Lee Lakeman, à la Bibliothèque publique de Vancouver, le 10 janvier

Notes ayant guidé mon allocution à la Bibliothèque publique de Vancouver en appui aux propos de Meghan Murphy, des féministes et du féminisme

C’est super que vous vous soyez rendues ici et que vous ayez pu entrer. C’est la victoire de la soirée.

  • Pour montrer à ceux qui ont pris le contrôle de notre bibliothèque et de notre débat public que nous ne nous laisserons pas exclure ou tenir à l’écart.
  • La deuxième victoire consiste à avoir la discussion qu’ils tentaient d’entraver et pour laquelle nous sommes venues.

Mais il est également important de replacer cette réalisation et cette discussion dans sa juste perspective :

  1. le meurtre de femmes, c’est-à-dire surtout le meurtre d’épouses et de femmes prostituées, par des hommes se poursuit au moment même où nous parlons
  2. la violence faite aux femmes et encore plus souvent aux femmes appauvries ou racisées continue d’être sans conséquences sociales pour ces hommes
  3. le harcèlement par les hommes se poursuit, allant jusqu’au meurtre de femmes, en particulier de femmes autochtones qui sont forcées de vivre dans le domaine public en raison de la pauvreté et du manque de soutien social comme du transport en commun et des écoles publiques locales
  4. tout comme se poursuit le harcèlement constant des hommes à l’endroit des femmes qui tentent d’utiliser leurs droits et privilèges légaux pour prendre leur place dans les institutions publiques et la vie politique… ce dont Hannah Arendt parle comme étant la nature même de la vie publique;
  5. les récentes campagnes menées par des femmes victimes de violence masculine et leurs représentantes féministes pour réclamer des comptes à des hommes comme Jian Ghomeshi n’en sont encore qu’à leurs premiers balbutiements et ont jusqu’à présent été freinées plutôt qu’aidées par des procédures judiciaires, par la police et les tribunaux ainsi que par les médias commerciaux et par les médias sociaux.
  6. La lutte pour l’égalité de rémunération n’est pas gagnée et encore moins la lutte pour la répartition équitable des richesses et des ressources.
  7. Le droit à l’aide sociale et aux services sociaux, aux services de santé et à l’éducation a été tellement miné qu’il n’existe pratiquement plus pour les femmes pauvres, pour les femmes immigrantes et pour les femmes autochtones. Faire partie de ces femmes, c’est être criminalisée pour tenter d’échapper à cette condition.
  8. Les femmes n’ont pas un accès adéquat à l’aide juridique et encore moins à une protection adéquate de la loi et à la sécurité de nos personnes.
  9. La garde d’enfants et les soins aux malades et aux personnes âgées continuent d’être dévolus aux femmes, même si c’est de plus en plus le fardeau des immigrantes à bas salaire et à citoyenneté précaire.
  10. La sexualité des femmes est constamment agressée, de sorte que les jeunes femmes ont encore moins le sens du droit à l’autonomie au plaisir sexuel et à l’intégrité corporelle que ma génération ne l’avait gagné. Au lieu de cela, dès l’enfance, elles se vient gavées d’un régime constant de pornographie dans toutes les formes médiatiques.
  11. Le discours international sur les droits des femmes n’est que cela : un discours. À moins que les femmes ne mesurent, ne protestent et n’exigent, rien n’est fait pour garantir l’application des droits des femmes tels qu’inscrits sur papier.
  12. Aucun parti politique ni aucune institution publique ne se sont distingués en tant que combattants pour la libération des femmes. Ils n’ont pas non plus soutenu celles qui se battent pour cette libération. Je suis assez âgée pour me souvenir du Massacre de l’École polytechnique de Montréal et de ce que les gouvernements ont fait à ce moment-là et en cette année du mouvement #MeToo et de diverses campagnes : ils ont fait la même chose… rien comme soutien aux femmes.
  13. Des études internationales confirment maintenant que ce n’est qu’en présence d’un mouvement autonome de femmes que les politiques et les pratiques de l’État commencent à se réformer en direction d’un avancement des femmes.
  14. La non-mixité est une pratique clé du mouvement autonome des femmes. Dans les années 60, nous avons dû reconnaître que si des hommes étaient présents dans nos groupes, ils pouvaient saboter les conversations par leur seule présence.  Cela n’a pas changé.
  15. En fait, pour moi, cette discussion sur « l’inclusion » est vraiment la pratique actuelle de la réaction contre le féminisme.

