ayant suivi un traitement hormonal au Lupron durant leur croissance : une jeune femme a nécessité la pose d’une prothèse de la hanche dès l’âge de 26 ans.

Nous voulons, poursuit Rosenthal dans cette interview, faire avancer la cause de manière informée et fondée sur des données. Celles-ci montrent qu’aucune personne transgenre ne s’est jamais comportée de manière inappropriée envers une personne cisgenre ; il n’y a jamais eu d’atteinte à la vie privée d’une personne cisgenre commise par une personne transgenre.

 

C’est un mensonge pur et simple, et de la désinformation. Des personnes critiques du transgenrisme ont amassé un très grand nombre d’articles de presse décrivant précisément ce qui, d’après Rosenthal, ne se produit jamais. L’un des sites internet réunissant ce genre d’articles s’appelle d’ailleurs « This Never Happens » (Ça n’arrive jamais). Par exemple, une étude a montré que lorsque les magasins Target ont instauré des vestiaires mixtes, les cas de voyeurisme ont augmenté. Qui dit la vérité ? Pourquoi Rosenthal prétend-il que ce scénario « n’arrive jamais », alors qu’on peut en trouver des centaines, sinon des milliers d’exemples dans la presse ? L’un des contre-arguments que j’ai rencontrés est que de tels criminels ne sont pas « vraiment trans ». Rosenthal suggère pratiquement que les personnes transgenres sont, en tant que groupe, incapables de se comporter de manière inappropriée — une assertion dérisoire. Il imagine ensuite un processus médical explicite faisant appel à l’expertise d’un nouveau type de médecin, le « spécialiste du genre », pour guider les personnes qui en viennent à s’interroger sur leur identité de genre. Ces spécialistes s’intégreraient sans doute à une sorte d’industrie du genre, potentiellement très lucrative.

Les médecins donnent une fausse image de ces situations aux fondations philanthropiques, mais ils désinforment également les médias, comme le montrent ces propos de Robert Garofalo rapportés par le réseau PBS au sujet des inhibiteurs de la puberté :

Ils donnent aux familles la possibilité d’appuyer sur une touche Pause, d’empêcher la puberté naturelle […] jusqu’à ce que l’on soit certain qu’il s’agit la bonne direction ou non à suivre pour cet enfant.

 

Le Dr Garofalo ne mentionne pas les problèmes liés à l’usage d’agonistes de la GnRH pour des enfants. Cet article affirme ensuite que « les quelques études déjà réalisées suggèrent que la dysphorie de genre ne persiste que chez une minorité d’enfants, mais ces études ont été faites sur un échantillon réduit et, pour la plupart, à l’étranger, » ce qui est également faux. Puis, l’article reconnaît que cet usage des inhibiteurs de puberté se fait hors indications, et concède même qu’il n’existe aucune étude concernant les effets de ce médicament sur le très long terme ainsi que sur les effets d’interrompre le processus de puberté. Lisa Simons, une autre pédiatre de l’hôpital Lurie, admet également ce qui suit :

Nous savons que le cerveau se développe énormément entre l’enfance et l’âge adulte, mais les détails de ce processus sont encore inconnus. Ce qu’il manque aujourd’hui, dit-elle, est un corpus d’études spécifiques concernant les effets neuro-cognitifs des inhibiteurs de puberté.

L’article nous apprend ensuite, sur un ton très bénin :

Un autre dilemme potentiel auquel sont confrontés les enfants trans, leurs familles et leurs médecins est le suivant : la prise d’hormones du sexe opposé peut réduire la fertilité. Et la recherche à ce jour n’a pas encore déterminé si cet effet était réversible. Les enfants qui prennent la décision d’entreprendre un traitement hormonal doivent donc s’interroger quant à leur désir d’avoir leurs propres enfants.

Il s’agit clairement d’un mensonge. Un enfant qui ne passe pas par l’étape de la puberté (et la prise d’hormones du sexe opposé ne vit pas une « puberté correcte » – ce n’est même pas une puberté du tout). Il ne verra jamais ses gonades se développer, et des gonades immatures produisent des gamètes immatures qui ne seront jamais fertiles. Ces enfants deviendront des adultes stériles. Et il n’existe aucune étude indiquant les effets que peut avoir sur le corps humain la prise d’hormones du sexe opposé pendant cinquante ans ou plus — comme le mentionne cet article.

Robert Garofalo va jusqu’à admettre qu’il se sert d’enfants comme cobayes :

Toutes ces questions sans réponses me troublent beaucoup et ne pourront être élucidées que par des études de suivi sur le long terme.

Mais malgré « toutes ces questions sans réponses », le Dr Garofalo continue d’administrer à des jeunes ces médicaments, des médicaments qui les rendront stériles.

Il faut également mentionner un détail croustillant mentionné dans l’article :

La plupart de ces traitements coûtent encore très cher et sont souvent hors de portée des familles qui n’ont pas d’assurance-maladie. Les inhibiteurs de la puberté coûtent environ 1200  par mois sous forme d’injections, et peuvent coûter de 4 500 $ à 18 000 $ sous forme d’implant. La forme d’œstrogène la moins onéreuse coûte de 4 $ à 30 $ par mois selon le Dr Simons, tandis que la testostérone peut coûter entre 20 $ et 200 $ le flacon.

 

Prenons ces chiffres, et un hypothétique enfant de dix ans : le coût total de sa transition, c’est-à-dire de la prise d’inhibiteurs de la puberté jusqu’à ses 16 ans, sera de 86 400 $. Il y a actuellement 725 enfants sous traitement pour une dysphorie de genre à l’hôpital Lurie, ce qui donne le chiffre de 62 millions $ pour 6 ans de traitement au Lupron si tous ces enfants devaient s’engager dès maintenant sur la voie des inhibiteurs de la puberté. La transition médicale rapporte gros.

Terminons par un dernier extrait de l’article :

Ce qu’espèrent les médecins des différentes cliniques comme celle du Lurie’s Children’s Hospital est d’éviter aux enfants transgenres une partie de l’angoisse et de l’isolement social qui ont été le lot des générations précédentes de personnes transgenres. Mais eux aussi aimeraient connaître les conséquences encore inconnues de ces médicaments.

 

« Les enjeux sont très élevés, et nous n’avons pas toutes les réponses, » dit le Dr Garofalo. « Nous espérons que de nouvelles études vont être réalisées, et vont pouvoir élucider certaines de ces questions. »

J’ai décidé d’élucider ces questions par moi-même.

SUIVONS LA PISTE DE L’ARGENT

 

Examinons le cas de trois médecins en particulier. Leurs noms : Diane Ehrensaft, Stephen Rosenthal et Johanna Olson.

Pourquoi eux ? Parce que chacune de ces trois personnes a entretenu des liens financiers avec AbbVie, le fabricant des produits Androgel et Lupron, entre autres traitements hormonaux de substitution et agonistes de la GnRH. Ces trois personnes en sont ensuite venues à promouvoir l’usage hors indications des produits AbbVie comme traitements du transgenrisme. Joanna Olson et Diane Ehrensaft ont toutes deux participé à un comité consultatif d’AbbVie concernant les soins liés au genre, Olson en 2015 et Ehrensaft en 2014. Olson admet ce conflit d’intérêts dans l’article Care of a Transgender Adolescent Commentary, publié dans une revue médicale en juillet 2015 — elle a participé au comité après cette publication et a été rémunérée. Elle a ensuite continué à encourager l’usage hors indications des médicaments d’AbbVie. Diane Ehrensaft ne déclare cette participation comme conflit d’intérêts dans aucun de ses articles de recherche, mais en fait mention en page 16 de son curriculum vitae, rendu public dans un témoignage comme spécialiste dans un procès qui est accessible sur son site internet. Ce CV nous apprend qu’elle a été, en 2014, membre du « Conseil consultatif trans d’AbbVie » au même moment où elle faisait la promotion de l’usage hors indications des traitements hormonaux d’AbbVie dans des revues médicales et dans les livres de vulgarisation scientifique qu’elle a publiés, comme The Gender Creative Child. Était-elle rémunérée pour sa participation au comité, comme Olson ? Quant à Stephen Rosenthal, il a reconnu à plusieurs reprises, dans des interviews et dans ses articles de recherche, que son poste de consultant pour AbbVie représentait un possible conflit d’intérêts, mais cela ne l’empêche pas de continuer à promouvoir l’usage dangereux de leurs traitements hormonaux hors indications pour des adolescents.

