Un mécontentement mal inspiré par rapport à une étude sur le transgenrisme

Quand une personne est-elle assez âgée pour pouvoir prendre des décisions susceptibles de transformer sa vie?

Par Cathy Young, dans Newsday

photo Stop giving kids sex hormones

Toute personne éclairée devrait se féliciter des progrès récents du monde occidental dans la reconnaissance des droits de l’homme et de la dignité des personnes transgenres. Mais l’évolution des attitudes envers l’identité de genre soulève également des questions extrêmement ardues, notamment en ce qui concerne les enfants qui s’identifient comme trans. Quand quelqu’un est-il assez âgé pour prendre des décisions qui modifieront sa vie? Les parents et les professionnels de la santé doivent-ils toujours valider l’identité choisie par l’enfant? Ce sont des conversations importantes. Pourtant, certains les balaieraient sous le tapis au nom du progrès.

Atlantic Cover 1En juin, la revue The Atlantic a publié un article de page couverture du journaliste scientifique Jesse Singal sur les enfants et les adolescents qui s’identifient comme transgenres, puis reviennent à l’identité sexuelle correspondant à leur sexe, parfois après des changements d’apparence et des traitements potentiellement néfastes pour leur santé. Les réactions négatives à ce reportage ont été violentes, tant dans les médias sociaux et dans des publications de centre-gauche. L’auteur et la revue ont été diffamés et accusés de promouvoir le fanatisme.

On voit aujourd’hui se produire une réaction encore plus inquiétante à un article de Lisa Littman, médecin et spécialiste de la santé publique à l’Université étasunienne Brown, qu’a publié à la fin du mois dernier la revue scientifique en ligne PLOS One. L’étude de Littman porte sur un phénomène qu’elle appelle « dysphorie sexuelle soudaine ». Il s’agit de cas où des adolescent·e·s (généralement des filles) commencent soudainement à se dire insatisfaites de leur sexe, souvent après avoir été exposées à des contenus de médias sociaux favorables aux personnes transgenres.

Les parents interrogés dans le cadre de l’étude croient que leurs enfants ne sont pas « authentiquement » transgenres, mais qu’ils et elles s’accrochent à ces identités à la fois comme mécanisme d’adaptation et parce que le fait d’être transgenre est considéré comme « cool » dans leurs cercles sociaux. (L’étude mentionne plusieurs cas dans lesquels plus de la moitié des adolescent·e·s d’un groupe d’amis se sont simultanément déclarés transgenres.) Beaucoup de ces enfants présentent des troubles de santé mentale; certain·e·s ont subi des traumatismes allant du divorce de leurs parents à des agressions sexuelles.

Les détracteurs de l’étude se moquent des allégations d’« apparition soudaine », en suggérant que les parents n’avaient simplement eu aucune idée de la dysphorie sexuelle de leurs enfants jusqu’à ce que ceux-ci et celles-ci trouvent le courage d’en parler. Cela peut être vrai dans certains cas. Mais de tels signalements méritent sûrement d’être étudiés plus avant et de façon prudente – ce qui est tout ce que la Dre Littman se contente de préconiser.

Son article, qui avait franchi les étapes de l’examen par les pairs et du comité de rédaction, a également été vivement critiqué pour sa méthodologie. Littman n’a pas interviewé d’adolescent·e·s; ses répondant·e·s adultes ont été recrutés dans des groupes de soutien à des parents s’inquiétant de l’adhésion de leurs enfants à des identités transgenres. (Bien que les critiques de l’étude décrivent ces groupes comme « anti-transgenre », ces parents étaient en très grande majorité socialement progressistes.)

Néanmoins, les entrevues de parents sont une méthode courante dans la recherche sur le comportement d’enfants et d’adolescents, et les études préliminaires décrivant un syndrome s’appuient souvent sur des groupes auto-sélectionnés. (L’article ne fait d’ailleurs aucune déclaration sur la prévalence de la « dysphorie sexuelle soudaine » chez les adolescents transgenres.) Les défenseurs de Littman soulignent que personne ne s’est opposé à une autre étude aux méthodes semblables qui a conclu que les enfants transgenres allaient très bien.

Les critiques sont libres de critiquer. Ce qui est troublant, c’est la réponse de l’Université Brown. Un article promotionnel sur l’étude de Littman a été retiré du site Web de Brown; la déclaration affichée à sa place a non seulement fait mention de questions sur les méthodes de l’étude, mais a  aussi exprimé des préoccupations selon lesquelles elle « pourrait être utilisée pour discréditer les efforts visant à soutenir les jeunes transgenres et pour invalider les points de vue des membres de la communauté transgenre ».

Même si cette déclaration faisait une brève allusion à la « liberté académique », elle ne comprenait pas un mot en faveur de Littman, une professeure adjointe au statut encore précaire. Cette attitude adresse un message décourageant à quiconque envisage de tenter une étude susceptible de mettre en colère des militants.

Les personnes transgenres ne sont pas toutes de la même opinion; bon nombre d’entre elles sont contrariées par ce qu’elles considèrent comme des démarches aventureuses dictées par la nouvelle mode de l’identité sexuelle. Le débat sur les enjeux du transgenrisme doit inclure diverses voix et recherches qui abordent des questions difficiles.

photo Cathy YoungCathy Young est rédactrice en chef du magazine Reason.

Version originale : https://www.newsday.com/opinion/columnists/cathy-young/misguided-uproar-over-trans-study-1.20865722

Traduit par TRADFEM

Une éditorialiste canadienne très influente, Margaret WENTE, vient également de publier dans The Globe & Mail un éditorial sur cette étude et les tentatives de la censurer: « Pourquoi la dysphorie sexuelle augmente-elle tout d’un coup chez les adolescentes? »

On trouvera plusieurs autres articles sur tout ce dossier dans d’autres pages du site TRADFEM, notamment une recension du livre suivant:
https://tradfem.wordpress.com/2018/05/11/ceci-est-une-experience/

cov Born

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