Lettre ouverte aux groupes LGBT, aux systèmes de santé et aux médias concernant les jeunes diagnostiqué-e-s à tort comme transgenres

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par Justine Kreher

Après avoir étudié le sujet du traitement des jeunes transgenres depuis environ un an, j’ai rédigé cette lettre pour exprimer mon inquiétude au sujet de la nouvelle approche d’affirmation du genre dans le traitement des enfants présentant une dysphorie sexuelle. Mes préoccupations sont énumérées dans l’essai suivant, « Do Youth Transgender Diagnoses Put Would-Be Gay, Lesbian and Bisexual Adults at Risk for Unnecessary Medical Intervention? » (Les diagnostics de transgenrisme chez des jeunes font-ils courir à d’éventuel-le-s adultes gais, lesbiennes et bisexuelles des risques d’intervention médicale inutile?)
Diverses versions semblables de la lettre ci-dessous ont été envoyées à des organisations telles que la Commission des droits de la personne, le Centre national pour les droits des lesbiennes et l’organisation PFLAG, ainsi qu’à des organisations de santé des LGBT comme la division 44 de l’APA (section LGBT de l’American Psychological Association) et le réseau IPsyNet (une liste complète des organisations ayant reçu ce texte figure ci-dessous).
Le but de cette lettre est d’informer ces organisations des situations où des adolescent-e-s (principalement des femmes) sont diagnostiqué-e-s comme trans pour ensuite se désister (une fois dépassée leur dysphorie initiale), une situation très préoccupante puisque les effets de la testostérone sont permanents et que ces traitements sont administrés à des mineur-e-s.
Ma lettre pose également la question de savoir si les inhibiteurs hormonaux et les démarches sociales de transition préviennent de tels désistements. Je reconnais pleinement que les enfants trans ont le droit aux meilleurs soins de santé possibles et que les personnes trans ont le droit de plaider pour ce qu’ils et elles estiment être les meilleures solutions pour leur communauté.
En même temps, je crois aussi qu’empêcher un enfant d’évoluer au-delà d’une dysphorie en raison de la confusion créée par des transitions sociales ou de l’utilisation de produits chimiques sont des gestes qui portent atteinte à l’avenir de cet enfant et constituent un déni de droits humains, surtout ceux de la communauté LGB qui serait la plus touchée par ces interventions sociales et médicales sur des enfants et des adolescent-e-s.
La version ci-dessous de ma lettre a été envoyée à l’American Psychological Association.
« Aux membres de l’APA,
J’ai envoyé diverses versions de cette lettre à de nombreuses organisations de défense des droits des LGBT, aux médias et à des organisations actives en santé mentale, y compris votre division 44 (division LGBT de l’APA).
Je fais partie du nombre croissant de personnes de gauche, de droite et de centre qui sont très préoccupées par l’augmentation rapide du nombre d’enfants réticent-e-s aux stéréotypes de genre qui se retrouvent diagnostiqué-e-s comme transgenres, comme par les mesures de transition pédiatrique d’adolescent-e-s et d’enfants d’aussi peu que cinq ans.
J’ai toujours été une ferme alliée des personnes trans et je souhaite les meilleurs soins possibles pour tous les jeunes LGBT. J’ai évolué d’une position favorable aux transitions d’enfants jusqu’à éprouver aujourd’hui de sérieux doutes sur ces pratiques, en particulier pour les jeunes lesbiennes gais et bisexuel-le-s, puisque la majorité des jeunes en viennent à dépasser la dysphorie de genre et sont susceptibles d’être LGB, plutôt que trans. Certaines études semblent indiquer que même des enfants très dysphoriques peuvent devenir plus tard des adultes gais, même s’il s’agit d’une minorité.
On a aussi constaté récemment une augmentation spectaculaire et inattendue de demandes de chirurgie de réaffectation sexuelle chez des adolescentes, qui souffrent souvent de graves problèmes de santé mentale, mais peu de gens semblent prendre la peine de s’interroger sur ce développement.
Les inhibiteurs hormonaux sont promus comme étant sûrs et réversibles, mais il semble y avoir un taux nul ou presque nul de désistements chez les enfants placés sous Lupron dans les cliniques qui rendent compte de ces données. Comme beaucoup de jeunes réticent-e-s aux stéréotypes de genre dépassent leur dysphorie à la puberté, cette donnée semble suspecte. Bloquer la puberté prévient peut-être le désistement. Où est la preuve que ce n’est pas le cas?