vpl poster

  1. Quand Meghan m’a demandé de parler :
    • elle imaginait que je vous parlerais de la cause où Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter a dû se défendre en tant qu’organisme voué à la libération des femmes
    • Selon la loi, le tribunal des droits de la personne était censé promouvoir un règlement entre K Nixon qui voulait entrer dans notre organisation et nous qui ne voulions pas que K Nixon fasse partie de notre groupe parce que Nixon ne répondait pas à nos critères, à savoir que Nixon n’avait aucune expérience d’avoir grandi comme femme dès l’enfance.
    • Mais les détenteurs du pouvoir voulaient nuire à Vancouver Rape Relief pour leurs propres raisons et n’ont fait aucun effort pour aider les deux groupes de dépossédés à trouver un arrangement entre eux :

Et donc, dans ce cas, je me demande qui y gagne ?

A propos de l’affaire K. Nixon :

  • Le refus de sa candidature a eu lieu en 1995 ;
  • C’est Nixon qui a intenté la poursuite ;

Nous n’avons pas décidé de définir les femmes, mais plutôt de dire que, quelle que soit la façon dont vous définissez les femmes, nous avons le droit de les rencontrer et de travailler pour les femmes nées femmes ;

Nous avons gagné.

  • Les tribunaux supérieurs nous ont donné raison.  Ils ont convenu que notre objectif était la libération des femmes et que nous pouvions agir dans ce but…
  • avec nos méthodes qui s’appuyaient si fortement sur la conscientisation.

8.  Notre but en tant que mouvement et en tant qu’organisation au sein de ce mouvement n’est pas de donner à chaque femme le choix du sexe dont elle aimerait être ni de promouvoir des idées selon lesquelles chaque femme devrait se pousser à trouver ou créer une liberté personnelle de son propre chef.

  1. Ces idées idiotes sont venues avec le néolibéralisme ;
  1. notre travail principal est de mettre l’accent sur les structures qui empêchent les femmes d’échapper aux rôles sexués et à la pauvreté sexuée et au racisme sexué et d’éliminer,
  1. ces structures qui font respecter le genre par des lois, des normes et des institutions, y compris la violence masculine à l’égard des femmes.
  1. Meghan dit parfois qu’elle se bat pour la liberté d’expression. Ce n’est pas mon cas. Je n’ai pas l’intention de tolérer le discours haineux de la pornographie ou le discours haineux du racisme et je ne suis pas prête à tolérer le discours haineux à l’égard des pauvres.
  1.  Je me bats pour la liberté des femmes et surtout pour cette liberté que Beauvoir décrite comme la liberté qui enrichit la liberté des autres.
  1.  Ce qui se passe aujourd’hui donne à imaginer que Rosa Luxembourg doit se retourner dans sa tombe.  Quel genre de socialisme ou même de social-démocratie excuse le comportement des cadres supérieurs de cette bibliothèque prétendent défendre le beau principe de l’accès à tous ou celui du nouveau maire du NPD qui a dénigré Meghan comme l’un de ses tous premiers gestes au pouvoir ou celui du premier ministre de cette province qui ferme les yeux sur les sévices de membres de son parti envers les féministes ou leur donne libre cours? Ces pratiques ne créent pas de liberté collective.
  1.  Je ne suis pas une grand fan du discours sur les droits humains. Mais si nous devons parler de droits, alors, selon la Charte des droits et libertés, les femmes doivent être reconnues par toutes les extensions de l’État comme étant une catégorie de gens historiquement désavantagées :  52% de la population.
  1.  Je suis ici pour me battre pour l’expression libératrice.

          Je suis ici pour réclamer de la Bibliothèque qu’elle appuie l’expression féministe.

