10 mythes sur la prostitution, la traite et le Modèle nordique.

par Meghan Tyler

 

Quand la Coalition Contre la Traite des Femmes – Australie (CATWA) a annoncé la publication de notre nouveau rapport sur le Modèle nordique, les défenseurs de l’industrie du sexe ont commencé à cibler notre page Facebook.

Quand j’ai renchéri sur le succès de ce modèle dans une tribune pour The Conversation, une poignée d’hommes, et une éminente féministe australienne, ont passé des heures à diffuser des inexactitudes à propos des politiques publiques de l’approche nordique sur la prostitution, dénigrant toute personne assez stupide pour croire que l’on puisse contrer une industrie florissante faisant commerce du corps des femmes.

Ces inexactitudes et mensonges sont familiers à quiconque a écrit ou dit quoique ce soit qui critique publiquement l’industrie du sexe. Les mêmes prétentions, généralement sans référence à des éléments pertinents, sont répétées tellement fréquemment dans certains milieux qu’elles en sont pratiquement devenues des mantras. Si vous le dites assez souvent, ça devient vrai, non ?

Avec le souci d’offrir une réponse de plus de 140 caractères à ces critiques ô combien prévisibles, voici une liste de réponses aux mythes les plus communs qui m’ont été balancés par les pro-prosto :

1) Je suis travailleur-euse du sexe, je choisis le sex work et j’adore ça.

C’est une des ritournelles les plus populaires et elle est considérée par bon nombre des gens qui l’utilisent comme une sorte d’« échec et mat » argumentaire, comme si tout individu déclarant aimer le sex work faisait magiquement disparaître tous les autres constats de violence, de syndrome de stress post-traumatique et de traite omniprésents dans la prostitution.

Maud Olivier, la députée socialiste qui a récemment déposé en France le projet de loi pénalisant l’achat d’actes sexuels, a balayé du revers de la main ce qu’elle a appelé « l’hypocrisie » de ces critiques : « Donc il suffit qu’une seule prostituée dise qu’elle est libre pour que l’esclavage des autres soit respectable et acceptable? » a-t-elle demandé à ses collègues parlementaires.

Mais le refrain « J’aime le sex work » continue à être mis de l’avant comme un argument massue à l’encontre de la généralisation prêtée aux féministes radicales, et à d’autres intervenantes, comme quoi les systèmes prostitutionnels sont universellement nocifs pour les femmes.

Cet argument reflète plusieurs quiproquos au sujet de l’analyse radicale, du concept d’oppression structurelle et de débats éculés au sujet de la conscience aliénée. Ce n’est pas parce que vous aimez quelque chose que ce n’est pas nocif (de même qu’aimer quelque chose ne le rend pas automatiquement féministe.) Les féministes radicales critiquent aussi les normes de beauté comme étant nocives, et dire que vous choisissez de porter des talons hauts ne rend pas cette critique fausse. Ni que ces féministes vous détestent si vous en portez (celle-là, je l’ai entendu chez beaucoup en premier cycle) ou si vous êtes en situation de prostitution.

De même, quand une personne ayant une démarche radicale souligne que le libre choix est un conte de fée, que toutes nos actions s’inscrivent dans certaines conditions matérielles, cela ne veut pas dire que nous sommes tous et toutes infantilisées, telles de petits drones incapables de prendre des décisions par nous-mêmes. Cela veut juste dire que nous n’évoluons pas dans un vide culturel à prendre des décisions complètement étrangères aux structures existantes, telles que les inégalités économiques, le racisme et le sexisme.

2) Seules les travailleuses et travailleurs du sexe sont qualifiés pour parler de la prostitution.

Ce mythe est souvent utilisé en tandem avec le premier. Voici d’ailleurs le meilleur/pire exemple que l’on m’en ait balancé à la figure

Bien sûr, ce genre d’échanges peut faire partie d’un problème plus vaste, le recours foireux à une expérience personnelle pour couper court aux recherches  et disqualifier de larges orientations sociales (par exemple, « le sexisme n’existe pas car je ne l’ai jamais vu ! »); mais il y a davantage dans ce genre d’interactions au sujet de la prostitution. Répéter sans cesse que seul.e.s les travailleurs et travailleuses du sexe en activité ont qualité pour commenter l’industrie du sexe, c’est d’une part tenter de museler les voix des survivantes de ce commerce et, d’autre part, c’est prétendre que les conséquences de la prostitution ne concernent que celles et ceux et qui s’y trouvent.

Il est vrai que l’opposition féministe à la prostitution s’est beaucoup concentrée sur les atteintes subies par les femmes dans la prostitution – et à juste titre : ces atteintes sont graves et de nature endémique. Mais, comme le montrent les adeptes du modèle nordique, l’existence de systèmes prostitutionnels est aussi un obstacle à l’égalité de genre pour tout le monde.

