Messages venus des marges : Pour mieux construire le mouvement féministe

Par Claire Heuchan (Sister Outrider)banniere sister out

Je suis fatiguée, tellement fatiguée. Il y a des jours où j’ai envie de fuir le mouvement féministe. Il y a des jours où j’ai envie de fuir la vie. Jusqu’à maintenant, je n’ai fait ni l’un ni l’autre, parce que j’ai conscience que c’est une maladie qui sème dans mon esprit le germe d’une tendance suicidaire. Et si je dois vivre dans ce foutu monde, vous pouvez avoir l’assurance que je vais essayer d’en faire un meilleur endroit pour les femmes et les filles, en me saisissant à deux mains des racines de l’injustice afin de l’en extirper. Alors que ma santé mentale et ma participation au mouvement féministe ne semblent pas à première vue directement reliées, elles sont systématiquement et pernicieusement affectées par un facteur commun : le racisme.

Il est largement admis par les féministes que la sororité est l’élément le plus nourrissant de notre mouvement, la force qui le maintient en marche malgré le poids de la lutte permanente. Et que, pour les femmes qui vivent nos politiques, dont le but est d’unifier la théorie et la pratique au jour le jour, la solidarité entre nous est vitale pour un féminisme présent dans toutes les sphères de nos vies.

poster HeuchanComme je l’ai écrit précédemment, je crois que le racisme est l’une des principales barrières dressées contre la sororité. Depuis 2014 j’ai consacré énormément de temps et d’énergie à détruire cette barrière en contestant le racisme dans le mouvement féministe. Ceci m’a amenée à assumer la lourde tâche de conduire les femmes blanches vers un espace de compréhension, de les guider dans un processus de désapprentissage du racisme en faisant de mes expériences des enjeux raciaux des moments pédagogiques et – très franchement – de montrer plus de patience envers le racisme ordinaire des femmes blanches qu’on ne pourrait raisonnablement en espérer. J’ai tenté de faire de moi-même et de mes paroles une voie de sortie du racisme, dans un mouvement vers une plus grande solidarité entre toutes les femmes et les filles.

D’une certaine manière, ce projet a été un succès. Je m’en aperçois quand des femmes blanches ont pris le temps de jeter un regard critique sur leur racisme et de changer de comportement envers les femmes de couleur. J’ai procédé à de nombreuses interventions bienveillantes, de plus ou moins grande envergure, et je suis vraiment fière de ce travail quand je constate qu’après nos conversations une femme blanche désapprend consciemment le racisme, quand je vois une évolution dans la manière dont elle pratique son féminisme. Je ne le fais pas parce que les femmes blanches méritent un traitement de vedette, comme quelque Morgan Freeman : en tant que membres de la classe dominante, en l’occurrence celle des Blancs, elles n’ont pas droit à un niveau particulier de compréhension de la part des personnes de couleur. Non, je le fais pour les femmes de couleur dont le chemin croisera celui de ces femmes blanches dans des organisations féministes et d’autres lieux. Les femmes de couleur méritent tellement mieux de la part du mouvement féministe que d’être repoussées à ses marges, tout comme nous le sommes dans le contexte social général. Et ainsi j’ai tenté de construire des microclimats où les femmes blanches puissent être confrontées à des principes antiracistes de base, sans crainte d’être rejetées pour avoir posé des questions indicatrices d’attitudes racistes (là encore, il m’a fallu une patience énorme) ou sans se replier sur une attitude défensive quand ce racisme était interpellé.

Je pense que le racisme prolifère à cause de tous les silences qu’on laisse se développer autour de lui. La race existe en tant que hiérarchie, et les blancs sont investis du pouvoir d’entretenir cette hiérarchie afin de maintenir le pouvoir socio-économique qui s’y rattache. Et maintenir la hiérarchie fonctionne entre autres en faisant de sa reconnaissance un tabou. Par un prodigieux tour de force de gymnastique mentale, parler de l’enjeu racial – et en particulier des réalités de cette hiérarchie telle qu’elle est vécue quand on a la peau noire ou foncée – devient une offense bien plus grande que notre complicité avec l’injustice systématique.

