Avec l’activisme transgenre, l’année 2017 a marqué une résurgence du rejet sexiste traditionnel des femmes et de leurs droits.

 

Quand des universitaires et de soi-disant progressistes rejettent les préoccupations des femmes au sujet de leurs droits comme une forme de « panique morale », ils s’alignent sur les antiféministes et les forces de droite.

Le 4 janvier 2018, par MEGHAN MURPHY, sur FEMINISTCURRENT.COM

Défilé trans.jpg

À la Marche des femmes de San Francisco, le 21 janvier 2017, des activistes du groupe TransDyke Anti-Lesbian Antifa défilent armés de battes de baseball peintes aux couleurs du drapeau transgenriste – https://gendertrender.wordpress.com/2017/06/27/transdykes-the-anti-lesbian-antifa/.

Il y a beaucoup à dire sur l’année écoulée. On a vu simultanément des types dégueulasses être élevés (à rien de moins que la présidence des États-Unis) tandis que d’autres étaient forcés à rendre compte de leurs actes (notamment grâce à la campagne #MeToo). Le féminisme a apparemment connu une vague de popularité, le dictionnaire Merriam-Webster en faisant son « mot de l’année ». La Marche des femmes qui a eu lieu en janvier dernier aux États-Unis a été la plus grande manifestation d’une journée de l’histoire du pays. Et le magazine TIME a donné aux dénonciatrices, qualifiées de « Silence Breakers », le titre de personnalité de l’année. Il y a naturellement eu des contrecoups. Les droits des femmes restent menacés, et des gens qui se prétendent leurs alliés – les activistes queer, la gauche et les progressistes – ont tenté de redéfinir l’analyse féministe comme un discours haineux.

Ainsi, Meg-John Barker, une universitaire britannique qui enseigne la psychologie à l’Open University, soutient, dans un article publié par The Conversation, que 2017 représente une « année de panique morale au sujet du transgenrisme ». Après avoir rappelé qu’il y a seulement trois ans, 2014 a été salué comme le « point de bascule du phénomène transgenre », grâce à l’émergence soudaine et la célébration par les médias de vedettes identifiées comme trans, p. ex. Laverne Cox et Janet Mock, elle déplore que 2017 ait fait place à une sorte de ressac « anti-trans ».

Barker n’est pas la première personne à tenter de dépeindre la réaction populaire (et en particulier féministe) à la tendance transgenriste comme une hystérie irrationnelle. On a également vu ce cher Owen Jones, un chroniqueur soi-disant progressiste du Guardian, en être réduit à s’indigner en bredouillant du fait que des femmes osent contester publiquement l’impact de l’idéologie et de la législation d’identité de genre sur leurs droits et protections en tant que femmes. Lui aussi a qualifié cette réaction de « panique morale ».

Jones a raison quand il dit qu’il semble que l’histoire se répète, mais pas de la façon dont il pense.

En effet, les féministes et les militantes pour les droits des femmes ont été qualifiées d’hystériques et ont vu leurs préoccupations rejetées comme une prétendue « panique morale » dès la première vague de leur mouvement. Les arguments féministes contre le harcèlement sexuel, la violence conjugale, le viol, la pornographie et la prostitution ont été ridiculisés comme une « panique morale » afin de dénigrer les préoccupations des femmes sur leur propre vie et leur oppression, en les qualifiant d’émotionnelles et irrationnelles, plutôt que de les reconnaître comme réelles, rationnelles, et dignes de considération.

Je trouve toujours fascinant de constater que, d’une manière ou d’une autre, l’intérêt des femmes à être traitées comme des êtres humains et à éviter la violence masculine soit systématiquement réduit à de la paranoïa et de la pudibonderie. Au lieu de répondre à notre analyse politique et à nos arguments, on dépeint toujours et encore les femmes comme aux prises avec des peurs irrationnelles. (Comme si nous ne devions pas craindre la violence masculine ?)

Lorsque nous nous interrogeons, par exemple, sur le droit des hommes à acheter l’accès aux corps de femmes et de filles, on nous accuse de « putophobie ». Lorsque nous nous opposons aux efforts des activistes trans pour détruire les espaces des femmes et empiéter sur leurs droits, on nous étiquette « transphobes ». Celles qui disent que la pornographie déshumanise et avilit les femmes sont traitées de « prudes », comme si la seule raison que nous pourrions avoir de ne pas aimer l’inceste et les « tournantes » serait que nous ne sommes pas sexuellement libérées.

Fait intéressant, les militants anticapitalistes ne sont jamais accusés d’avoir peur de l’argent et les écologistes ne sont pas qualifiés de « pollutophobes ». Aucune personne progressiste n’accuserait un militant du mouvement Black Lives Matter de créer une « panique morale » à propos de la suprématie blanche et de la violence policière raciste. Ce n’est absolument pas une coïncidence si des gens qui se considèrent comme progressistes et solidaires des mouvements de justice sociale n’hésitent pas à rejeter ainsi activisme politique des femmes et à recourir à des stéréotypes sexistes et obsolètes face au féminisme.