Pourquoi cela est-il inquiétant ? Le Center for Medicaid and Medicare Services avertit que le fait de payer des médecins pour leur participation à des comités consultatifs de laboratoires pharmaceutiques constitue un indice de la promotion de traitements hors indications, une pratique illégale. Je cite les termes exacts de leur fiche d’information à l’attention des consommateurs :

Le fait de connaître les formes que peut prendre la promotion de médicaments hors indications vous permettra de repérer plus facilement cette pratique illégale.
Ces formes peuvent inclure :

  • Offrir aux représentants de commerce des bonus sur la vente de médicaments hors indications ;
  • Offrir aux médecins des pots-de-vin pour la prescription de médicaments hors indications ;
  • Distribuer des affiches trompeuses qui promeuvent l’usage d’un médicament hors indications ;
  • Payer des médecins pour qu’ils

               – prétendent être les auteurs d’articles encourageant l’usage hors indications d’un médicament, quand ces articles ont été rédigés par des agents des fabricants ;

               – participent à des « comités consultatifs » encourageant l’usage hors indications de médicaments ;

               – sont invités dans des destinations touristiques pour des séances de promotion de médicaments hors indications ;

               – donnent à des collègues des conférences promotionnelles encourageant l’usage hors indications de certains médicaments ;

  • Conseiller du personnel médical sur la meilleure façon de coder leurs réclamations et d’établir les rapports médicaux afin de faire rembourser des utilisations hors indications non remboursées par l’assurance-maladie ;
  • Diffuser des études alléguant l’efficacité d’usages hors indications d’un médicament et occulter les études prouvant le contraire ;
  • Donner une fausse image d’un médicament directement à l’assurance-maladie afin d’influencer les décisions concernant le remboursement de ce produit utilisé hors indications.

 

Stephen Rosenthal travaille comme consultant pour AbbVie tout en donnant des conférences et des interviews aux médias pour promouvoir l’usage hors indications de produits d’AbbVie pour les « enfants transgenres ». Ce comportement me semble contraire à toute éthique. S’il n’y a aucun lien inapproprié entre ces scientifiques et les laboratoires AbbVie, alors ils doivent le prouver en révélant la nature exacte de leurs liens avec cette société. La Dre Ehrensaft n’a jamais mentionné ce risque de conflit d’intérêts dans ses articles de recherche ou dans ses interviews. Cela est très inquiétant, dans la mesure où elle encourage l’usage de médicaments AbbVie dans ses livres de vulgarisation scientifique. Tous ces scientifiques font la promotion dans des médias grand public de l’usage de ces médicaments hors indications pour le transgenrisme, allant jusqu’à affirmer que l’accès à ces médicaments devrait être un droit civique. Ils propagent dans les médias des informations trompeuses au sujet du transgenrisme. Les Drs Rosenthal et Olson, ainsi que Garofalo et Spack, mènent une étude d’observation sur le long terme d’un groupe d’enfants transgenres traités avec des inhibiteurs de la puberté et des hormones de l’autre sexe. Comment peuvent-ils avoir une position neutre à ce sujet quand ils ont des liens financiers avec AbbVie ? Comment être sûrs que cette étude — ou toute autre étude menée par ces scientifiques et leurs confrères — n’est pas biaisée en raison de ce lien ? Et qu’en est-il de leurs études sur le long terme ? Les résultats de ces recherches sont-ils prédéterminés en raison des gains financiers énormes qu’elles peuvent engendrer ?

L’expérience m’a appris qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Les Dres Ehrensaft et Olson ont clairement participé à des comités consultatifs de manière potentiellement illégale. Tous ces scientifiques s’appliquent également à discréditer les études préexistantes et les scientifiques qui contestent leurs opinions. Le mouvement transgenriste a notamment diffamé un scientifique, le Dr Kenneth Zucker, pour ses critiques relativement modérées du transgenrisme, jusqu’à parvenir à le faire licencier d’un hôpital de Toronto. Les sexologues Michael Bailey et Ray Blanchard — ce dernier est connu pour avoir établi une typologie du transsexualisme — ont été les victimes de campagnes de diffamation similaires. Il est fréquent que des recherches susceptibles de contredire le discours transgenriste soient étouffées dans l’œuf. Un exemple bien documenté concerne une proposition d’étude auprès de « détransitionneurs » [N.D.T. : des personnes ayant changé d’avis après avoir commencé ou complété un processus de transition médicale], laquelle a été rejetée par la commission d’éthique de l’université de Bath au Royaume-Uni, qui a jugé qu’elle risquait d’être tenue pour « politiquement incorrecte ».

Et ces médecins ne sont pas les seuls à entretenir des liens, financiers ou autres, avec un grand laboratoire pharmaceutique ou une fondation philanthropique. D’autres scientifiques sont peut-être financièrement compromis au-delà de toute rédemption. Robert Garofalo, le coauteur d’un bon nombre des études récentes sur le transgenrisme, particulièrement chez les enfants, travaille au Lurie’s Children’s Hospital, où le programme « Gender and Sex Development » qu’il dirige a été lancé grâce à un don de Jennifer Pritzker, et continue de recevoir des dons de cette milliardaire. Cela affecte-t-il ses recherches et ses opinions ? En cas de désaccord avec Pritzker, qui favorise idéologiquement une certaine orientation, le Dr Garofalo perdra son poste au sein de cet hôpital prestigieux. C’est un conflit d’intérêts de taille, et il ne le révèle pas dans ses articles de recherche.

Comment une seule de ces études peut-elle être impartiale ? Et il est d’autant plus inquiétant que tous ces médecins mentent aux médias, et que les médias ne remettent aucunement en cause leur discours.

LA WPATH ET LA PSEUDOSCIENCE

 

Promouvoir la recherche concernant la santé des personnes transgenres n’est pas seulement l’affaire des médecins ou des grandes entreprises pharmaceutiques ; des philanthropes s’y intéressent également de près. Prenez par exemple le « Center Of Excellence for Transgender Health » [Centre d’Excellence pour la santé des transgeres] de l’Université de San Francisco en Californie (qui a pour consultant la Dre Johanna Olson, notre membre favorite du comité consultatif d’AbbVie). La page listant les commanditaires du récent congrès organisé par ce Centre regroupe une liste familière d’organisations financées par les fondations Arcus, Tawani et Open Society : le NCTE, le Transgender Law Center, la WPATH et GATE. Un commanditaire qui m’amuse particulièrement est lesbianhealthinfo.org, un nom de domaine qui a malheureusement expiré et est squatté depuis. Ce lien nous dirige à présent vers un blog WordPress en allemand dont la description, d’après Google Traduction, est « Les lesbiennes aussi jouent au casino ». J’applaudis des deux mains ce blog de spam allemand pour ses efforts en vue d’inclure les lesbiennes jouant au casino ; je n’ai pas rencontré de site internet plus ouvert aux problématiques lesbiennes depuis le début de mes recherches pour cet article.

Aucune discussion sur la médecine transgenre ne serait complète sans une mention de la World Professional Association for Transgender Health, ou WPATH. Cette association se targue d’être un leader d’opinion dans tous les domaines de la santé transgenre, et presque tous les scientifiques mentionnés dans cet article sont membres de la WPATH. Elle publie les directives, organise les conférences et fournit un forum à des articles de recherche sur le transgenrisme.

La WPATH a cependant été l’objet de critiques, non seulement de la part de militantes critiques des stéréotypes de genre, mais également de la part des patients et patientes que l’organisation est censée aider. Une lettre ouverte rédigée à l’attention de la WPATH par des patients de médecins membres de l’organisation a été diffusée en ligne, et critique notamment les médecins membres de l’organisation pour avoir pratiqué des interventions sans avoir reçu la formation médicale nécessaire, ainsi pour les articles de recherche publiés par la WPATH. Ces personnes ont écrit :

D’après notre expérience, des chirurgiens membres de WPATH ont :

  1. Proposé des opérations gratuites ou à prix réduit à des personnes en manque de ressources afin de se familiariser avec des procédures médicales pour lesquelles ils et elles n’avaient pas reçu de formation professionnelle suffisante ;
  2. Cité, lors d’entretiens préopératoires, de présentations publiques, ou dans leurs articles universitaires, des taux de complications qui sont à la fois :
  • Fondés sur des dossiers médicaux incomplets, soit ceux de patients qui n’ont pas reçu un suivi postopératoire suffisant. Nous sommes consternés de découvrir, dans des publications universitaires2, des allégations concernant notre expérience physique qui laissent croire qu’un suivi rigoureux a eu lieu, quand ce n’est absolument pas le cas. Lorsqu’un centre chirurgical n’effectue aucun suivi de routine après de premiers traitements, il se crée un biais de sélection énorme dans la cohorte de patients qui leur fournit des données longitudinales suffisantes. Nous sommes nombreux à avoir soulevé des inquiétudes ou signalé des symptômes à nos équipes chirurgicales initiales qui les ont rejetés sommairement, et certains patients n’ont tout simplement pas les moyens de reprendre rendez-vous avec leur chirurgien initial et doivent s’adresser ailleurs pour leur suivi postopératoire ou d’éventuelles reprises chirurgicales. Nos chirurgiens initiaux n’ont aucune donnée concernant ces nouveaux développements.
    • Incomplets, parce que n’incluant pas certaines complications vécues par les patients comme des fistules, sténoses ou une nécrose des tissus, qui ont retardé de beaucoup le processus de guérison, mais sans nécessiter de reprises chirurgicales.