Aborder la question raciale devient une transgression, qui est d’ordre politique. Que ce soit dans les espaces féministes ou dans la société en général, nous sommes toutes et tous, à des degrés divers, récompensé·e·s de ne pas parler de l’enjeu racial et par extension, de n’opposer aucune menace à la « blancheur » en tant qu’idéologie. La honte projetée sur toute parole au sujet de la dynamique raciale agit en quelque sorte comme un rempart, une couverture qui protège le racisme et empêche de le scruter et de le contester en profondeur. Si nous ne pouvons pas nommer ou repérer la discrimination raciale, comment pouvons-nous la combattre ? Cette couche de silence crée une distance entre l’acte raciste et sa prise en compte en tant que racisme. C’est ce qui occulte et protège l’idéologie qui sous-tend le racisme. Et c’est pourquoi j’ai élaboré des contextes dans lesquels on peut discuter de la question raciale.

logo FiliaJ’ai récemment eu l’occasion de donner une conférence d’ouverture à la Rencontre FiLiA 2017, y diffusant ma vision de la solidarité interraciale au sein du mouvement féministe. Ce fut une expérience complexe. J’avais passé des mois à me préparer à parler des possibilités radicales et souvent inexplorées de la sororité, mais ce n’est que le jour précédant cette rencontre que la réalité m’a rattrapée : j’allais pénétrer dans un espace majoritairement blanc pour y parler de racisme, en me plaçant dans une situation beaucoup plus exposée que celle où une femme noire peut se sentir à l’aise. Et c’était un espace particulièrement blanc. J’ai vu plus de femmes noires parmi les étudiantes à la cafétéria d’en haut que dans tous les locaux de la rencontre. La vulnérabilité est un élément nécessaire de l’honnêteté radicale qu’exige la création d’un mouvement, et pourtant il y a un subtil équilibre à trouver entre le fait d’être vulnérable quand on parle de la question raciale, et celui d’être directement exposée au racisme. Néanmoins je me suis exprimée et j’ai énoncé ces idées pour que la rencontre en soit imprégnée.

J’ai été très touchée par les réactions à mon allocution, la plupart du temps de façon favorable. Des femmes blanches m’ont remerciée de leur avoir ouvert les yeux sur des éléments de base du racisme qu’elles n’avaient pas jusqu’alors pris en considération ; elles m’ont communiqué des façons dont elles pensaient s’organiser différemment désormais, et quelques-unes m’ont même dit que mes paroles avaient changé leur vie. Les réponses des femmes de couleur ont été plus diversifiées, traitant du problème d’un point de vue nettement plus proche du mien, et elles m’ont profondément émue. Mais dans les jours qui ont immédiatement suivi la rencontre, une réaction m’a particulièrement abattue.

Après la séance où j’ai pris la parole, j’ai participé à un atelier sur la positivité corporelle, Flaunting Fearlessness (Afficher de la Confiance en soi). Le mouvement sur la positivité corporelle a eu pour pionnières des femmes obèses, handicapées et noires ; leur absence à cet atelier m’a donc paru immédiatement évidente. Les intervenantes étaient quatre femmes blanches sur place et une femme asiatique à Los Angeles, communiquant avec nous par Skype. Je ne donne pas leurs noms, car je ne tiens à dénoncer personne. Je veux plutôt traiter de l’impact de l’oppression de classe, du rejet de la négritude et du capacitisme qui ont émaillé la conversation, sans être signalés par la modératrice de l’atelier. C’était profondément inconfortable, et qui plus est, cela repoussait les femmes dénuées de pouvoir social aux marges du mouvement. En écoutant les panelistes, je devins nettement consciente que nos considérations n’étaient pas perçues comme des problèmes de femmes ni nos luttes comme des luttes de femmes. Comme j’avais passé le matin de la rencontre à inviter les femmes à se doter d’une solidarité interraciale, ce fut pour moi désespérant.

Ma simple présence dans l’auditoire s’avéra extrêmement pénible. Je me demandai si je devais prendre la parole, mais une amie, Siân, me fit remarquer que le fardeau d’une dénonciation du racisme ne devait pas incomber à une femme noire. Elle leva alors la main, et avec une réelle empathie, invita les participantes à considérer le racisme projeté sur les enfants noirs, qui avait eu comme conséquence leur pénalisation par l’école ou leurs cheveux rasés de force par des enseignants. Elle expliqua comment l’argent constituait une barrière dans tant de situations et d’expériences décrites comme cruciales pour la positivité corporelle. Elle dénonça les préjudices causés par la création renouvelée de hiérarchies dans les espaces féministes. Elle souleva la question de la représentation, ou de son absence, dans le panel. Et Siân, audacieuse et brillante, fut applaudie par des femmes dans toute la salle. C’était un des meilleurs appels à une prise de conscience que je n’aie jamais entendus, une invitation authentique, pleine de compassion, à créer plus de liens entre nous.