Tant que l’on peut vendre et acheter comme objets sexuels des femmes (et oui, il y a des hommes prostitués, mais s’il vous plaît soyons honnêtes et admettons que parler de « personnes » ne sert ici qu’à occulter le fait que la très grande majorité de ces personnes sont des femmes), la prostitution devient un enjeu pour toutes les femmes. Les Suédoises et Suédois ont reconnu cela avec la mise en place de la première disposition à interdire l’achat de sexe en 1999, et la ministre française des Droits des femmes est justement en train de réexpliquer cela en ce moment.

3) Tous les travailleurs et travailleuses du sexe sont contre le modèle nordique.

Tout d’abord, il est important de souligner que pour chaque lobby de l’industrie du sexe comme Scarlet Alliance qui s’oppose au modèle nordique, il existe au moins une association de survivantes qui le défend.

Cette assertion selon laquelle toute femme ayant la moindre expérience de l’industrie du sexe déteste le modèle nordique est une tactique argumentative utilisée par un certain nombre de lobbies de l’industrie du sexe de par le monde et elle s’appuie lourdement sur le mythe numéro deux. Cette prétention s’accompagne presque toujours d’un lien vers le blog de la lobbyiste Petra Ostergren qui prouve (nous dit-on) que toutes les femmes dans la prostitution détestent le modèle nordique et qu’elles préféreraient une légalisation généralisée.

Il est clair qu’il existe un nombre d’adversaires très bruyant.e.s au modèle nordique au sein de l’industrie du sexe et qu’ils et elles disposent de tribunes très bien placées. Mais on peut difficilement affirmer que ces organisations représentent toutes les femmes en prostitution dans le monde, ou qu’un billet occasionnel sur un blog (avare de références ou d’autres preuves) démontre que le modèle nordique est un échec.

4) Le modèle nordique nie l’agentivité des travailleurs du sexe.

Un des points que les critiques semblent avoir bien du mal à comprendre concernant le modèle nordique, c’est qu’il consiste en fait à pénaliser les acheteurs, et non à restreindre les personnes en prostitution. C’est pour cela qu’il décriminalise les personnes prostituées. Ce modèle n’élude aucunement la possibilité du « choix » de la prostitution, il pose plutôt le fait que l’achat de femmes dans les systèmes prostitutionnels est une chose que l’État devrait décourager activement.

L’équation est vraiment très simple : le modèle nordique reconnaît qu’une baisse de demande pour la prostitution et de demande pour la traite des personnes entraîne logiquement une baisse de la prostitution et de la traite, d’où une baisse du nombre de femmes exposées à ces genres particuliers de violence et, par là, de meilleures chances de réaliser l’égalité des sexes.

Si vous pensez que l’État doit encourager l’accroissement de l’industrie de la prostitution et traiter celle-ci comme une forme légitime d’emploi pour les femmes, alors vous disconviendrez de cette stratégie, mais ça ne signifie pas que le modèle nordique nie l’agentivité de qui que ce soit.

5) Le modèle nordique amalgame prostitution et traite.

La plupart des partisans du modèle nordique ont la même conception de la traite que celle promulguée dans le Protocole des Nations Unies visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, [http://www.ohchr.org/Documents/ProfessionalInterest/ProtocolTraffickingInPersons_fr.pdf] (à l’article 3a). C’est une conception de la traite un peu plus nuancée que la version populaire dans la plupart des grands médias : « des gens avec un pistolet sur la tempe que l’on déplace en travers de frontières ». Et c’est peut-être là que naît la confusion.

Cependant, même en utilisant la version plus réaliste de l’ONU des mécanismes de coercition et de traite, le modèle nordique ne prétend pas que toute femme prostituée subit nécessairement la traite.

Par contre, ce que le modèle nordique reconnaît, c’est qu’il existe un lien entre le marché de la prostitution et la traite aux fins d’exploitation sexuelle, à savoir que la demande d’actes sexuels est le facteur qui alimente cette traite. Si vous voulez moins de traite, eh bien il faut réduire le marché de la prostitution.

Cette logique s’appuie notamment sur une récente étude menée auprès de 150 pays par des économistes britanniques et allemands, montrant que « la principale conséquence d’une légalisation de la prostitution légalisée est qu’elle mène à une expansion du marché prostitutionnel, accroissant le traite des personnes ».

6) Le modèle nordique ne fonctionne pas et repousse la prostitution vers « la clandestinité ».