Personne ne devrait s’étonner que le transgenrisme soit devenu un débat central dans la sphère publique et parmi les féministes, vu la rapidité avec laquelle cette idéologie et des individus s’identifiant comme trans se sont imposés dans tous les domaines académiques, sportifs, médiatiques et politiques. Des notions aussi absurdes que celles de « cis » et de « privilège cisgenre » ont été adoptées presque universellement par des autrices féministes libérales et des médias progressistes, malgré la quantité de femmes qui continuent à faire valoir que ces termes sont insultants et trompeurs quant au fonctionnement du genre en régime patriarcal. En quelques années seulement, des politiques et des lois basées sur la notion d’« identité de genre » ont été proposées et adoptées dans plusieurs pays occidentaux, avec très peu de débats ou d’attention à leurs impacts sur les femmes. Au même moment, les personnes qui interrogent, contestent ou tentent simplement de discuter l’idée du transgenrisme, l’orientation d’enfants vers un changement de sexe, l’intolérance des activistes trans ou les lois sur l’identité de genre se voient intimidées, chassées des tribunes, diffamées et menacées.

Il n’est pas étonnant que le débat soit devenu passionné. En effet, c’est ce à quoi vous pouvez vous attendre lorsque des personnes sont forcées d’adopter un dogme et réduites au silence ou accusées de « violence » quand elles et ils essaient de poser des questions pertinentes.

La notion même d’une « identité de genre » contredit de prime abord l’analyse féministe, pour laquelle le fait d’être née de sexe féminin est ce qui enferme les femmes dans une classe de personnes opprimées, qu’elles s’identifient ou non à cette position. Mais les activistes trans et les théoriciennes queer comme Barker refusent de tenir compte de cet argument ou des préoccupations exprimées par les femmes quant à l’impact d’inscrire dans les lois un concept aussi vague et régressif que celui d’« identité de genre ». On élude également des enjeux aussi cruciaux que l’admission ou non d’hommes dans les prisons, les vestiaires et les maisons d’hébergement réservées aux femmes. Au lieu de cela, Barker décrit toute contestation de cette idéologie comme n’étant rien de plus qu’une attaque haineuse, infondée et irrationnelle contre des personnes identifiées trans, en écrivant :

« On appelle panique morale le fait de soulever des préoccupations sociales au sujet d’un problème. Les paniques morales impliquent souvent la désignation d’un groupe particulier comme ‘bouc émissaire’ responsable d’une série de maux sociaux. »

En fait, Barker ne semble pas différer des antiféministes du média Spiked, qui prétendent que la campagne #MeToo est une « panique de harcèlement » qui diabolise injustement les hommes. Elle affirme que les personnes identifiées trans sont vilipendées par toute contestation ou question au sujet du transgenrisme, de l’activisme trans et des politiques qui permettent à n’importe quels hommes d’accéder aux espaces réservés aux femmes, sur la seule base de leur auto-identification. Elle refuse délibérément de reconnaître que ce que les femmes craignent n’est pas quelque transgenre abstrait, mais les hommes, spécifiquement. Personne ne soutient, comme le prétend Barker, que les personnes identifiées trans soient spécifiquement dangereuses ou violentes. Ce qui a été avancé, c’est que les hommes constituent une menace pour les femmes, quelle que soit la façon dont ils s’identifient. Si ce fait est considéré comme relevant d’une « panique morale » aux yeux de gens comme Jones et Barker, alors leur discours est mieux adapté à un public de droite qu’à un auditoire progressiste.

Barker dit que ce genre de « panique morale » (communément appelé « analyse féministe ») existe pour « nous permettre d’attaquer un groupe spécifique pour des problèmes auxquels nous participons tous »… Comme si nous n’avions aucune idée de qui commet tous les viols et la plupart des agressions en ce monde et comme si les femmes en étaient également coupables…

Ce genre d’absurdités sexistes et de blâme des victimes n’a pas sa place au XXIe siècle. Le culte transgenriste sera de courte durée. Trop de gens perçoivent déjà cette tendance pour ce qu’elle est et ont été désabusés par les tactiques violentes, misogynes et malhonnêtes des activistes trans. Si notre avenir en est bel et bien un où les femmes réussissent de plus en plus à vaincre l’oppression patriarcale, les universitaires comme Barker qui utilisent leur tribune pour manipuler et mentir afin de promouvoir une idéologie sans fondement seront jugés cruellement par l’histoire, ridiculisés comme ceux qui croient encore que la terre est plate et condamnés comme autant de nouveaux Inquisiteurs.

Version originale : http://www.feministcurrent.com/2018/01/04/thanks-trans-activism-2017-saw-return-old-school-sexist-dismissals-women-womens-rights/

Traduction : TRADFEM

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3 réflexions sur “Avec l’activisme transgenre, l’année 2017 a marqué une résurgence du rejet sexiste traditionnel des femmes et de leurs droits.

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