Mais l’invitation de Siân, comme la mienne, fut rejetée. La participante qui avait affirmé faire partie d’un mouvement si inclusif que même son chien en faisait partie a répondu : « Je pourrais parler de la question raciale toute la journée, mais il n’y a pas que ce problème dans la vie. » Or, dans une société basée sur les principes de la suprématie blanche, la racisation est déjà intériorisée au départ. Entendre affirmer que celles d’entre nous qui défient la hiérarchie raciale sont celles qui créent le problème équivalait à manquer la cible de manière spectaculaire. Il s’avérait impossible d’expliquer cela aux panelistes. La distance était infranchissable. J’ai alors quitté cette séance. Et je ne fus pas la seule.

photo heuchanJe suis sortie de la salle en larmes, vide et épuisée. J’ai trouvé un endroit calme où m’asseoir et reprendre mon souffle. J’ai ensuite attiré l’attention de l’équipe de FiLiA sur le problème, et ses membres ont admis avoir éprouvé des inquiétudes quant à cet atelier. J’ai alors accepté d’aider la collective dans leur prise des mesures nécessaires pour s’assurer que ce genre de chose ne se reproduise pas dans les rencontres à venir –enjeu sur lequel je reviendrai. Ma raison pour ce faire a été la même que mon objectif initial, celui de bâtir une solidarité interraciale entre les femmes, celui d’améliorer un espace féministe au bénéfice des femmes de couleur. Entre-temps, Siân s’assurait que j’allais bien et que je ne me sentais pas seule.

Finalement je décidai de ne pas quitter la rencontre, mais de ne pas assister non plus à d’autres séances ce jour-là. Je me suis plutôt assise sur les marches d’un escalier avec mon amie Liz et me suis laissée entraîner dans une série de conversations agréables avec d’autres femmes, des conversations portant sur les attentes genrées en matière de care, les espaces féminins et la politique des lesbiennes en matière de mariage. Liz Kelly constitue pour moi une sorte de test décisif sur ma participation (ou non) à des échanges avec des femmes blanches dans des espaces féministes. Il y a très peu de féministes blanches en qui j’ai totalement confiance, mais Liz est une de celles-là. Ainsi, les femmes blanches dont elle se porte garante comptent généralement parmi celles avec qui je suis prête à communiquer. Je ne vais pas généraliser cette expérience et dire que c’est une option pour toute femme noire : ce n’est pas le cas. Mais laisser le jugement de Liz informer le mien est un mécanisme qui m’épargne beaucoup d’énergie, qui serait sans cela utilisée à me protéger du racisme, sous une forme ou une autre.

Liz m’a permis de fréquenter une série d’espaces féministes qui m’auraient été insupportables autrement. Le courage de Siân à préserver de l’espace pour les femmes noires m’a épargné travail émotionnel et aliénation. Comme je l’ai écrit précédemment, je déteste le concept d’entraide parce qu’il sombre inévitablement dans une attitude vide et performative. Au lieu d’une aide, je considère de telles actions comme des manifestations de la solidarité entre femmes. La sororité est un pouvoir, ou du moins elle peut l’être, quand les femmes sont prêtes à travailler pour la bâtir.

J’attache de la valeur à la sororité avec les femmes blanches, malgré la complexité de ce défi. Et j’attache de la valeur à la solidarité avec les hommes de couleur, bien que celle-ci soit également compliquée par le contexte. Ces deux solidarités ne s’excluent pas l’une l’autre – en fait, dans mon expérience, elles s’intègrent, du fait d’être toutes les deux le fruit d’une politique de rapprochement. Un garde de sécurité noir ne cessait de me chercher du regard pendant que je dansais avec un groupe de femmes blanches à la fête de FiLiA le samedi soir, et à chaque fois cela me faisait rire. Ces petits moments de compréhension partagée me faisaient me sentir « visible », avec la même certitude que l’apport de Liz ou Siân.