Cette lettre ouverte critique ensuite les chirurgiens affiliés à la WPATH pour avoir fourni des soins postopératoires insuffisants, des informations médicales inexactes, et pour avoir offert aux patients des processus expérimentaux sans mentionner leur caractère expérimental. Ce n’est pas un bulletin particulièrement glorieux pour une organisation soi-disant professionnelle. Le fait que la WPATH soit financée par Jennifer Pritzker, un commanditaire idéologiquement biaisé, n’arrange pas les choses — car oui, la fondation Tawani a commandité le colloque semestriel de la WPATH en 2016.

Un argument récurrent dans les médias à ce sujet est que ces traitements sont « la pratique établie » et que le fait d’offrir au patient quoi que ce soit d’autre qu’un soutien du genre qu’il croit avoir équivaut à une « thérapie réparatrice ». Selon cet argument, on devrait accepter à tout prix l’auto-identification de la personne se disant transgenre. Pourtant, cette « pratique établie » n’existait pas il y a à peine vingt ans. Par exemple, le British Royal College of Psychiatrists a publié en 1998 un rapport sur la dysphorie de genre chez l’enfant dont voici un extrait :

Les troubles de l’identité de genre peuvent être considérés comme des états du développement psychosexuel de l’enfant, au cours de laquelle apparaît une organisation atypique de son identité de genre. L’enfant perçoit son sexe biologique comme étant en désaccord avec sa perception de son identité de genre.
Ce trouble, plus fréquent chez les garçons, se caractérise par :
• Le désir d’être du sexe opposé
• Le choix de vêtements typiques du sexe opposé
• Le choix de jeux, jouets et objets habituellement associés au sexe opposé, et l’évitement de jeux normalement associés à son sexe
• Une préférence pour les camarades de jeux ou ami·e·s du sexe auquel l’enfant s’identifie

  • Une aversion pour les caractéristiques physiques et fonctions sexuelles.

Il est important de différencier ces états observés chez l’enfant des mêmes conditions observées chez l’adulte, car :

  • Ils ont lieu dans le cadre d’un processus de développement (physique, psychologique et sexuel).
  • L’issue de ces états est beaucoup plus variable et fluide, et seulement une faible minorité de ces jeunes s’identifieront à l’âge adulte comme transsexuels ou travestis ; la majorité des enfants présentant ces symptômes développeront en fin de compte une orientation homosexuelle, tandis que d’autres encore acquerront une orientation hétérosexuelle sans transsexualité ni travestisme. [c’est moi qui souligne]

 

Ces facteurs ont beaucoup évolué en vingt ans. Par exemple, la proportion des jeunes filles souffrant de dysphorie de genre a dépassé de beaucoup celle des garçons au cours de la dernière décennie. Une féministe mentionnerait que c’est surtout le patriarcat qui est responsable de l’association de chaque sexe à certains jeux, jouets, vêtements et objets. (Quant au choix de camarades de jeux de l’autre sexe, on peut penser que l’enfant souhaite tout simplement jouer avec les enfants qui partagent ses goûts.) Mais il est clair que ce qu’on décrit ici est une dysphorie sexuelle plutôt qu’une « dysphorie de genre » : une aversion envers son sexe physique, plutôt qu’envers un rôle social particulier. J’ai souligné la conclusion du dernier paragraphe : les enfants présentant une dysphorie de sexe se révèlent plus tard être, en général, homosexuels. Lors d’une interview, le Dr Rosenthal nous informe que ces études ont porté sur des échantillons restreints, et surtout à l’étranger. Pourtant, il y a seulement vingt ans de cela, le British Royal College of Psychiatrists, l’association professionnelle des psychiatres britanniques, était satisfaite d’informer ses membres que la vaste majorité des enfants souffrant de dysphorie sexuelle cessaient de présenter ces symptômes à la puberté et devenaient pour la plupart à l’âge adulte des homosexuels heureux.

Ce n’est pas une conclusion particulièrement révolutionnaire. Un comportement non conforme aux stéréotypes de genre dans l’enfance est associé au comportement homosexuel à l’âge adulte. Des études faites sur de vastes échantillons de population ont corroboré cette observation. Ce que révèlent la plupart des études, c’est que très peu des enfants souffrant de dysphorie de genre deviennent des adultes dysphoriques de genre ; la plupart deviennent simplement homosexuels. Si un examen cursif des publications disponibles sur Google Scholar peut confirmer ce fait, pourquoi prétendons-nous aujourd’hui ne pas saisir le sens de la non-conformité de genre dans l’enfance ? Les personnes critiques du mouvement transgenriste seraient-elles dans le vrai en qualifiant le transgenrisme de « thérapie réparatrice anti-gay » ?

Ce rapport de l’association des psychiatres britanniques est également intéressant lorsqu’il souligne les distinctions qu’il convient de faire entre une apparition du transgenrisme dans l’enfance et à l’âge adulte :

De manière similaire, il importe de différencier les cohortes de sujets pré- et post-puberté. Les troubles du genre prépubertaires présentent plus de fluidité et de probabilité d’évolution. Au plan phénoménologique, on observe une différence qualitative entre la façon dont les enfants et adolescents présentent leur problème, en regard des troubles comportant des convictions illusoires ou d’autres symptômes psychotiques. Des convictions illusoires concernant le corps sexué ou le genre peuvent se présenter dans le cadre de conditions psychotiques, mais elles peuvent être distinguées du phénomène d’un trouble de l’identité de genre que nous décrivons ici. Il existe des problèmes de nosologie à résoudre, car les systèmes actuels de classification semblent suggérer que les troubles de l’identité de genre dans l’enfance équivalent à ceux observés à l’âge adulte, et que les premiers mènent inévitablement aux seconds. Ce n’est pas le cas. [N.D.T. La nosologie est la partie de la médecine qui étudie et classe les maladies d’après leurs caractères distinctifs.]

Ce rapport se prononce également contre toute intervention chirurgicale pour traiter la dysphorie de genre de l’enfance, et recommande de laisser les enfants vivre leur puberté.

Pourtant, les médias traitent la question de non-conformité de genre chez les enfants avec la même absence de sens critique que leurs rapports sur une prétendue « épidémie de meurtres transgenres », se contentant de répéter les prétentions que leur fournissent les organisations transgenristes. Un article de Psychology Today, censé critiquer le discours « pseudo-scientifique » de l’American College of Pediatricians (ACP : une association de droite qui publie des études anti-gays), commence par citer le fait bien connu que la thérapie réparatrice est une mauvaise approche et que les gays peuvent être d’excellents parents, avant de publier à son tour de la pseudoscience en insistant sur l’importance de « confirmer l’identité des enfants transgenres ». L’auteur va jusqu’à mentir sur le fait que le traitement des enfants transgenres les rend effectivement stériles :

L’ACP prétend que les transgenres subissant un traitement hormonal seront dans l’impossibilité d’avoir des enfants biologiques. C’est faux. Les adolescents transgenres se voient proposer, avant d’entamer un traitement hormonal, des mesures de préservation de la fertilité, comme l’explique ici l’Endocrine Society, ou ici de manière plus détaillée.

Mais c’est un mensonge. Des organes sexuels qui ne sont pas arrivés à maturité sont incapables de produire des gamètes viables, et les « mesures de préservation de la fertilité » sont toutes à ce jour totalement expérimentales. Aucune « mesure » ne peut changer le fait que la prévention de la puberté, suivie par une ablation des organes génitaux, a pour effet de castrer à vie les enfants transgenres des deux sexes. Et ce mensonge est répété encore et encore, non seulement au grand public, mais même aux patients que ces médecins sont censés traiter. L’auteur de l’article, Jack Turban, omet également de mentionner que la plupart des sources qu’il cite ont, en fin de compte, des liens financiers avec un milliardaire ou un grand laboratoire pharmaceutique. L’une de ces études qu’il cite a été effectuée par le TransYouth Project, qui écrit en page de remerciements :

Ce travail a été rendu possible par les subventions accordées à K.R.O par le Royalty Research Fund et la Fondation Arcus. Ces sources de financement n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte de données, leur analyse ou leur interprétation, et aucune de ces sources n’a eu accès au rapport de l’étude avant son dépôt pour publication.

 

J’ai du mal à croire qu’une fondation ayant un objectif politique donné, qui investit de grosses sommes dans la création d’organisations d’astroturf, ne souhaite pas voir l’étude qu’elle finance aboutir à une conclusion prédéterminée. Voyons quel genre d’études ces fondations financent.