L’affirmation voulant que le modèle nordique n’a pas réduit la demande de prostitution est habituellement lancée et répétée sans preuve, mais on prétend même parfois que l’évaluation menée par le gouvernement suédois sur sa législation aurait établi l’échec du modèle. Comme le juriste Max Waltman l’a démontré, il n’en est rien. L’étude commandée par le gouvernement suédois pour son évaluation officielle indique que la prostitution de rue a diminué de moitié.

« Ha ! », disent les critiques, « cette étude a utilisé une méthodologie boiteuse, et la prostitution est juste entrée dans la clandestinité. » C’est à voir, mais cet argument ne prend pas en compte d’autres sources, dont la recherche indiquant que le nombre de personnes qui achètent du sexe en Suède a dégringolé et le rapport de policiers qui ont intercepté des communications entre trafiquants où ceux-ci déclarent que la Suède est devenue un « marché pourri ».

Il est également utile d’examiner ce que la notion de « clandestinité » est censée signifier dans ce contexte, puisque dans les systèmes où la prostitution est légale et dépénalisée, comme dans certains États australiens, on entend par « clandestinité » la prostitution de rue. Donc, si la prostitution a quitté la rue, où est-elle passée ? Sur Internet et à l’intérieur, répondent les critiques, ce qui est assez curieux vu que les défenseurs de la légalisation vantent fréquemment les avantages de la prostitution intérieure.

7) Le modèle nordique empêche des femmes de gagner leur vie.

Ce mythe est le plus intrigant de tous, car il sert en fait d’aveu que le modèle nordique fonctionne, en contradiction directe du mythe numéro six : le modèle ne peut « priver les femmes d’un gagne-pain » que s’il réduit, concrètement, la demande de prostitution. Par ailleurs, ce mythe occulte le fait que les programmes de réinsertion sont un élément essentiel du modèle nordique, offrant accès à une grande variété de services, dont ceux de reclassement et de soutien à l’emploi.

Des slogans et hashtags comme #nothingaboutuswithoutus (utilisés par plusieurs groupes, et pas seulement les organisations de l’industrie du sexe) apparaissent régulièrement en regard de cette affirmation, comme si la seule option satisfaisante disponible était que tout le monde accepte le marché prospère de la prostitution parce que certaines personnes veulent qu’il en soit ainsi.

Et on ne parle pas de n’importe quelles personnes mais bien des « travailleurs » – si vous gobez le slogan « le sex work est un travail ». En mettant de côté les problèmes liés à l’idée que la prostitution soit un métier comme un autre, si nous acceptons cette prémisse, alors le raisonnement est illogique, car il n’existe pas une industrie dont les travailleurs déterminent si celle-ci doit continuer ou non.

Voyez par exemple les industries du charbon et de la foresterie en Australie. Ce sont des secteurs dont les gouvernements ont déterminé la nocivité pour différentes raisons et qui, – tout en demeurant potentiellement lucratifs – n’ont plus de caution sociale pour continuer à fonctionner librement. Les travailleurs de ces industries sont souvent outrés de voir leurs emplois menacés, d’où la revendication par leurs syndicats de « mesures transitoires équitables » fournissant reclassement et facilité d’accès aux services sociaux et à de nouveaux emplois pour les travailleurs affectés (ça vous rappelle quelque chose ? Le modèle nordique, bien sûr). Mais ces syndicats ont, pour la plupart, renoncé à prétendre que les industries nocives en question devraient perdurer simplement pour éviter à leur main-d’œuvre la disruption d’une période de chômage.

Si le sex work est un travail, et la prostitution une industrie comme les autres, alors, comme les autres industries, elle doit se prêter à une discussion publique étendue et à des changements éventuels de politique, y compris la possibilité que des gouvernements n’en veuillent plus.

8) Le modèle nordique a rendu la prostitution dangereuse.

Disons d’abord les choses clairement : la prostitution est dangereuse. Suggérer que le modèle nordique est ce qui la rend dangereuse est malhonnête. De telles assertions passent sous silence les études prouvant que les formes classiques de légalisation et de décriminalisation ne font rien concrètement pour protéger les femmes en prostitution de risques extrêmes de violences physiques et sexuelles, ainsi que de traumatismes psychologiques.

Les systèmes de légalisation nourrissent une demande accrue et créent parallèlement, en proximité, une industrie illégale en pleine expansion. Il est donc faux de prétendre que là où la prostitution est légalisée, toutes les femmes prostituées se retrouvent en fait dans des systèmes légaux. En outre, les niveaux de traumatisme observés s’avèrent identiques entre les divers systèmes de prostitution légale, dépénalisée et criminalisée.

En fait, malheureusement, même le modèle nordique n’est pas capable de protéger entièrement de ces impacts les femmes qui sont encore dans la prostitution – tant qu’il y a de la prostitution, il y aura des dégâts – mais l’idée que le modèle nordique aggrave ces conditions est tout à fait fausse.