badge Lesbian Feminist LiberationCe sont mes interactions avec d’autres femmes de couleur qui ont pour moi le plus d’importance. Mais pour diverses raisons, toutes directement reliées au pouvoir, ce sont les interactions dont je peux le moins parler. Je ne nommerai pas la plupart de ces femmes, car elles ont assez à faire sans être scrutées par des femmes blanches par suite de ce que j’écris. Certaines (dont moi) se replient sur elles-mêmes dans les environnements féministes majoritairement blancs, trop préoccupées par la meilleure manière de négocier leur espace, trop en garde contre un risque très réel de racisme, pour être vraiment reliées à ce qui se passe. Il en résulte une perte beaucoup plus lourde pour les femmes blanches que pour les femmes de couleur. Depuis que j’ai intégré le mouvement féministe, j’ai vu beaucoup de femmes parmi les plus brillantes et les plus perspicaces que je connaisse garder le silence dans des espaces qui leur sont hostiles, des espaces dans lesquels leurs points de vue auraient été plus pertinents et plus utiles que tout ce qui était dit par les voix dominantes. Tel est le risque de favoriser les voix des femmes blanches par défaut.

Pendant les deux jours de FiLiA, j’ai saisi l’occasion d’entrer en contact avec des femmes de divers réseaux et communautés féministes ; certaines ont mentionné nos rencontres sur leurs pages Twitter et Facebook, une réaction somme toute assez normale. Et, à plus d’une occasion, une autre femme de couleur m’a écrit en privé pour m’indiquer avec quelle femme blanche je devais me montrer prudente et pourquoi. (Quand il est question de racisme, on reçoit toujours de tels messages.) La portée du racisme dans tout espace féministe mixte est déconcertante. Et bien qu’il soit désolant que les femmes de couleur soient dans une situation où se protéger l’une l’autre est nécessaire, il est formidable de se sentir soutenue par cette sororité.

Le résultat final

Le deuxième jour de FiLiA, j’avais amené un tricot ; je trouve rassurant de me livrer à une action répétitive et constructive dont quelque chose de beau va sortir. Je plaisantai avec des amies en disant qu’en revenant le deuxième jour après avoir soulevé le problème du racisme, je me sentais un peu comme Maléfice au baptême d’Aurore. Tricoter était une manière de me distancier de ces tracas et de retrouver le calme. Pendant la pause de midi, je tricotai, assise sur les marches avec un groupe d’amies, ayant atteint le niveau d’anxiété où absorber de la nourriture cesse d’être une possibilité. Une de ces amies était une femme que j’avais croisée à la rencontre précédente, intitulée « Feminism in London ». Nous avions alors toutes les deux gardé le silence, sentant notre présence déplacée (lire : du fait d’avoir la peau visiblement foncée). Bien que la même gêne ait persisté entre nous, nous avons eu une conversation tranquille et chaleureuse au sujet de l’anxiété : je me sentais visible à ses yeux, et j’espère qu’elle se sentait également visible aux miens, ce qui peut être le plus beau des cadeaux quand l’on est consciente d’être définie comme « Autre » par un contexte.

Plus tard, après avoir suivi en tricotant un atelier portant sur les services destinés aux femmes, je sentis que manger était redevenu possible. Dans la file d’attente, je croisai Rahila Gupta et une autre femme. Nous avons parlé de la politique des prises de parole, des voix qui sont entendues et de celles qui sont ignorées. Nous avons parlé de nos allocutions, des moments où nous préférons lire des notes et de ceux où nous nous sentons plus libres d’improviser. Et Rahila me demanda mon point de vue. C’était pour le moins surprenant qu’une femme aussi brillante me traite comme une semblable. Bien avant de la rencontrer, j’avais beaucoup lu sur son travail avec le groupe des Southall Black Sisters, dans les archives de la Bibliothèque des femmes de Glasgow.

Je repensai à notre échange tout le reste de la journée, et longtemps encore après la session de clôture de FiLiA. Maya Angelou, qui reçut la Médaille présidentielle de la Liberté pour ses contributions remarquables à la littérature étasunienne, a dit un jour : « J’ai écrit onze livres, mais à chaque fois je me dis : « Oh oh, cette fois je vais être débusquée. Je me suis jouée de tout le monde, et ils vont s’en apercevoir. » » Comme souvent, ses mots ont fait la lumière sur une vérité dans laquelle je me reconnaissais fortement. Une part de moi-même a l’impression qu’un jour ou l’autre, on découvrira que mes idées sont sans intérêt : toute occasion d’écrire me sera retirée, l’on révoquera mes prix et nominations, et ainsi de suite. Même lorsque j’ai été invitée par l’équipe organisatrice de FiLiA à donner une allocution d’ouverture, je n’avais pas le sentiment qu’il était légitime que j’occupe cet espace, et je craignais que mes opinions sur la construction du mouvement féministe ne soient immédiatement discréditées. Les choses dont je me demande : « Est-il légitime pour moi de dire cela ? » sont souvent celles qui ont le plus désespérément besoin d’être dites. Et pourtant…