Je me suis intéressée au TransYouth Project, créé à l’université de Washington à Seattle, et dirigé par Kristina Olson. Celui-ci se targue d’être « le plus grand projet à ce jour et la première grande étude longitudinale à l’échelle nationale qui porte sur des enfants transgenres ayant fait une transition sociale. » L’étude suit 300 enfants ayant « transitionné socialement » dans 45 états américains et au Canada. Le projet est actuellement à la recherche de nouveaux participants :

En plus de ce projet, nous recrutons de nouvelles familles pour effectuer de nouvelles études sur le développement du genre, aussi bien dans la région de Seattle que dans le reste du pays. Pour le moment, nous cherchons des enfants non conformes de genre, des garçons manqués, des garçons-princesse, des intersexes et des enfants « typiques » de leur sexe. Si vous et votre famille êtes intéressés à participer à ces recherches ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à remplir le formulaire d’inscription ci-dessous ou à nous contacter à gendev@uw.edu afin que nous puissions vous en dire davantage sur nos travaux. Vous pouvez également consulter notre Foire Aux Questions !

Un instant ? Je croyais que cette enquête concernait les enfants transgenres. Pourquoi rechercher des « garçons manqués » et des « garçons-princesse » ? Et de quoi parlons-nous ? Des enfants non conformes aux stéréotypes de genre (et qui, on s’en souvient, deviendront en majorité des adultes homosexuels) sont recrutés pour une étude longitudinale ayant pour but de découvrir ce qui va leur arriver (on le sait déjà : ils et elles deviendront pour la plupart homosexuels). Quelles sortes d’études le TransYouth Project a-t-il l’habitude de publier ? J’ai décidé d’en consulter quelques exemples. Toutes les citations qui suivent sont extraites de l’article de recherche Gender Development in Transgender Preschool Children (Le développement du genre chez les enfants transgenres en école maternelle) :

(…) Des théories plus récentes suggèrent cependant que, bien qu’une connaissance approfondie de la constance du genre ne renforce peut-être pas directement les préférences et comportements genrés, le fait de comprendre la stabilité de genre demeure un facteur essentiel pour motiver des préférences de genre marquées (Ruble et al., 2007). Par exemple, une très jeune fille qui aime déjà le rose, les robes et les poupées peut, une fois qu’elle comprend la stabilité de son genre, développer des préférences de genre encore plus marquées.

Pour moi cela ressemble à du charabia pseudo-universitaire, mais il est vrai que je suis une critique sévère. Si je m’essayais à traduire ce baragouin, cela donnerait quelque chose comme :

Une petite fille aime le rose et les poupées. Après avoir découvert que les filles sont selon leur stéréotype censées aimer le rose et les poupées, elle les aime encore davantage, parce que notre société récompense la conformité aux normes. Exit tout examen critique du fait que « le rose et les poupées » sont des stéréotypes construits par notre société moderne et non pas des préférences biologiques innées.

Par ailleurs, des études portant sur des enfants transgenres plus âgés ayant effectué une transition sociale indiquent qu’ils et elles tendent à donner des réponses typiques de leur genre (mais non pas typiques de leur sexe) aux questions visant à mesurer le développement de leur genre, par exemple aux questions portant sur leurs préférences genrées (Olson, Key & Eaton, 2015). Les indices que les enfants transgenres montrent des préférences de genre marquées (peut-être autant que celles des groupes de contrôle) couplées avec une absence de croyances en la stabilité de genre (du moins telle que celle-ci a été traditionnellement testée) pourraient suggérer que les préférences de genre marquées des enfants typiques de leur genre ne s’expliquent pas seulement par le « renforcement » issu de convictions de stabilité de genre.

Qu’est-ce que le genre ? Est-ce, comme le définit la HRC, l’ensemble des stéréotypes sexuels ? Ou est-ce une forme inaliénable de développement psychologique qui pousse les garçons à aimer les voitures et les filles à aimer les petites poupées roses ? Ou est-ce un processus complexe de socialisation auquel certains enfants sont réfractaires — des enfants qui sont actuellement médicalisés ? Comment des stéréotypes peuvent-ils être stables ? Veulent-ils dire par là que la perception que les enfants ont des stéréotypes est stable ?

L’article nous apprend ensuite ce qui suit :

Il existe une grande quantité de travaux sur le développement du genre, mais la plupart de ces études ont été menées avec des enfants typiques de leur genre. Notre étude se propose d’explorer si les enfants transgenres ayant effectué une transition sociale présentent les mêmes schémas de développement du genre durant les années préscolaires. Il n’existe à cette date aucune étude portant sur cette question, bien qu’il en existe une sur le développement du genre des enfants à l’école primaire ainsi que quelques études portant sur le développement du genre chez une gamme plus vaste d’enfants divergents de genre.

Cependant, ce n’est pas vrai. Des études de suivi ont été effectuées sur des individus ayant présenté une dysphorie de genre dans l’enfance, qui ont montré que ceux-ci sont devenus des adultes homosexuels normaux. Cette étude ne mentionne même pas le concept de « socialisation » ; elle ne parle que de « développement du genre », comme si les rôles associés au genre dans notre société moderne étaient un fait inné du développement psychosexuel et non pas un produit de notre culture.

Outre ces travaux plus récents sur les enfants transgenres ayant effectué une transition sociale, la documentation clinique en psychiatrie et en psychologie affiche une plus longue tradition d’étude des enfants non conformes de genre — des enfants qui dérogent aux attentes culturelles de genre liées à leur sexe. Les chercheurs s’intéressent en général aux issues cliniques de ces cas (par ex. Cohen-Kettenis, Owen, Kaijser, Bradley & Zucker, 2003), mais il leur arrive aussi parfois d’observer simplement le développement du genre, comme nous le faisons dans la présente étude sur des enfants transgenres ayant effectué une transition sociale. Par exemple, une étude a conclu que les enfants non conformes aux normes de genre jouent indifféremment avec des jouets conçus pour leur sexe ou pour le sexe opposé, tandis que leurs frères et sœurs (moyenne d’âge : 7,6 ans) préfèrent les jouets conçus pour leur sexe (Zucker, Bradley, Doering & Lozinski, 1985). En revanche, pour ce qui est des jeux, contrairement à leurs frères et sœurs, les enfants non conformes aux normes de genre préfèrent les jeux conçus pour des enfants de l’autre sexe. Il apparaît ainsi que les préférences des enfants non conformes à leur genre diffèrent systématiquement de celles de leurs pairs typiques de leur genre (ce qui est la définition de la non-conformité de genre), mais que cette différence ne se traduit que parfois par des préférences typiques du sexe opposé. De plus, une étude de Zucker et al. (1999) a révélé chez un groupe d’enfants non conformes de genre de 3 à 10 ans un degré atypique de compréhension de la constance du genre. C’est-à-dire que le groupe d’enfants divergents de genre avait moins tendance qu’un groupe d’enfants typiques de leur genre à croire que leur genre restait stable au fil des années (stabilité du genre) ou stable en fonction des changements d’apparence (constance du genre) en regard du genre des autres.

Au milieu de ma lecture de ce paragraphe, j’ai commencé à craindre que mon cerveau ne se mette à me dégouliner des oreilles. Je ne savais pas — et n’avais pas besoin de savoir — que les mots « constance du genre » pouvaient être utilisés dans une phrase. Laissez-moi vous rappeler encore une fois que le genre n’est rien d’autre que les stéréotypes associés à chaque sexe. C’est la définition qu’en donne la Human Rights Campaign elle-même. Cette étude s’applique à mesurer des stéréotypes., et elle décrit ensuite la façon dont elle a « mesuré le genre des participants ». Comment s’y sont-ils pris ? Bonne question ! Je n’avais jamais réalisé que le genre était même un concept mesurable. Apparemment, il l’est !

Pour mesurer l’expression du genre des participants au quotidien, deux chercheurs ont, sans en prévenir les parents ou les enfants, noté indépendamment sur une échelle de 1 à 5 (avec demi-points) les vêtements que portait chaque participant lors du test. Les notes proches de 1 représentaient les tenues stéréotypiquement masculines tandis que celles proches de 5 représentaient les tenues stéréotypiquement féminines (r=0,94 ; p < 0,001). Pour certains cas (n=13), un seul des deux chercheurs a été en mesure de noter la tenue.

Comme c’est beau la méthode scientifique ! Je trouve admirable que la toute première mention des stéréotypes de genre à figurer dans cette étude apparaisse dans cette « expérience scientifique ». J’ai pourtant une question : qui décide du genre auquel associer chaque tenue ? La police du genre ? Et de quel genre est l’uniforme de ses agents ?

Il avait été indiqué aux chercheurs que les tenues les plus masculines comprenaient des éléments stéréotypés masculins tels que : costumes de superhéros, accessoires de sport masculins, et tenues de ville, tandis que les tenues les plus féminines comprenaient des éléments tels que : robes ou jupes à froufrous, costumes de princesse, et accessoires à paillettes. Les chercheurs ont également pris en compte la couleur (par exemple, le rose) et le style (par exemple, un t-shirt ajusté ou trop ample) pour noter les tenues.