Cette assertion d’une « violence accrue » est liée à une étude largement citée du lobby ProSenteret, dont l’auteure conclut que les femmes en prostitution ont signalé, après l’introduction du modèle nordique en Norvège, une augmentation de certains actes violents de la part des prostitueurs, dont le fait de tirer les cheveux et de mordre. Ce que ces comptes rendus passent habituellement sous silence, cependant, c’est que la même étude a également constaté dans les signalements des femmes, une baisse marquée d’autres formes de violence, dont les coups de poing et le viol.

Quant à la prétention voulant que les femmes en prostitution ne soient pas en mesure d’accéder à des services sociaux adéquats, ceci pourrait bien être un enjeu sur le terrain. Si c’est le cas, le problème doit absolument être abordé. Mais il s’agit là d’une question de mise en œuvre plutôt qu’une faille du modèle lui-même.

La première version du modèle nordique, introduite en Suède, faisait partie d’une loi omnibus sur la sécurité des femmes, la réforme Kvinnofrid, qui a consacré plus d’argent et de soutien du gouvernement à une variété de services de lutte contre la violence anti-femmes, et notamment en prostitution. Nous avons vu cela aussi en France, avec le dépôt d’une loi dépénalisant les femmes en prostitution en parallèle à des mesures visant à contrer d’autres formes de violence anti-femmes.

9) Le modèle nordique est en fait une croisade morale déguisée.

Malgré le fait que le modèle nordique ait toujours été introduit par des gouvernements progressistes et socialistes, on continue à affirmer qu’il s’agit d’une sorte de manœuvre religieuse ou conservatrice pour restreindre la libre expression sexuelle, plutôt qu’un moyen efficace de lutte contre la traite et la violence anti-femmes.

Mais tout cela dépend peut-être de comment vous définissez une « croisade morale ». Si vous voyez le mouvement pour l’égalité des femmes comme une « croisade morale », alors je suppose que oui, c’en est une. Si vous tenez à rejeter tous les éléments probants en faveur du modèle nordique et qu’au lieu de cela vous voulez en débattre d’un point de vue « moral », alors faites-le. Mais celles et ceux qui pensent que la violence contre les femmes est une mauvaise chose auront certainement le dessus dans cette discussion.

10) Les universitaires qui étudient la prostitution se font de l’argent sur le dos des femmes en prostitution.

Il s’agit d’un ajout relativement récent à la liste des techniques de musellement utilisées contre les féministes qui contestent l’industrie du sexe. La première fois que je suis tombée sur une telle accusation était dans la section commentaires de cet article, puis dans des e-mails personnels qui y ont fait suite pour m’expliquer charitablement que je ressemblais aux hommes qui violent des femmes en prostitution parce que je me servais des expériences des travailleuses du sexe sans les payer.

Là, permettez-moi d’être très claire : les universitaires font de la recherche. Pour beaucoup, comme moi, il s’agit souvent de rassembler les recherches existantes et, en les utilisant comme éléments de preuve, de créer un raisonnement qui peut être défendu. C’est notre boulot. Et c’est notre boulot, quel que soit le sujet ou le domaine auquel nous travaillons.

S’engager dans des débats publics au sujet du modèle nordique et convoquer des recherches pertinentes n’est en aucune façon une tentative de parler à la place des femmes en prostitution. Il s’agit d’un effort pour étendre les résultats de cette recherche à un plus vaste auditoire. Si ce travail est perçu comme menaçant par l’industrie du sexe, cela ne suggère-t-il pas que le modèle nordique est efficace, justement?

Meagan Tyler est maître de conférences en sociologie à l’Université de Victoria, en Australie. Ses recherches portent principalement sur la construction sociale du genre et de la sexualité. Son travail dans ce domaine a été publié dans la revue Women’s Studies International Forum et Women and Therapy, ainsi que dans plusieurs recueils, dont Pornography Everyday (Boyle dir., 2010) et Prostitution, Harm and Gender Inequality (Coy, dir., 2012). Le premier livre de Meagan, Selling Sex Short: The pornographic and sexological construction of women’s sexuality in the West, a été publié en juillet 2011.

Source : http://feministcurrent.com/8347/10-myths-about-prostitution-trafficking-and-the-nordic-model/

Traduction : TRADFEM

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Une réflexion sur “10 mythes sur la prostitution, la traite et le Modèle nordique.

  1. Merci de ton travail et de ta traduction! J’avais beaucoup aimé cet article sur Feminist Current, on en retire réellement quelque chose. Si seulement plus le lisaient au lieu de pérorer leur libéralisme à tout bout de champs…

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