Le syndrome de l’impostrice n’est pas inhabituel chez les femmes de couleur. En fait ce syndrome est très répandu dans les réseaux de femmes noires ou foncées de peau qui constituent mes répondantes. Elles réalisent des choses extraordinaires, construisent des espaces extraordinaires, créent des œuvres extraordinaires, mais continuent à être minées par un manque de confiance en elles. Ce sentiment est nourri par le contexte : c’est ce qui arrive quand nous absorbons le racisme et la misogynie que l’on jette sur notre chemin dans cette société. Charlie Brikhust-Cuff est l’une des meilleures journalistes de sa génération, et pourtant elle aussi connaît bien le syndrome de l’impostrice :

« Voilà la différence-clé entre le syndrome de l’impostrice dont souffrent les femmes de couleur et celui des autres personnes : ce sont les forces puissantes qui disent à notre inconscient que nous ne méritons pas le succès et que nous n’avons pas notre place dans les milieux où nous évoluons. Nous ne voyons pas de personnes qui nous ressemblent, nous n’entendons pas d’accents comme les nôtres, et donc nous n’avons pas de modèles. Notre incertitude quant à nos réalisations est la conséquence de la réaction stupéfaite qu’ont les gens face à l’ampleur de nos réussites. »

Si le mouvement féministe est réellement soucieux de libérer toutes les femmes et les filles, alors nous, en tant que féministes, devons nous assurer que nos espaces ne reproduisent pas ces vieilles hiérarchies, mais au contraire leur opposent un défi efficace. Si ces espaces se trouvent à être racialement mixtes, les femmes blanches ont la responsabilité d’élever le statut des femmes de couleur, de placer nos voix au centre plutôt que de nous repousser dans les marges du mouvement. Les femmes blanches ont la responsabilité de désapprendre activement leur racisme. Les femmes blanches qui s’accrochent au racisme sont celles qui devraient contester le discours dominant des politiques féministes, plutôt que de laisser ce fardeau aux femmes de couleur, dont les paroles sont un défi fondamental à un patriarcat capitaliste où la blancheur est hégémonique.

Dans les semaines qui ont suivi FiLiA, j’ai vécu des émotions très contradictoires, mais finalement je maintiens ma vision radicale de la sororité, celle où une véritable solidarité interraciale entre les femmes est possible. Que j’aie ou non l’énergie de participer à la mise en œuvre de cette vision est une tout autre question. Je n’ai pas une santé excellente. Je ne suis pas non plus une ressource à l’usage des femmes blanches qui souhaitent approcher mes semblables. Et pour être honnête, je trouve beaucoup plus tentant de dédier toute cette énergie à devenir une as du crochet, une activité qui me nourrit plutôt que de m’épuiser.

Néanmoins, j’ai parlé de cette rencontre avec Lisa-Marie, la fondatrice de FiLiA. Pour moi, le facteur signifiant est la manière dont une femme blanche réagit au racisme – va-t-elle nier l’existence du problème, ou va-t-elle l’empoigner par la racine ? Lisa-Marie était persuadée que FiLiA devait devenir un espace où les femmes pourront s’engager dans une politique féministe libérée du racisme, de l’oppression de classe, du capacitisme et de toute autre forme de discrimination. Elle reconnaît tout à fait les imperfections de FiLiA dans sa formule actuelle, et est déterminée à ce que cet espace aborde de front les enjeux de pouvoir structurel – ce qui est la raison pour laquelle je lui ai offert mon point de vue sur la possibilité d’évolution de FiLiA et l’ai autorisée à me tenir au fait des développements à venir. FiLiA a des défauts, mais aussi d’énormes possibilités. Il se peut qu’avec suffisamment de travail, FiLiA devienne un espace où la sororité interraciale fleurira. Comme je l’ai dit sur l’estrade : « Être féministe, c’est être optimiste. »

Claire HEUCHAN

Traduction : TRADFEM

On peut lire d’autres billets de l’écrivaine Claire Heuchan en version originale ou française sur son blog (https://sisteroutrider.wordpress.com/), sur d’autres pages de TRADFEM ainsi que dans ses ouvrages.

cov Women on the Shelf cover Sister Outrider

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