Petites filles d’Amérique : aimez-vous le football ? Avez-vous déjà porté un t-shirt trop ample ? Avez-vous déjà fait les deux en même temps ? Félicitations, vous êtes maintenant un garçon.

PSEUDOSCIENCE, PARTIE II : DE PIRE EN PIRE

Très intriguée par cette étude du TransYouth Project qui se révélait être un mélange indigeste de jargon universitaire, de charabia et de « mesures du genre » (moi qui croyais que le genre était un ensemble de stéréotypes !), j’ai décidé de partir à la recherche d’études plus scientifiques. J’avais tenu pour acquis que le socle scientifique d’un mouvement de droits civiques devait être solide. La Human Rights Campaign m’apprenait peut-être des choses incorrectes sur le genre. Si cette étude faisait exception à la règle ?

J’ai donc tâché de découvrir le socle scientifique sur lequel repose la question transgenre, et surtout, la notion d’« enfants transgenres ». Après tout, le transgenrisme est censé être identique de l’enfance qu’à l’âge adulte. Je refusais de croire que la raison scientifique de changer le sexe d’un enfant pouvait tenir à des t-shirts trop amples. Il devait y avoir une solide base scientifique à cette initiative.

J’ai donc lu en entier Transgender youth : current concepts (Jeunes transgenres : concepts actuels), un aperçu critique de la documentation scientifique existante. Je note au passage que ces « aperçus de la documentation » sont le pain béni du prêt de nom médical et, d’autre part, que l’universitaire responsable de ce document est le Dr Rosenthal, le consultant rémunéré du laboratoire AbbVie dont nous avons déjà parlé (il reconnaît d’ailleurs ce conflit d’intérêts dans le document). Pas de fumée sans feu, mais cette fumée n’existe peut-être que dans mon imagination ? À vous d’en juger. J’ai trouvé les extraits suivants intéressants :

Se basant sur des études pionnières en provenace [sic] des Pays-Bas, l’Endocrine Society (ES) et la WPATH approuvent l’usage d’inhibiteurs de la puberté à base d’hormones agonistes de la GnRH au stade de Tanner II ou III chez les individus souffrant d’une augmentation prononcée de la dysphorie de genre à l’approche de la puberté (3, 4, 44, 45, 46, 47). Ce traitement est entièrement réversible et permet de gagner du temps pour explorer son genre sans subir la pression du développement physique de la puberté.

Pourtant, de nombreuses femmes ayant vécu une puberté précoce ont signalé des problèmes de minéralisation osseuse après avoir été traitées au Lupron dans l’enfance. L’article l’admet d’ailleurs un peu plus loin :

Les risques principaux de la suppression de la puberté chez les jeunes dysphoriques de genre traités aux agonistes de la GnRH incluent des problèmes de minéralisation des os, une fertilité compromise et des effets inconnus sur le développement du cerveau.

Appelleriez-vous cela un traitement « entièrement réversible » ? Ou se peut-il que le Dr Rosenthal ait menti aux médias ? Le traitement prescrit affecte le cerveau de ces enfants, sans parler du fait que cet article se soit contredit en l’espace de quelques paragraphes. Il nous renseigne en tout cas sur la solidité de ce socle scientifique :

Il n’existe pour l’instant que des données limitées concernant les effets du traitement que recommandent ES et la WPATH pour soigner les jeunes transgenres.

Ces individus castrent des enfants sur la base de « données limitées concernant les effets » de leur intervention. C’est un traitement qui peut fonctionner. Ou pas. Personne n’en sait rien. Ce n’est pas de la science établie. C’est une expérience à grande échelle, menée sur des enfants qui ont beaucoup plus de chances de devenir des adultes gays que transgenres. Il n’existe aucune base scientifique justifiant les centaines de millions de dollars dépensés pour le mouvement transgenriste et pour les enfants qu’il prétend protéger. Rosenthal n’a commencé à publier des articles sur la question transgenre qu’en 2012, après avoir commencé à publier des articles d’endocrinologie. En quelques années, il est passé d’endocrinologue anonyme à star des médias, constamment interviewé au sujet de son travail auprès des enfants dits transgenres. Je vous laisse réfléchir à la question de pourquoi ce sujet en particulier a pu faire de lui une vedette médiatique.

Il est temps de s’intéresser à une autre vedette médiatique dans le dossier transgenre : Jennifer Ehrensaft. La Dre Ehrensaft, qui comme nous le savons a écrit deux livres de vulgarisation sur le sujet et a siégé à un comité consultatif d’AbbVie, doit bien savoir ce qu’est « le genre ». J’ai lu son article de recherche, Gender nonconforming youth : current perspectives (Enfants et adolescents non conformes de genre : perspectives actuelles), espérant y trouver enfin quelque chose qui justifierait tout ce cirque. J’avoue commencer à désespérer. Cet article, un résumé de l’état actuel des soins médicaux visant à « confirmer le genre » des enfants, est probablement très raisonnable.

Dans ses versions contemporaines, la théorie du développement du genre qui accepte les variations du genre comme un aspect normal de la condition humaine, il est reconnu que le sexe assigné à la naissance coïncide parfois avec le genre que l’enfant finira par découvrir en lui-même, mais parfois non. Chaque enfant reçoit la tâche développementale de tisser ensemble les fils de la nature, de l’éducation et de la culture afin de créer son ego genré individuel et particulier. Cet ego sera composé de deux éléments : l’identité de genre — la connaissance que j’ai de moi en tant qu’homme, femme, ou autre chose — et des expressions du genre — comment je choisis de performer mon genre, y compris mes préférences en matière de vêtements, d’activités, d’amitiés, et ainsi de suite. Cette relation transactionnelle entre la nature, l’éducation et la culture a récemment été baptisée la toile du genre, et divisée en divers éléments parmi lesquels :

Donc le genre peut se définir par… la toile du genre ? La toile du genre ?! J’ai peine à en croire mes yeux.

Un tableau nous indique quelques éléments de cette toile du genre :

  • Chromosomes
  • Hormones
  • Récepteurs hormonaux
    • Gonades/caractéristiques primaires du sexe
  • Caractéristiques secondaires du sexe
  • Cerveau
  • Esprit
  • Socialisation : famille, école, institutions religieuses, communauté
  • Culture : valeurs, éthique, lois, théories et pratiques

 

Cinq de ces points sont du domaine de la biologie. Quatre sont influencés par la culture qui nous entoure — le cerveau, l’esprit, la socialisation et la culture. Se peut-il que le genre ne soit pas, en fin de compte, fait de stéréotypes, mais plutôt inné ? Si c’est ce que la Dre Ehrensaft peut nous apprendre, je vais pouvoir effacer mes notes et oublier tout cela.

Au lieu de clarifier son propos, Mme Ehrensaft nous offre à présent une « quatrième dimension du développement du genre ». Je vais la laisser se pendre avec sa propre corde :

Ce modèle contemporain du développement du genre ajoute aux trois dimensions déjà connues (nature, éducation et culture) une quatrième dimension : le temps. Chaque enfant modifie sa toile du genre en tissant les fils de la nature, de l’éducation et de la culture « au fil du temps ». En d’autres termes, le genre n’est pas fixé à 6 ans, comme le veut le modèle traditionnel, et il n’est pas non plus stationnaire au cours des différents stades du développement de l’enfant et de l’adulte. Ce qui explique qu’un individu de 40 ou 50 ans puisse se rendre compte que le genre auquel il s’est identifié jusqu’à présent ne lui correspond plus. Il est également admis que le développement du genre est un processus différent, et séparé, du processus de développement de l’identité sexuelle, et qu’il le procède [sic] habituellement dans le développement d’un enfant.

Le genre change au fil du temps… et est influencé par la culture. C’est complètement absurde. Dans ce cas, pourquoi faire subir aux personnes un traitement médical ? Et si le genre peut changer avec le temps, qu’en est-il des enfants transgenres ? Leur genre peut-il changer après qu’on les ait castrés ? Pourquoi tout ceci requiert-il une intervention médicale ?

Je trouve intéressant que la Dre Ehrensaft prenne la précaution d’affirmer qu’il n’existe pas de lien entre le « développement du genre » et celui de « l’identité sexuelle » — malgré les très nombreuses études qui prouvent le contraire, et attestent que les enfants non conformes de genre finissent souvent par devenir des adultes homosexuels. En un sens, l’homosexualité est le comportement le plus « non conforme de genre » qui soit. Peut-être Ehrensaft avait-elle à l’esprit les nombreux hommes qui se découvrent « lesbiennes transgenres » dans la quarantaine. Ou peut-être qu’en insistant pour dire que la sexualité n’a rien à voir avec le transgenrisme, sauf « en quelques points de transfert », Ehrensaft tente-t-elle de contrer les personnes gays et lesbiennes qui qualifient ce discours scientifique moderne sur des « enfants transgenres » de nouvelle thérapie réparatrice des enfants gays.

