Y a-t-il rien de plus merveilleux qu’un homme qui te mecsplique ce que signifie être une femme?

par Hadley Freeman, le 31 mars 2018, dans The Guardian 

Il y a une inquiétude compréhensible à l’idée de s’opposer à une avancée historique. Mais je peux vous dire ce qui n’a jamais contribué à une telle avancée : hurler à des femmes de se taire.

photo Womens March Londres

Des manifestantes lors d’un défilé de femmes à Londres, en janvier. Photo : Daniel Leal-Olivas / AFP / Getty Image

Une de mes nouvelles récentes préférées – et de très loin – est le compte rendu de deux féministes qui se sont rendues, les seins nus, à une séance de natation réservée aux hommes à Dulwich, au sud de Londres, en expliquant qu’elles s’identifiaient ce jour-là comme des hommes… Un vieux monsieur a d’abord semblé confus. « Je lui ai dit que j’étais un homme et il m’a répondu : « Oh vraiment? » », a ensuite expliqué une des femmes aux journalistes. « C’était une réaction très britannique. » D’autres hommes présents à la piscine ont fait preuve de moins d’équanimité et se sont plaints à la réception. (NdT:  Une entrevue des manifestantes vient d’être publiée sur le site Feminist Current et est présentement en traduction pour TRADFEM)

I am a man today

Vendredi le 16 mars, deux féministes britanniques, Amy Desir et Hannah Clarke, ont participé à une session de natation réservée aux hommes au Dulwich Leisure Centre, en ne portant que des shorts et des casques de bain rose.

Le mot d’ordre de cette manifestation intitulée #ManFriday avait été lancé sur le forum internet Mumsnet, un foyer réconfortant de féminisme radical de nos jours, dans le cadre d’une campagne contre certains changements proposés à la Loi sur la reconnaissance du sexe au Royaume-Uni.

Actuellement, toute personne qui veut changer de sexe légal doit avoir vécu dans le sexe choisi pendant deux ans et avoir obtenu un diagnostic médical de dysphorie sexuelle. Si les changements proposés sont adoptés tels quels, toute personne deviendra en mesure de se déclarer femme ou homme, qu’elle ait ou non apporté des changements réels à son mode de vie ou à son corps. C’est ce qu’on appelle « l’auto-déclaration » et les réactions exprimées à ce jour ont confirmé l’aphorisme célèbre de Margaret Atwood : « Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux, tandis que les femmes ont peur que les hommes les tuent. »

Les hommes ont généralement ignoré cet enjeu, jusqu’à ce qu’il fasse irruption dans leur vestiaire de leur piscine, tandis que beaucoup de femmes faisaient valoir depuis plusieurs mois que les hommes prédateurs pourraient désormais s’imposer sans contestation dans des espaces réservés aux femmes.

Manif MeToo

Vous avez peut-être pensé que la campagne #MeToo, dans laquelle les femmes ont dénoncé le caractère universel des agressions sexuelles et du viol, rendrait les gens plus compréhensifs des préoccupations concernant la sécurité des femmes. Vous auriez tort : ​​rien ne vous fait paraître plus libéral ces jours-ci que d’engueuler les femmes qui expriment de l’anxiété basée sur leur vécu.

Mais, comme avec les experts, nous possédons apparemment tous assez d’expérience vécue maintenant. Lorsqu’un transfemme âgé de 19 ans a été élu répondant aux femmes du parti travailliste britannique l’an dernier, un conseiller de ce parti a expliqué qu’« un vécu de femme » n’était pas un pré-requis pour être élu répondant aux femmes. La biologie aussi a été jugée terriblement dépassée. Leanne Wood, du parti nationaliste gallois Plaid Cymru, a expliqué ce pourquoi les hommes s’identifiant comme transfemme devaient être autorisés à entrer dans les refuges pour femmes violentées : le féminisme inclusif, a-t-elle écrit, comprend que « le sexe est une chose complexe et profondément personnelle, et va bien au-delà des idées dépassées de la biologie ». Le jour de la Marche des femmes de cette année, le modèle trans Munroe Bergdorf a tweeté que « les références aux systèmes reproducteurs » lors des manifestations était « réductrices et excluantes ».

permettez moi de mecspliquer

Rien dans tout ce discours ne vise à rendre le féminisme inclusif; il s’agit de contrôler la façon dont les femmes parlent de leur vie. Personne – homme, femme, trans ou non – n’a le droit de le faire.