J’ai rédigé un billet de blogue à propos de ces questions (hyperlien ci-dessous). Ce texte est bien documenté et cite des articles approuvés par des comité de lecture. Je trouve étrange que des gens comme Jesse Singal, James Cantor, Alice Dreger et Sarah Ditum (tous hétérosexuel-le-s, à l’exception de Cantor), soient beaucoup plus préoccupés par les impacts négatifs possibles de cette dynamique sur les jeunes gais et lesbiennes que ne le sont les médias gais et lesbiens et les communautés militantes et de la santé qui, soit ne sont pas conscients que des gens se préoccupent, soit restent tout simplement apathiques face à ces enjeux.
Si le modèle d’affirmation de genre à 100% présentement promu par des militants trans, dont certains appartiennent à l’industrie des soins de santé, et même par des organisations LGBT, empêche n’importe quel-le jeune de développer une relation saine avec son corps, cela est extrêmement contraire à l’éthique. Soumettre à une transition médicale toute personne LGB non trans ou tout-e autre jeune qui en serait autrement venu-e à accepter son sexe natal n’est pas un dommage collatéral acceptable, et on peut se demander si cela n’est pas en train de se produire. En fait, il est indéniable que certaines personnes ayant vécu une transition pédiatrique pour ensuite choisir la détransition commencent aujourd’hui à témoigner de leur expérience. Il ne s’agit donc que d’une question d’échelle de ce phénomène.
« Do Youth Transgender Diagnoses Put Would-Be Gay, Lesbian and Bisexual Adults at Risk for Unnecessary Medical Intervention? » (Les diagnostics de transgenrisme chez des jeunes font-ils courir à d’éventuels adultes gais, lesbiennes et bisexuelles des risques d’intervention médicale inutile?)
Après la mise en ligne de ce texte, des parents m’ont contacté au sujet de leur fille qui n’avait aucun antécédent de dysphorie enfantine. Elle avait été hospitalisée en raison de deux épisodes d’idéation suicidaire en début d’adolescence, mais pas pour des raisons de dysphorie. Elle s’est soudainement déclarée trans quelques années plus tard, a menti au thérapeute de genre sur des questions clés, et a débuté un traitement à la testostérone en tant que mineure.
Les parents se sont fait dire de la placer sous testostérone dès leur premier rendez-vous. Le thérapeute de genre (TG) n’a jamais interrogé les parents au sujet d’une dépression ou de sentiments d’anxiété qui auraient pu contribuer à la condition de l’enfant. Le TG a interviewé les parents pour les caractériser comme « oppresseurs » ou « non oppresseurs » dans leurs propos. Cela s’est fait au cours d’une seule rencontre, où l’on n’a jamais demandé aux parents quoi que ce soit à propos des antécédents de l’enfant. La jeune a attesté des sentiments de confusion avant d’entrer en thérapie et, dans un délai très court, a commencé à prendre de la testostérone. Ces parents se sont dit choqués de la rapidité avec laquelle on a décrété que leur enfant mineure nécessitait une intervention médicale drastique ayant des effets permanents.
Je suis désolée mais c’est là de la négligence. La profession psychologique place sous testostérone des mineurs ayant de graves problèmes de santé mentale après trois rendez-vous (le minimum exigé au Royaume-Uni). J’ai parlé à un éthicien, un docteur en psychologie sociale, un docteur en travail social, un pédiatre et un psychologue praticien (très bien informé sur tous les enjeux LGBT y compris les questions relatives aux trans) et ils ont tous convenu que cette procédure dérogeait fortement aux critères éthiques.
C’est maintenant l’une des nombreuses histoires similaires que j’ai entendues. Plusieurs d’entre elles proviennent de parents de jeunes, pour la plupart devenues lesbiennes, qui avaient insisté pour se faire prescrire des inhibiteurs hormonaux, ou des mastectomies et de la testostérone, et dont les parents ont refusé d’obtempérer, pour ensuite voir ces jeunes évoluer au-delà de leur sentiment de dysphorie.
Une femme avec qui  je suis en contact avait une fille qui avait songé à changer de sexe en début d’adolescence. Elle est maintenant une adolescente plus âgée qui s’identifie comme lesbienne. Plusieurs thérapeutes de genre à qui la mère avait parlé lui ont dit que sa fille était trans.
Nous entendons de plus en plus d’histoires semblables à celle-là, de jeunes diagnostiqué-e-s comme trans dès leurs premiers rendez-vous sans analyse sérieuse de leurs antécédents. Même quelques exemples d’erreurs sont quelques-uns de trop. Qui défend les droits de ces jeunes aux cas borderline?
La promotion de l’idéologie du genre chez les enfants suscite également des conflits dans les écoles. En voici un exemple:
Lorsque des enfants de 7 ans sans signes précédents de dysphorie reviennent à la maison et demandent « Maman, est-ce que je peux changer de sexe » après avoir été exposé-e-s à des programmes de familiarisation aux enjeux trans, des parents ont peur.