La Dre Ehrensaft propose ensuite une vue d’ensemble du modèle de « confirmation du genre » que les organisations LGBTQI+ appuient, qu’elle endosse, et que les oligarques financent.

Principes de base du modèle de confirmation du genre

  • Les variations du genre ne sont pas des troubles mentaux.
  • Les présentations de genre sont diverses et variées selon les cultures, et elles requièrent de la sensibilité culturelle.
  • Le genre consiste en une toile tissée au fil du temps à partir d’éléments biologiques, développementaux et de socialisation, et de culture et de contexte.
  • Le genre est parfois fluide, et il n’est pas toujours binaire.
    • S’ils existent, les troubles individuels d’ordre psychologique ou psychiatrique sont plus souvent causés par des réactions négatives interpersonnelles et culturelles envers l’enfant.
  • La pathologie du genre est davantage le fait de la culture que de l’enfant.

[…] Le principe thérapeutique de base du modèle de confirmation du genre est très simple : il ne nous appartient pas de déterminer le genre d’un enfant, seul l’enfant peut nous l’indiquer. Une fois cette information acquise, et contrairement au modèle dit de l’« attente attentive », notre modèle requiert d’adopter des mesures pour permettre à l’enfant d’exercer ce genre. C’est pourquoi, si à l’issue d’une réflexion soigneuse il devient clair que l’enfant est certain de son genre, et si ce genre diffère ou est l’opposé de celui qui coïnciderait au sexe qui lui a été assigné à la naissance, le modèle de confirmation du genre encourage une transition sociale de l’enfant pour lui permettre de vivre ce genre pleinement, et ce qu’il soit âgé de 3, 7 ou 17 ans. Cette prise de décision concernant la transition sociale ou les interventions médicales qui s’ensuivent est gouvernée en fonction de certaines étapes et non pas de l’âge de l’enfant. Une fois le genre de l’enfant clairement déterminé, ce qui peut se produire quel que soit l’âge de l’enfant, nous ne jugeons pas nécessaire d’attendre l’adolescence pour confirmer ce genre. Ce point de vue s’appuie sur des données concernant les dommages psychologiques — trouble d’anxiété généralisée, anxiété sociale, comportement perturbateur, dépression et chute des résultats scolaires — pouvant s’établir lorsqu’un jeune se perçoit comme vivant selon un genre qui lui est inauthentique. 25

Rappelez-vous que d’après la Human Rights Campaign et la Dre Ehrensaft elle-même, le genre consiste de stéréotypes. Cet article dit noir sur blanc que le corps sexué d’un individu ne coïncide pas avec les stéréotypes qui lui sont imposés ; il lui faut une intervention médicale pour « confirmer son genre ». Même si cette pathologie est culturelle, et même si la Dre Ehrensaft reconnaît ce fait, elle souhaite néanmoins castrer chimiquement et physiquement les enfants qui ne se conforment pas au « genre ». Si un enfant pense qu’il devrait être — ou qu’il est — de l’autre sexe parce qu’il ne se conforme pas aux attentes et aux stéréotypes que la société associe à son sexe, la Dre Ehrensaft juge nécessaire un traitement médical de cette condition à base de médicaments, suivi d’une castration, afin de « confirmer son genre ». Elle a publié deux livres à ce sujet, encourageant la castration des enfants non conformes de genre. Elle a siégé à des comités consultatifs de laboratoires pharmaceutiques afin de favoriser cet usage hors indications de leurs produits.

Peut-être trouvez-vous que j’exagère en parlant de castration ? La Dre Ehrensaft elle-même admet encourager la castration d’enfants :

Une autre tâche cruciale de l’équipe médicale et psychologique est la nécessaire discussion concernant les conséquences sur la fertilité de chacune de ces interventions. Bien que des avancées médicales aient lieu dans le domaine de la préservation des gamètes immatures ou des tissus reproductifs, de nos jours un enfant qui commence au stade de Tanner II un traitement à base d’inhibiteurs de la puberté, suivi d’hormones de l’autre sexe, sera de ce fait stérilisé. Il est également possible, pour l’adolescent ayant déjà vécu sa puberté, que la prise d’hormones de l’autre sexe compromette sa fertilité future, ou que l’individu n’ayant pas subi de suppression des gonades ou des organes génitaux se voie obligé d’interrompre son traitement hormonal s’il souhaite plus tard avoir des enfants qui lui soient génétiquement liés.

Elle le dit elle-même. Stérilisé. Suppression des gonades, Castré. Pas de développement sexuel. Une toute nouvelle caste d’eunuques. Partagez-vous mon inquiétude à présent ?

La Dre Ehrensaft poursuit et entrevoit même un nouveau marché potentiel : la prescription de médicaments à l’« enfant non binaire » :

Aucun autre domaine du soin aux adolescents ne nécessite un travail d’équipe aussi critique entre le médecin et le fournisseur de soins de santé mentale, et ce dernier n’est dans aucun autre domaine autant impliqué dans la prise de décision médicale. C’est un fait qui est récemment apparu en raison de l’émergence, dans les cliniques du genre, de jeunes ne s’identifiant ni en tant que garçon ni en tant que fille, mais en tant que « non binaire », ou « au milieu », adoptant l’optique d’une multiplicité de genres. La question se pose alors de la marche à suivre lorsque ces adolescents demandent une intervention médicale dans le but d’atteindre ce « milieu » : peut-être une légère dose de testostérone, ou une double mastectomie sans autre intervention, et un pronom neutre comme « iel » pour remplacer « il » ou « elle ». Cela ouvre de nouveaux horizons pour les professionnels de la santé mentale et physique d’aujourd’hui, et cela nécessite un échange, une formation du médecin par le professionnel de la santé mentale, et réciproquement, afin d’intégrer tous les aspects biopsychosociaux du traitement pour les cas très divers d’adolescents non conformes de genre qui se présentent pour des soins.

Une légère dose de testostérone n’entraînera sans doute aucun effet secondaire néfaste, à part, si l’on en croit d’autres études, des changements physiques irréversibles et d’éventuelles crises cardiaques.

Si vous ne vous conformez pas aux stéréotypes associés à votre sexe, vous avez besoin d’un traitement médical. C’est ce qu’affirment ces médecins.

La Dre Ehrensaft conclut :

En vingt ans seulement, des modèles sophistiqués sont apparus pour les soins aux jeunes non conformes de genre et transgenres. Nous avons un besoin urgent de nouvelles données de recherche afin de documenter l’efficacité de ces différents programmes, mais grâce aux conclusions récentes de l’équipe d’Amsterdam, nous avons bon espoir que nos soins, particulièrement dans le cadre des modèles de l’attente attentive et de la confirmation du genre, contribuent à la santé du genre. Les chercheurs hollandais affirment que le traitement, soit la suppression de la puberté, l’administration d’hormones de l’autre sexe puis, à l’âge adulte, les opérations chirurgicales de confirmation du genre, « améliore le fonctionnement psychologique des adolescents transgenres. En leur permettant de passer, à un âge approprié, par des étapes importantes du développement, il contribue au bien-être objectif et subjectif du jeune transgenre à l’âge adulte. » 33 Ces auteurs indiquent que l’intervention médicale doit être non seulement précoce, mais complète et multidisciplinaire. Ils reviennent sur le cas de Daniel, le jeune homme dont la situation est décrite au début de cet article, ils écrivent que la capacité des professionnels à aider des jeunes comme Daniel à réaliser leur genre authentique et à faire coïncider ce genre avec leur corps à l’aide des traitements appropriés est cruciale pour le bien-être de tous les jeunes en demande de soins professionnels liés au genre.

Le « modèle de confirmation du genre » n’existe que depuis vingt ans. Il y a vingt ans, la science considérait comme établi le fait que les enfants souffrant de dysphorie du genre deviendraient le plus souvent des adultes gays, et la suppression de leur puberté était déconseillée. Le nouveau modèle a émergé et a été accepté extrêmement rapidement, bien qu’il contredise toutes les données et théories scientifiques admises à ce sujet, et ce malgré les inquiétudes exprimées par les lesbiennes et gays, par des femmes et même par beaucoup de personnes transsexuelles. La question se pose alors : pourquoi ce changement ?