J’essaie de penser à quelque chose de plus patriarcal que de dire aux femmes d’arrêter de s’occuper des vagins lors d’une marche des femmes. Peut-être un film biographique sur le Dieu de l’Ancien Testament, mettant en vedette le VP des États-Unis Mike Pence? Parce que rien dans tout ce discours ne vise à rendre le féminisme inclusif; il s’agit de contrôler la façon dont les femmes parlent de leur vie. Personne – homme, femme, trans ou non – n’a le droit de le faire. L’inclusion signifie faire campagne pour le plus grand bien du groupe, et non se plier aux différences de chaque individu – quelqu’un peut-il informer Bergdorf que les femmes irlandaises se battent toujours pour abroger le 8e amendement, qui leur interdit d’avorter? La biologie féminine a été utilisée par les hommes pour opprimer les femmes pendant des millénaires, et dire aux femmes de ne pas en parler maintenant est une nouvelle forme d’oppression.

Étrangement, certaines des discussions les plus houleuses que j’ai eues à ce sujet n’ont pas été avec des personnes trans, mais avec des hommes d’idéologie libérale. Je parle sûrement pour nous toutes, mesdames quand je dis n’aimer rien de plus que de voir un homme mecspliquer longuement ce que signifie être une femme aujourd’hui.

look kitten I am a man

Je n’ai que 40 ans d’expérience mais, comme nous le savons toutes, l’expérience est maintenant un concept dépassé. Il y a quelque chose d’assez révélateur, dirons-nous, à voir le plaisir non dissimulé que prennent ces « frères conscientisés » à traiter de « TERFS » les femmes (les plus âgées, en particulier) qui osent parler de leurs droits et de leur corps, en revendiquant qu’elles se taisent sous menace de les ostraciser.

Les femmes ont dû se battre si dur pour obtenir une place à la table, pour le droit de se définir, pour des espaces où elles se sentent en sécurité. Tout homme qui cherche aujourd’hui à ridiculiser leur inquiétude face à ces changements de paradigmes, en étalant des platitudes dénuées de sens ou des accusations d’intolérance, témoigne de sa position privilégiée en tant qu’homme.

Il y a une inquiétude compréhensible à l’idée de s’opposer à une avancée historique. Mais je peux vous dire ce qui n’a jamais contribué à une telle avancée : hurler à des femmes de se taire. Le genre est une impression subjective et la biologie est un fait physique, et la raison pour laquelle des espaces sont réservés aux femmes n’est pas de protéger quelque essence féminine intérieure particulière, mais parce qu’il existe des différences physiques significatives entre les corps masculins et féminins et que ces derniers ont longtemps été désavantagés.

comment reconnaitre mecplicateur

C’est une chose que les femmes et les transfemmes devront sans doute négocier ensemble, parce que c’est une question de droits des femmes. Tout homme, qui n’a aucune idée de ce que c’est que d’être opprimée en tant que femme ou en tant que transfemme auto-identifié, et qui s’amène monté sur son cheval blanc pour tenter d’interrompre le débat avec des propos incendiaires, ne contribue pas à la recherche de solutions. Il n’y a pas de façon simple d’accommoder à la fois les droits des transfemmes auto-identifiés et ceux des femmes. Dans certains cas, ces personnes partageront des espaces, dans certains cas elles ne le feront pas, et parfois il faudra trouver une troisième solution.

ManFridayContrairement à ce que pensent certains hommes, les sentiments des transfemmes auto-identifiés ne sont pas les seuls qui importent. Il existe quelques qualificatifs assez clairs pour désigner ceux qui cherchent à imposer la position contraire. Mais le mot « conscientisés » n’en fait pas partie.

 

Version originale : https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2018/mar/31/man-explains-what-means-be-woman

Traduction: TRADFEM, gracieusement autorisée par The GUARDIAN.

SWIM eNGLAND

MISE À JOUR de TRADFEM: Au lendemain de la publication  dans The Guardian de cet article de Hadley Freeman sur l’initiative du groupe #ManFriday, les responsables de la réglementation des piscines du Royaume-Uni, l’organisme SWIM ENGLAND, ont annulé leur invitation aux personnes transgenres à envahir les piscines correspondant à leur choix d' »identité de genre », en reconnaissant enfin le caractère « sinistre » et « dangereux pour les femmes » de cette lubie.

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