  1.  Le féminisme est la politique qui appelle et a toujours appelé à un avenir égalitaire.
  • À des méthodes non violentes pour y parvenir
  • À un dialogue ouvert et à des processus transparents
  • À une fin aux hiérarchies de race et de classe ainsi que de sexe
  • Et à la fin de la violence qui soutient ces hiérarchies
  • Pour des pratiques sexuelles et une éducation sexuelle égalitaires
  • Pour des pratiques féministes intersectionnelles telles que définies par Kimberlé Crenshaw
  • Pour une théorie du point de vue définie par notre sociologue locale de renommée internationale Dorothy Smith

La collectivité :

  • signifie des conditions assorties aux buts visés,
  • du travail d’organisation en petits groupes,
  • des groupes d’affinité,
  • des collectifs qui s’imbriquent les uns dans les autres,
  • et de l’intégrité personnelle et politique.

Où peut-on se rendre sur ces bases ?

  1.  La conscientisation et son importance. Qu’est-ce que c’est ?

Des échanges véridiques entre personnes qui souffrent des mêmes conditions, ce qui permet de nommer et d’élaborer des stratégies pour lutter contre cette oppression en identifiant ses structures et ses institutions.

Un outil essentiel du mouvement des femmes pour la liberté des femmes Comment l’utiliser ?

  1.  Pourquoi nous ne pouvons pas  » inclure  » ceux qui prétendent « transitionner » du statut d’homme à celui de femme dans ce processus ?
  • Le corps comme base
  • Les relations entre femmes
  1.  (dimension locale), (progressistes féministes) (deuxième vague)

À ceux qui s’imaginent que vous pouvez nous forcer à nous soumettre, vous ne connaissez pas les Canadiennes et les femmes de la Colombie-Britannique qui ont défini le féminisme au cours de ces cinquante dernières années d’action. 

Laissez-moi de vous parler de la formation que j’ai reçue sur les façons de tenir tête à l’intimidation.