Il est clair qu’il faut absolument mettre fin partout aux conduites d’intimidation de toutes les personnes réticentes aux stéréotypes de genre.
Mais il sera extrêmement dommageable pour la bonne réputation et la confiance qu’ont établies avec la population les défenseurs des droits des personnes homosexuelles au cours des dernières décennies si jamais il est prouvé que ces programmes accroissent la persistance de la dysphorie de genre ou que certains thérapeutes de genre  se comportent avec négligence auprès des jeunes.
Voici une citation d’une mère dont la fille, ici encore, n’a jamais présenté d’indications précédentes de dysphorie enfantine (elle n’est pas la seule à dire ces choses, et ces parents sont généralement ouverts d’esprit, des libéraux tolérants à l’endroit des personnes homosexuelles et non des conversateurs) :
« Ma propre fille prétend être un garçon. C’est un cauchemar. Cette attitude est apparue de nulle part à l’âge de 15 ans – ce n’est pas le cas d’une fille qui a toujours voulu être un garçon, ou qui a toujours agi en garçon. C’est une fille qui était fière d’être une fille jusqu’à ce qu’elle se développe physiquement et que les garçons et les hommes commencent à la traiter comme un morceau de viande et une citoyenne de deuxième classe. Le cauchemar est que les médecins et les thérapeutes ne sont pas autorisés à remettre en question pourquoi elle veut être un garçon … Ils sont donc prêts à prescrire des injections de testostérone et une double mastectomie malgré le fait qu’elle est mineure. Ces « traitements médicaux » physiques pour son problème psychologique sont permanents et barbares. Il serait contraire à « l’éthique » pour les professionnels de fournir tout autre traitement. C’est un cauchemar pour une mère. »
Les protocoles appliqués aux trans stérilisent des enfants, causent des effets permanents, nécessitent des interventions chirurgicales invasives et risquées, et créent une dépendance hormonale à vie. Encore une fois, j’ai toujours été une partisane inflexible des droits des trans, et la recherche soutient les effets bénéfiques de la transition. Mais le mouvement des gais et des lesbiennes ne se préoccupe aucunement de ces interventions extrêmes sur des mineur-e-s malgré les risques qu’elles font courir à certains jeunes LGB.
Une censure extrême entoure ces questions au sein de la gauche. J’ai toujours souhaité l’unification des divers groupes LGBT. Mais à l’heure actuelle, ma priorité va aux jeunes lesbiennes, pas à la rectitude politique. J’espère juste que vous comprenez les implications de voir des organisations de droits LGBT promouvoir tout cela sans poser de questions et aller jusqu’à accuser d’intolérance les personnes qui en posent.
Beaucoup de gens gais et bisexuels ne croient pas qu’il y a toujours une démarcation claire entre les gais et les bis qui résistent aux stéréotypes de genre et les trans. Nous voulons que nos jeunes grandissent dans une culture d’acceptation corporelle, et les organisations LGBT n’ont pas le droit de prétendre publiquement que cet enjeu n’est pas controversé dans notre communauté. Il y a des LGB et même des trans qui tiennent énormément à ne jamais laisser se reproduire le traumatisme qu’a vécu la jeune trans qui témoigne de son expérience dans le texte ci-dessous. C’est une histoire tragique :  https://b0rnwr0ng.wordpress.com/2016/07/28/response-to-fear-of-a-trans-planet/
J’aimerais beaucoup recevoir une réponse concernant ce sujet très important. Merci beaucoup du temps que vous y consacrerez.
Justine Kreher, Royaume-Uni
P.S.: Diverses autres versions de cette lettre ont été adressées aux organismes et personnes suivantes : StonewallUK, Lambda Legal, The Trevor Project, GLSEN, PLAG, The HRC, The National Center for Lesbian Rights, GLSEN, GLAAD, Act Up, Log Cabin Republicans, Binet USA, personnel du Huffington Post Queer Voices, personnel de Diva Magazine Staff, Autostraddle, AfterEllen, Lesbian News, Michelangelo Signoreli, John Aravosis, Dan Savage, Joe My God, Rainbow Health, Diane Ehernsaft, Kristina Olson (et le reste du personnel du Trans Youth Project), personnel du Rainbow Health, personnel du Seattle Children’s Center/Ingersoll Gender Center, l’APA, BPS Sexualities, GLMA, IPsyNet
Cette traduction de TRADFEM est publiée avec l’accord de l’autrice.
ILLUSTRATION: Laura Repetti.

Le réseau de télévision BBC a diffusé il y a deux semaines un documentaire équilibré sur cette question : « Transgender Kids: Who Knows Best? ». On peut en visionner une copie au https://archive.org/details/BBC-trans-kids  

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