La violence masculine est le problème et les transfemmes la commettent aussi.

Par Jaqueline Sephora Andrews, sur le blogue GenderApostates

L’ampleur dévastatrice de la violence masculine à l’égard des femmes et des transfemmes est sous-déclarée et sous-reconnue, et la violence perpétrée par certaines transfemmes contre les femmes est niée en bloc. On peut constater une bonne part de l’hostilité venimeuse que ressentent ces transfemmes envers les vies et les convictions des femmes dans la guerre qui déferle actuellement sur l’internet, et de plus en plus dans le monde réel, entre les féministes et les transactivistes, une guerre sur ce que signifie être une femme, être une transfemme et être membre d’une espèce humaine qui présente un dimorphisme sexuel. À titre d’homme transsexuel qui souhaite analyser le système de genre dans lequel je vis, et qui veut contester une culture des transfemmes qui reflète les comportements et les attitudes des hommes non transsexuels, j’espère utiliser cet article pour analyser ce désaccord, ainsi que les attitudes et comportements qui surgissent dans le cadre de cette discussion.

La violence masculine est réelle, perverse, dégoûtante, abyssale, et elle constitue une pandémie mondiale. Les femmes et les filles vivent partout dans le monde aux mains des hommes des niveaux de violences vraiment horribles : 35 % des femmes ont été victimes « soit de la violence physique et/ou sexuelle d’un partenaire intime, soit de la violence sexuelle d’un non-partenaire ». Ce sont donc 35 % de PLUS DE LA MOITIÉ DE LA POPULATION MONDIALE qui vivent des violences sexuelles. Il s’agit d’une violence infligée à des femmes par des hommes pour le seul crime d’être une femme. Cette culture de la violence masculine est également omniprésente dans la violence infligée aux personnes transsexuelles. Un sondage mené au sein de l’Union européenne sur la violence contre elles a révélé que 79 % de 2669 répondants et répondantes avaient vécu une forme de harcèlement allant de commentaires transphobes à des violences physiques et sexuelles. Un autre rapport a constaté que 50 % des personnes trans avaient vécu des violences sexuelles. Toutes ces études, indépendamment de leur exactitude respective, peuvent servir à mettre en lumière la même conclusion : il existe, dans le monde entier, une culture d’hommes commettant de la violence, y compris de la violence sexuelle, à un niveau vraiment sous-reconnu, contre les personnes que ces hommes considèrent comme des non-hommes et donc méritoires de violence (que ce soit à cause de leur nature féminine ou d’une masculinité jugée insuffisante).

La violence masculine est un problème qui marque et va continuer à marquer la vie de plusieurs personnes, et c’est aussi vrai dans mon cas personnel. J’ai été tyrannisé sans relâche durant mes années d’étude pour ne pas m’acquitter assez bien du rôle « masculin », pour être visiblement homosexuel et pour être non conforme aux stéréotypes de genre. Cela m’a causé des dommages irrémédiables, a inhibé ma capacité de former des amitiés et des relations saines avec les hommes, et cela m’imposera toujours les séquelles d’une grave tentative de suicide. Donc, veuillez m’excuser d’avoir une relation hésitante avec les hommes et avec les personnes qui agissent de façons reflétant celle dont j’ai été traité par d’autres hommes – et cela inclut bien d’autres transfemmes. Mon expérience n’est pas exceptionnelle ; mes conversations avec beaucoup de transfemmes que je connais m’ont appris le caractère courant de cette expérience de ne pas correspondre au rôle de genre masculin et de vivre des violences dirigées contre nous comme conséquence directe de notre non-conformité de genre.

Gender Apostates graphic

(Du site Gender Apostates)

Avant de continuer, permettez-moi de préciser ma définition de « transfemme », afin d’éviter tout malentendu. À mon sens, les transfemmes sont des hommes qui modifient leur corps pour se permettre de vivre, au meilleur de leurs capacités, dans le rôle social de « femme ». Ce comportement ou traitement peut être désiré pour diverses raisons, y compris une dysphorie sexuelle intense, un dégoût de la masculinité, ou plus communément et comme c’est le cas pour moi, un mélange de ces deux raisons. Voilà comment j’interprète la transsexualité et le statut de transfemme, et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire mon essai intitulé « Transwomen Are Women Period… Or Not (And That’s Okay) » – reproduit au http://snowflakeespecial.tumblr.com/post/119780852693/transwomen-are-women-period-or-not.

Pour revenir à mon argument de départ, et compte tenu de cette définition, si des transfemmes souhaitent vivre dans le rôle social de « femme », les transfemmes devraient – et insérez ici un massif « EN THÉORIE » – être des individus tolérants qui agissent et se comportent d’une manière faisant preuve d’empathie pour les femmes. En tant qu’êtres humains, nous devons nous respecter, mais nous avons également certaines expériences en commun, et nos deux groupes vivent (à des degrés différents et variables) la difficulté de vivre en régime patriarcal où nous sommes considérés comme inférieurs (les femmes pour être des femmes, et les transfemmes pour être incapables de performer la masculinité violente, nous révélant ainsi être des « hommes inutiles »). Malheureusement, cette solidarité ne s’avère pas. Au lieu de cela, nous habitons un monde où des transfemmes attaquent des femmes parce que ces dernières comprennent que la biologie existe et que les femmes et transfemmes diffèrent biologiquement ; quant aux lesbiennes, on les informe qu’elles doivent voir les hommes comme des partenaires sexuels si ceux-ci s’exclament posséder une « identité féminine ». Ce phénomène est de plus en plus fréquent chez des « transfemmes » dont la transition s’effectue après une vie entière à bénéficier du privilège masculin et du patriarcat en tant qu’hommes conformes aux stéréotypes de genre, ceux-là même qui ont promu et continuent à promouvoir des violences misogynes et homophobes à l’égard des femmes, et des hommes non conformes en matière de genre. Ces transfemmes font étalage de leur domination masculine et, loin de lutter contre les entraves du rôle masculin, y ont prospéré.