Par ailleurs, la Dre Ehrensaft se contredit à plusieurs reprises dans d’autres parties de cet article : elle affirme que les agonistes de la GnRH ne présentent aucun risque, mais admet plus loin que les risques liés à ce traitement sont inconnus, puis que certains patients ont développé des problèmes de minéralisation osseuse — les mêmes contradictions que l’on retrouve dans l’article précité du Dr Rosenthal. Si ni l’un ni l’autre de ces experts ne parviennent à rester cohérents dans l’espace d’un article révisé par leurs pairs et publié dans une revue médicale, on peut dire que ce « socle scientifique » présente des failles catastrophiques, surtout quand ses propres apôtres et prosélytes semblent se mentir à eux-mêmes quant à l’efficacité de leurs traitements !

La Dre Ehrensaft a publié des livres à ce sujet et travaille avec le lobby GenderSpectrum (elle siège à leur comité de direction), qui offre ses services aux employeurs souhaitant organiser des « formations à la diversité ». Il est impossible qu’elle se montre impartiale dans ses recherches alors qu’elle a un intérêt financier dans la problématique du genre et a déjà été rémunérée par un laboratoire pharmaceutique pour avoir encouragé l’usage de leurs médicaments. Tout ceci n’est pas de l’ordre de la science, mais de la religion. Ce ne sont pas des médecins, mais les gourous d’une secte.

D’ailleurs je veux mentionner une interview très bizarre accordée à la revue Psychology Art, dans laquelle la Dre Ehrensaft emploie le terme « résilience de genre » et affirme que certaines femmes peuvent produire du sperme tandis que certains hommes peuvent produire des ovules ; la Dre Ehrensaft affirme aussi que les parents qui croient au concept de sexe biologique devraient se voir retirer leurs enfants :

La question qui se pose à présent est : que faire si ce type d’intervention familiale n’a pas suffisamment d’influence sur la famille et que celle-ci demeure hostile à l’égard du projet de leur enfant ? À un certain point, les professionnel·le· s de la santé mentale savent que la famille que l’on se choisit est beaucoup plus importante pour se sustenter que la famille dans laquelle on est né, et cela est également vrai pour les jeunes transgenres. En tant que professionnel·le· s de la santé mentale, nous devons parfois aider les jeunes transgenres à trouver de nouveaux foyers et de nouvelles relations. Je ne dis pas qu’il est nécessaire de les retirer de leur foyer, mais il faut du moins s’assurer qu’il existe des endroits alternatifs où ils pourront trouver un soutien et des mentors.

Parfois, cependant, il est nécessaire de penser à les retirer d’un foyer parce qu’il est toxique. C’est comme de la maltraitance et c’est une décision difficile à prendre. Mais je pense que, comment dire, l’espèce de solution extrême aux problèmes de genre qui peut être pratiquée à la maison, j’appellerais cela de la maltraitance. Ce n’est pas le type de maltraitance que je signalerais aux services de protection de l’enfance. Ce n’est pas considéré comme de la maltraitance physique, mais je pourrais appeler cela de la violence psychologique. Donc c’est également de votre ressort.

Diane Ehrensaft veut vous retirer vos enfants si vous refusez de leur donner des médicaments dont l’un des effets secondaires listés est « des dommages aux organes » parce qu’ils ne se conforment pas aux stéréotypes associés à leur sexe.

J’ai lu de nombreux articles scientifiques comme celui-ci — des dizaines. Pour être honnête, j’ai été bouleversée par l’homophobie flagrante qu’ils trahissaient. La plupart de ces textes répétaient les mêmes affirmations, au mot près. Si je continuais à vous en citer des extraits, mon article serait encore plus long et ne serait jamais publié. Ce qui m’a le plus perturbée est la quantité de recherches que j’ai dû effectuer simplement pour trouver une définition du mot « genre ». Pour ces scientifiques, le genre semble être une sorte de construction culturelle, qui serait également une sorte de drame psychosexuel inné que l’on ne saurait résoudre qu’en confirmant n’importe quel « genre » choisi par un enfant et, comme on décide qu’un « genre » donné doit correspondre à un sexe donné, il ne reste plus qu’à traiter médicalement l’enfant (ce qu’on appelle la « transition ») afin de lui faire prendre l’apparence physique des personnes de ce sexe (mais sans qu’il ait aucune des fonctions sexuelles de ce sexe, ni de son sexe de naissance). Tous ces articles affirment que le fait qu’une petite fille se comporte selon « le genre masculin » signifie qu’elle devrait être amenée par transition à « devenir un garçon », au moins en apparence, et vice-versa pour les garçons. Cette « science » est rétrograde et homophobe. Et elle est subventionnée par de grands laboratoires pharmaceutiques et par des milliardaires ayant investi dans ces laboratoires, ou qui ont des motivations personnelles.

Et le pire dans tout cela ? Les statistiques existantes indiquent que toutes ces interventions médicales ne réduisent pas le taux de suicide des personnes transgenres.

Le taux général de mortalité chez les personnes ayant changé de sexe était plus élevé au cours du suivi postopératoire (aHR 2,8 ; 95 % CI 1,8-4,3) que chez les groupes de contrôle du même sexe de naissance, particulièrement la mort par suicide (aHR 19,1 ; 95 % CI 5,8-62,9). Les personnes ayant changé de sexe présentaient également des risques plus élevés de tentatives de suicide (aHR 4,9 ; 95 % CI 2,9-8,5) et d’hospitalisation psychiatrique (aHR 2,8 ; 95 % CI 2,0-3,9). Des comparaisons faites avec des groupes contrôles ont aussi donné des résultats similaires. Les femmes qui deviennent hommes ont présenté un risque plus élevé de comportements criminels que le groupe de contrôle de leur sexe de naissance, mais pas les hommes qui deviennent femmes.

Nous ne savons donc même pas si le modèle actuel de « confirmation du genre » risque d’empirer les choses. Pourtant, on nous affirme que ce traitement médical est absolument nécessaire pour éviter que les personnes transgenres ne se suicident ou ne soient assassinées. Faut-il croire ces allégations extrêmes, ou les données statistiques dont nous disposons ?

En tout cas, j’ai à présent ma réponse : le mouvement transgenre repose sur un socle d’argent, d’absurdités et d’homophobie.

OÙ CELA NOUS MÈNE-T-IL ?

 

Mon enquête a commencé avec le financement de l’élection d’Anchorage, car j’étais intriguée par les grandes quantités d’argent mises en jeu pour une simple ordonnance municipale sur les toilettes publiques. Je pensais écrire un article, non pas sur le mouvement transgenre lui-même, mais sur la manière dont des fondations philanthropiques peuvent propulser n’importe quel enjeu social dans la stratosphère. Je me demandais dans quelle mesure ce phénomène concernait les questions identitaires. J’ai donc suivi la piste de l’argent, ce qui a entraîné plusieurs mois d’enquête, surtout du côté des lobbies. Il était impossible d’inscrire la totalité de mes recherches dans un seul article, mais les faits découverts parlent d’eux-mêmes : le mouvement transgenriste n’est pas un véritable mouvement de droits civiques.

Faisons le point : ce que demandent tous les groupes du lobby transgenre est essentiellement un accès garanti de la population à des médicaments pour usage hors indications. Aucun de ces médicaments n’est approuvé pour traiter les transgenres. Au vu des données statistiques existantes et des processus scientifiques qui fondent ces données, et au vu d’effets secondaires allant jusqu’au décès, il est improbable que la FDA approuve un jour ces traitements pour des essais cliniques. Sauf, bien sûr, si ces effets secondaires sont préférables au résultat observé sans traitement. D’où la nécessité de propager une perception de taux d’homicide disproportionnés des personnes transgenres en regard de la population générale. Prétendre que les effets secondaires sont préférables au suicide du patient est une autre assertion qui ne survivrait sans doute pas à un examen sérieux puisque, comme on l’a vu, l’intervention médicale ne change pas le fait que les personnes transgenres présentent des taux de suicide supérieurs à ceux du reste de la population.

Nous avons en tout cas notre explication de l’avalanche de statistiques incorrectes et de fake news. Un sondage à la méthodologie consternante propagé par une bonne campagne de communication peut masquer la réalité, du moins aux yeux du grand public. Car il ne semble vraiment y avoir aucun moyen de faire approuver ces « traitements » autrement qu’en prétendant que leurs effets secondaires sont négligeables face à la gravité du problème – ces pauvres individus dysphoriques, fragiles et isolés, qui faute de traitement de « confirmation de leur genre », seront condamnés au suicide ou à l’assassinat. Des médicaments dangereux ayant échoué à leurs essais cliniques pourraient être prescrits hors indications à cette fin si le problème devient une question de droits civiques protégés par la loi. Le fait que l’idéologie construite autour de ces exigences soit incohérente, fondamentalement homophobe et utilisée principalement pour transformer des personnes vulnérables en patients à vie n’a aucune importance pour ceux qui ne pensent qu’aux profits en jeu. Le changement de sexe a le potentiel de devenir un très gros business ; tous ces individus amorçant un traitement à l’approche de la puberté et le poursuivant quotidiennement pendant 50 ans peuvent créer un marché de l’ordre de billions de dollars, si ce n’est davantage. Et pensez aux marchés dérivés ! Les opérations chirurgicales peuvent coûter des centaines de milliers de dollars. Et pourquoi pas des modifications corporelles pas encore créées, si ce n’est dans des romans de science-fiction ? Sans compter que cela permettrait de remettre sur le marché certains des médicaments les plus lucratifs des années 90, au moyen d’une approbation en bloc du droit de les prescrire à une nouvelle catégorie de personnes en ayant « besoin ».

