Hommes battus ou faits estropiés ?

Initialement publié sur le site Web de F.A.I.R. (Fairness and Accuracy in Reporting)

Les maris sont-ils battus autant que leurs épouses aux États-Unis? John Leo, chroniqueur affilié au U.S. News & World Report, en est convaincu.

« Cela ne fait aucun doute, » a-t-il affirmé à l’émission Crossfire du réseau CNN (7/2/94). « Une chercheuse l’a établi dès 1980 . »

Quand le co-animateur Michael Kinsley lui a demandé s’il semblait plausible que les femmes soient aussi violentes que des hommes, Leo a rejeté la question. « Nous n’avons même pas besoin de nous le demander, a-t-il dit. Les preuves sont là. Toutes ces études l’ont démontré. »

Leo n’est pas le seul à soutenir qu’il y a parité entre hommes et femmes battues. La violence familiale « n’incombe pas à l’homme ou à la femme, » écrivent Judith Sherven et James Sniechowski dans une tribune libre de L.A. Times (6/21/94). « Le mâle est tout autant que la femelle prisonnier de cette danse de destructivité mutuelle. »

« Pourquoi protestons-nous devant la violence domestique infligée aux femmes et ignorons-nous la violence contre les hommes ? », plaide Warren Farrell, avocat de la cause des hommes, dans un billet publié par USA Today (6/29/94). Il va même jusqu’à affirmer que la violence de femmes est aussi néfaste que celle des hommes, sinon pire.

Alan Dershowitz, un membre de l’équipe de défense au procès pour meurtre d’O.J. Simpson, a utilisé sa chronique régulière du L.A.Times (7/21/94) pour soutenir que le meurtre conjugal est « d’abord une question psychologique de violence familiale omniprésente des deux parties, le fruit d’interactions passionnelles dans le couple. »

Cependant, toutes ces doléances et insinuations voulant que les « hommes battus » soient un problème aussi répandu et sérieux que celui des femmes battues reflètent des études qui ont été soit discréditées soit citées hors contexte.

Une des principales sources de Leo (U.S. News & World Report, 7/11/94) est Richard Gelles, qui a enquêté avec Murray Strauss sur la violence familiale. Leo aime peut-être le travail de Gelles, mais Gelles n’aime pas celui de Leo : « Il se contente des faits qui l’arrangent et les tord pour leur faire dire ce qu’il veut, » a confié Gelles au magazine de F.A.I.R. EXTRA!Update.

Les chiffres de Gelles/Strauss qu’utilisent Leo et d’autres sont établis en demandant simplement aux gens s’ils ou elles ont déjà frappé, poussé, ou giflé leurs partenaires. Ils ne rendent pas compte du contexte de la violence conjugale. Ils n’indiquent pas si la violence a été utilisée en agression ou en autodéfense, ou si elle a causé ou souhaitait causer des blessures. Faute d’un tel contexte, l’utilisation de ces données mène à d’étranges conclusions : On pourrait ainsi conclure que la violence des enfants à l’égard de leurs parents est un problème beaucoup plus sérieux que la violence des parents contre des enfants, par exemple.

Gelles a finalement mis sa recherche en perspective dans une tribune du Long Island Newsday (2/22/94) : « Dans la majorité des cas, les femmes agissent en réponse à des provocations ou menaces physiques ou psychologiques. La plupart recourent à la violence pour se défendre de violences. »

Ceux qui allèguent une équivalence entre la violence conjugale contre les hommes et celle employée contre les femmes ignorent ou font fi des statistiques du Bureau of Federal Statistics (Bureau de la statistique fédérale), qui a constaté que 92 pour cent des personnes à signaler des agressions par un partenaire intime sont de sexe féminin. Ils négligent également les rapports de salles d’urgences, où 90 pour cent des victimes de violence conjugale sont des femmes.

Mais apparemment, les statistiques ne sont pas le point fort de ces avocats des hommes battus.

Dershowitz, par exemple, prétend que les statistiques d’une étude menée par le Bureau de la statistique fédérale démontrent que « les femmes tuent presque autant que les hommes dans le contexte des meurtres conjugaux ». En fait, ce qu’a prouvé cette étude, c’est que les hommes commettent 66% des ces homicides conjugaux; ainsi donc, pour Dershowitz, « presqu’aussi souvent » veut dire « à moitié moins souvent ».

Sherven and Sniechowski, dans leur tribune, affirment que « la moitié des meurtres de conjoints sont perpétrés par les épouses, un pourcentage qui est resté stable avec le temps ». Dans les faits, si on se fie aux données 1991 du FBI, qui a les statistiques les plus complètes en matière de meurtre, 71% des personnes tuées par un conjoint sont des femmes.

Même s’il est vrai qu’il existe des hommes victimes de violence conjugale, les recherches sérieuses sur la violence démontrent qu’ils ne représentent qu’une petite fraction du nombre des femmes battues – peut-être 5% (Voir Mildred Daley Pagelow, L.A. Times, « Battered Men’ Syndrome Is a Myth: Abuse: While there are husbands who are victims, the claims of huge numbers are based on faulty research »). Ce n’est pas rendre service à ces hommes que de laisser des commentateurs se servir de chiffres gonflés et cités hors-contexte pour prétendre que le violence conjugale n’est de la faute de personne en particulier – suggérant ainsi que l’on ne doive rien y faire.

 

Version originale : http://fair.org/extra-online-articles/battered-men-battered-facts/

Traduction : TRADFEM

Complément de lecturehttp://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/01/larnaque-de-la-symetrie-de-la-violence.html

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Une réflexion sur “Hommes battus ou faits estropiés ?

  1. Et parmi les 10 à 20% d’hommes battus, combien le sont par un conjoint de sexe masculin ?
    En tout cas merci encore à vous pour ces traductions.

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