  • Mary Two-Axe Early, qui a défié à la fois les racistes blancs et les sexistes autochtones pour se tenir aux côtés d’autres féministes contre le gouvernement qui niait son héritage et donc ses droits ;
  • Jusqu’à cette semaine, j’ai appris de Fay Blaney qui fait avancer le féminisme autochtone et qui, pour le faire, a déjà navigué sur le puissant fleuve Fraser dans une embarcation de caoutchouc pour se tenir aux côtés de petits groupes de femmes dans chacune des réserves, alors qu’elles dénonçaient des hommes de leurs bandes et des dirigeants de leurs collectivités.  Vous pouvez l’entendre sur les pages Web de l’Enquête publique sur les femmes autochtones disparues et assassinées ;
  • Laura Sabia a été l’une de mes premières à m’avoir enseigné le nécessaire courage quotidien du féminisme.  Laura Sabia, élevée dans la religion catholique par un père riche et puissant, a affronté la convention religieuse de sa famille et la foule entourant le pape sur la place Saint-Pierre. En tant que femme d’âge moyen, elle voyageait avec sa fille à Rome et, sur la place pour la bénédiction du pape, elle refusa de se mettre à genoux.  Des milliers de gens s’étaient mis à genoux. Sa fille adulte lui tirait le bras pour qu’elle le fasse.  Elle m’a dit qu’elle avait dit à sa fille, devant cette foule, qu’elle ne se mettrait plus jamais à genoux pour un homme ;
  • Madeleine Parent, qui s’est servie de sa position de fille de famille privilégiée au Québec pour défendre l’autonomie sexuelle des femmes contre l’Église catholique lorsqu’elle a décidé de vivre avec son amant, un autre organisateur politique, ce qui lui a valu un opprobre public.  Elle s’est également rangée du côté des travailleuses du vêtement pour syndiquer les industries textiles contre les propriétaires et le gouvernement corrompu, ce qui lui a valu d’être incarcérée. Elle s’est aussi opposée aux syndicats internationaux en faveur de notre propre mouvement syndical canadien. Je suis très fière de l’avoir rencontrée et de l’avoir entendue prononcer mon nom.
  • Diane Matte, une autre Québécoise, qui a porté les luttes locales de la Marche du pain et des roses sur la scène internationale et l’a centrée sur la violence masculine et la pauvreté des femmes pour créer la Première Marche mondiale des femmes et l’a utilisée pour s’adresser aux hommes du Forum social et de la Banque mondiale ;
  • Rosemary Brown, que j’ai rencontrée lors de mes premières années de travail à l’ouverture d’un refuge, a parlé aux travailleurs et travailleuses sociales de moi et de la nouvelle génération de militantes en disant « cette révolte des maisons de transition et des centres anti-viols est une réalité; la seule question qui compte est de savoir si vous serez avec elles ou dans leur chemin » ;
  • Le caucus des femmes néo-démocrates des années 70, y compris Hilda Thomas, qui s’est jointe à Rosemary et a mis au défi toute la machine du NPD de continuer à appuyer les femmes et les pauvres, serait aujourd’hui embarrassé de voir ce qui est arrivé à leur travail ;
  • Cleta Brown, fille de Rosemary, s’est opposée aux promoteurs et aux proxénètes de la prostitution pour prolonger le travail de ses mères spirituelles ;
  • Mes amies les militantes du droit à l’avortement, comme Judy Rebick, qui s’est interposée entre un homme muni d’un poignard pour protéger le docteur Henry Morgentaler, ainsi que Jackie Larkin, qui s’est enchaînée à la porte d’entrée de la Chambre des communes pour défendre ce droit et qui ont toutes deux pris la défense des femmes autochtones en exigeant une reddition de comptes quant à l’Accord du lac Meech et à la restructuration du Canada ;
  • Les femmes des comités d’enseignantes radicales de Condition féminine Canada, dont Gayle Tyler, qui continue à se battre pour les mères célibataires en quête d’instruction, et qui doivent avoir honte de voir ce qu’il est advenu de leur leaders syndicaux dans leur lâche abandon de la liberté des femmes et leur manque de respect pour les féministes des ces comités ;
  • Les femmes du personnel de Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter qui se sont passées de salaire durant DIX ANS sous le gouvernement socio-démocrates pour avoir défendu l’intimité et les droits politiques des femmes qui les appellent ;
  • Les femmes comme Ajax Quinby qui se sont battues pour la première des maisons de transition de Vancouver, pour être ensuite abandonnées par la BC Government and Service Employees Union (BCGEU),
  • Gloria Lemay, la sage-femme de Vancouver qui a fait face à des accusations criminelles dans les années 80 et à du harcèlement public pendant des années avant que l’establishment médical n’admette enfin que les sages-femmes avaient raison depuis le début ;
  • Trisha Baptie et Danielle Cormier qui se sont identifiées comme femmes prostituées afin de lutter pour toutes celles encore prisonnières du commerce du sexe ;
  • Janine Benedet et Gwendoline Alison qui ont combattu les lois sur la prostitution et la pornographie afin de protéger leurs filles et les vôtres ;
  • Christine Boyle qui a formulé et plaidé l’affaire K Nixon avec nous quand personne ne voulait nous soutenir par peur de l’intimidation.

Avec de tels exemples, comment pourrais-je m’écraser devant une foule minuscule, mais bruyante, d’intimidateurs et d’intimidatrices qui se mettent en travers de mon chemin ?  Ce moment, comme beaucoup d’autres, exige de nous de nous lever et de défendre les féministes comme Meghan, et aucune excuse boiteuse ne suffira à nous en empêcher.

J’ai déjà entendu Bernadette Devlin soutenir, dans une école secondaire de Vancouver, qu’en l’absence d’une clôture sur laquelle s’asseoir pour tergiverser, les libéraux au cœur fragile se chargeront d’en construire une.

Je suis reconnaissante à celles et ceux d’entre vous qui ont traversé les clôtures d’excuses pathétiques et le cordon des intimidateurs pour venir tenir ici vos échanges sur les façons d’affronter l’idéologie transgenre tout en soutenant le féminisme.

Lee Lakeman

Version anglaise originale: https://tradfem.wordpress.com/2019/01/12/lee-lakeman-speaks-at-the-vancouver-public-library-january-10/

Version audio de l’ensemble de cette conférence sur le canal Youtube de Meghan Murphy : https://www.youtube.com/watch?v=Q2L4w837aggg

women stand up

Notes d’allocution fournies par Lee Lakeman à TRADFEM pour traduction, ce dont nous lui sommes extrêmement reconnaissant·e·s.

photo lee

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.