Presque tous les philanthropes sur lesquels j’ai enquêté avaient des liens financiers avec l’industrie pharmaceutique : George Soros avec Pfizer et l’entreprise de produits chimiques Monsanto, Jon Stryker, héritier de la Stryker Corporation, bien sûr, qui fabrique du matériel médical et chirurgical… La seule exception était Jennifer Pritzker, qui, à en juger par sa propre transition, a des motivations plus idéologiques. Pritzker est également d’extrême-droite. L’homophobie pourrait être sa motivation, à moins qu’il ne croie vraiment au transgenrisme. Peut-être veut-il réellement se voir « validé » en tant que « femme » par la société. Si c’est le cas, Pritzker est mené en bateau tout autant que le militant transgenre lambda, mais il dispose de beaucoup plus de moyens pour promouvoir son idéologie.

Cette idéologie est au service de l’objectif principal : garantir à un groupe de personnes, sous couvert de protections civiques, l’accès à des médicaments coûteux pour un usage hors indications. Les autres effets de cet impératif semblent importer peu — comme le fait que cette idéologie soit devenue une arme pour attaquer les lesbiennes qui refusent d’intégrer des corps mâles à leur vie sexuelle, celui que la « fluidité sexuelle » soit devenue l’idéal à atteindre, et que des groupes chrétiens de thérapie réparatrice anti-gay se sont approprié ce langage pour promouvoir leurs promesses de « traitement » de l’homosexualité.

Pour ce faire, les transactivistes ont commencé par prendre le contrôle du lobby gay, qui regroupait encore récemment de véritables organisations populaires, en passe de devenir influentes. Ils et elles l’ont fait à l’aide des vastes sommes d’argent fournies par les philanthropes et les entreprises. Ces organisations ont à présent toutes changé de nom pour devenir plus « inclusives », et les gays et lesbiennes ordinaires — surtout les lesbiennes — se sont fait éjecter de leur propre mouvement, au cours de cette période qui a vu la fermeture de presque tous les bars lesbiens des États-Unis. La solitude et l’isolation des gays et lesbiennes sont à nouveau un phénomène croissant, et ces deux catégories de personnes ne bénéficient toujours d’aucune protection civique fédérale.

Le mouvement transgenre finira par se casser la figure, c’est fatidique, parce qu’il ne peut être imposé au grand public sans menaces, et parce qu’un mouvement porté par de grandes entreprises employant des méthodes douteuses, voire illégales, finira par attirer les soupçons et les dénonciations. Sur le long terme, je m’inquiète surtout pour les homosexuels qui ont perdu tout contrôle du mouvement de défense de leurs droits et qui doivent aujourd’hui affronter des personnes convaincues que la non-conformité de genre nécessite des interventions chirurgicales, même dès l’enfance. Je pense que si le mouvement transgenre ne périclite pas pour ces raisons, les procès intentés par ces enfants — devenus grands — le discréditeront pour de bon. La stérilisation d’enfants sans la moindre nécessité médicale et à partir de « données limitées concernant les effets » devrait beaucoup intéresser les avocats spécialisés en dommages personnels et fautes professionnelles médicales.

La conclusion évidente à tirer de tout cela est qu’un homme riche qui souhaite imposer son idéologie ne devrait pas avoir, par rapport aux citoyens ordinaires, un pouvoir aussi disproportionné pour faire entendre sa voix. Nous vivons tous dans des États-nations, nous apportons tous une part proportionnée à la réserve de fonds de ces États, et nous devrions tous avoir voix au chapitre concernant la manière dont ces fonds sont distribués. La capacité des plus riches à détourner ces fonds vers les organisations et services qu’ils jugent optimaux, sans un consentement démocratique, est fondamentalement antidémocratique — et ce même si vous êtes favorable à leurs objectifs. Si les milliards de dollars octroyés à diverses fondations philanthropiques étaient allés à l’État, beaucoup de ces problèmes auraient pu être résolus. Si chaque voix avait un poids égal dans le dialogue politique de notre pays, observerions-nous cette désaffection générale qui engendre les monstres du populisme ?

La politique, à l’heure actuelle, est devenue une guerre entre oligarques cherchant à imposer leurs idéologies à grand renfort de dollars. Leurs soldats sont des militants professionnels convaincus qu’il est dans leur intérêt que cette guerre n’ait jamais de fin. Leurs meneuses de claque sont les médias, eux aussi investis dans cette guerre, car elle leur fournit des contenus, et ils sont prêts à accepter les yeux fermés les dires de ces organisations comme des faits irréfutables. Ajoutez à cela le fait que les médias dépeignent ces luttes sociales comme des enjeux sportifs, et il est facile pour un citoyen ordinaire de s’en désintéresser et d’y devenir indifférent. En dernière analyse, son vote et son opinion semblent n’avoir aucun poids. Tout ceci contribue à créer une société dans laquelle la gauche accepte des idéologies comme le transgenrisme, un système de pensée fondamentalement incohérent et qui traite les enfants comme des cobayes. Une société qui ostracise et réduit au silence toute voix dissidente de la ligne de parti.

L’influence que ces fondations philanthropiques — et les milliardaires qui les dirigent — exercent en politique ne doit pas être sous-estimée, et doit être remise en question. Le mouvement transgenriste de « droits civiques » regroupe : (i) un grand nombre d’organisations astroturfistes créées par des milliardaires ayant dans ce mouvement un intérêt financier, (ii) des professionnel·le·s de la santé qui ont beaucoup à gagner à « vendre » la transgenrisme au grand public (et n’hésitent pas à lui mentir au sujet de leurs traitements), et (iii) des laboratoires pharmaceutiques qui semblent pratiquer le marketing illégal de produits hors indications avec l’aide de ces médecins. Il est difficile de savoir lequel de ces éléments est à l’origine de cette dérive : les philanthropes, les laboratoires pharmaceutiques, les médecins ? C’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Quoi qu’il en soit, ces trois groupes ont beaucoup à gagner en soutenant le mouvement transgenre. Les personnes transgenres, elles, sont perdantes à tout coup. Si aucune étude n’est effectuée de manière impartiale, elles ne peuvent obtenir les réponses dont elles ont besoin pour soigner efficacement leur mal-être. Elles se retrouvent enlisées au cœur d’un mouvement dont le seul objectif est de leur vendre des médicaments, au lieu de chercher un réel remède ou traitement pour la dysphorie de genre. Quand elles ont complété leur « transition » et se retrouvent castrées, sans autres étapes pour Atteindre la Liberté, leur taux de suicide ne baisse pas. C’est que la voie du salut vers laquelle on les a aiguillés était, depuis le début, incomplète : on les a envoyés courir après une chose qu’elles ne pourront jamais atteindre. Et avec le principe de l’autodéclaration du genre, elles ne constituent même plus une catégorie de personnes distincte au regard de la loi, un problème signalé le militant trans et critique du mouvement transgenre, Miranda Yardley.

Le mouvement transgenre moderne est un tigre de papier, ou plutôt d’astroturf. Ce n’est pas un mouvement populaire, il ne s’est pas développé de manière organique, et les seuls intérêts qu’il sert sont ceux des homophobes et des entreprises pharmaceutiques. Il constitue une menace, qui a déjà divisé la communauté LGBT et qui met en péril des droits que les femmes ont chèrement gagnés au cours des cent dernières années. Il va ruiner la vie de beaucoup de personnes : une génération entière d’enfants non conformes de genre qui auraient pu devenir des adultes gays est en passe de se retrouver castrée, fragilisée, souffrant d’effets secondaires allant jusqu’aux lésions cérébrales, sans autre recours que des avocats pour intenter à leurs médecins des procès pour faute professionnelle. Ce « mouvement » doit prendre fin avant que cela n’arrive. Il faut que la communauté LGBT se réveille et en vienne à tenir tête au renard qui s’est introduit dans le poulailler.

Sue Donym est une citoyenne inquiète de cette dérive. Elle vit en Californie du Nord.

Version originale : https://medium.com/@sue.donym1984/inauthentic-selves-the-modern-lgbtq-movement-is-run-by-philanthropic-astroturf-and-based-on-junk-d08eb6aa1a4b

Lire aussi : « Who Are the Rich, White Men Institutionalizing Trangender Ideology », de Jennifer Bilek, https://t.co/ShMdynUbsR

Traduction : TRADFEM

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.