Les comportements dont font preuve ces « transfemmes » (j’utilise des guillemets parce que nous ne sommes pas dupes, mais aussi pour reconnaître que ces gens partagent ma condition, malgré ma consternation) sont inexcusables ; ils reflètent explicitement ceux des hommes violents qui attaquent les femmes et les transfemmes. Il existe une culture croissante de ce comportement qui est commis et non seulement excusé mais encouragé, puisque ceux qui se livrent à de violentes attaques contre les femmes sont récompensés par des éloges. Je trouve incroyablement bouleversant que ce comportement soit commis au nom d’un mouvement, le transactivisme, qui est censé exister à mon intention. Je trouve également troublant le recours croissant à l’expression « transphobe » comme étiquette servant à censurer des femmes de manière socialement acceptable. Ces « activistes des droits des transgenres » défendent non pas un monde où nous pourrions vivre exempt.e.s de violence masculine, mais un monde qui nous exempterait toute critique de la part de celles auprès de qui (ou plutôt « en tant que qui », comme on le dit plus souvent) nous souhaitons nous « identifier », ce qui ne cesse de me dégoûter.

Si vous entretenez encore l’illusion que ce comportement ne reflète pas ceux que les hommes utilisent contre les femmes et contre les transfemmes, vous n’avez pas à chercher plus loin que du côté des « alliés masculins » non transsexuels du mouvement transgenre, qui reprennent joyeusement les termes utilisés par des militants transgenres pour faire taire les femmes. Le hasard faisant bien les choses, ces hommes amassent ainsi des points comme « super-justiciers » alors même qu’ils réitèrent l’oppression masculine des femmes. Ces « alliés masculins » démontrent ainsi que le transactivisme est vraiment un mouvement qui existe pour ramener les femmes au silence, à la soumission et à l’obéissance, et pour permettre aux hommes de vivre libres de la contrainte de penser aux femmes en tant qu’êtres humains et égaux, des êtres ayant leurs propres expériences, vies, droits et opinions. Je constate de plus en plus que des gens qui prétendent être comme moi et partager mon vécu sont des personnes qui répètent les paroles, les comportements et les actes de ceux qui m’ont harcelé, insulté, agressé et violenté. Les personnes qui disent « défendre mes droits » dans cette guerre contre les femmes utilisent les mêmes techniques et actions que celles qui ont servi à me pousser au suicide, et je trouve cela angoissant. Nous avons des « transfemmes » qui exigent que je les considère comme des égales, faute de quoi je suis un « Truscum », qui exigent de parler en mon nom et qui exigent que je me plie à leurs diktats « sinon… » Nous avons des « transfemmes » aux comportements prédateurs qui refusent de reconnaître que mes expériences existent et sont valides, pour ensuite prétendre qu’elles sont « exactement comme moi » et que nous avons une « sororité » indestructible. Chaque action, chaque mouvement de ces gens s’éloigne en peu plus de l’aide dont moi et les gens comme moi (les transsexuels) avons besoin et se rapproche un peu plus d’un effacement de mes expériences vécues en tant que transsexuel qui était un garçon non conforme aux stéréotypes de genre avant sa transition. Il devient impossible pour moi de parler de mon passé ou d’analyser ma vie, car dès que je suggère que je ne suis pas et que je n’ai jamais été une femme, on m’insulte, on me dénonce et on m’enjoint de dénoncer « les TERFs » et d’abdiquer mes opinions.

Je souhaite suggérer que ce qu’on appelle les « guerres du genre » est moins une guerre qu’une offensive à sens unique. Une offensive qui reflète la dynamique de pouvoir déjà mise en place dans la société où des hommes de pouvoir décident de qui attaquer et des femmes sont dominées et forcées de modifier la façon dont elles vivent leur vie (par exemple en se qualifiant de « cis-femmes » et en renonçant même au mot « femme ») pour s’assurer de ménager de fragiles ego masculins et pour s’éviter la menace et l’exercice de violences. Ces attaques menées contre des femmes au nom du « transactivisme » sont inutiles, dégoûtantes et ne font que créer un écran de fumée pour dissimuler le fait que le vrai problème et la vraie menace proviennent des hommes, du système de genre et du patriarcat.

La vérité, en fin de compte, est que je fais de mon mieux pour me débarrasser de ma socialisation masculine, mais que je dois accepter mes limites. Je suis et je serai toujours une transfemme, donc par définition un homme, et mes 18 ans de socialisation en tant qu’homme vont toujours imprégner mes expériences et ma vie. En dépit de mes tentatives de lutte et de dissidence, j’ai été socialisé dans la classe de l’oppresseur: celui qui commet la violence et celui qui pratique l’assujettissement de la femme. Ce n’est pas une chose à laquelle je peux échapper et ce n’est pas une chose que je peux changer.

Version originale : http://genderapostates.com/male-violence-is-the-problem-and-transwomen-commit-it-too/

Activiste de longue date, Jaqueline Sephora Andrews est décédé subitement en 2016. On peut lire plusieurs autres de ses textes au https://jaquelineandrews.wordpress.com/

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